Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Démaquillages

Onzième semaine de 2006. C’est souvent trop, une apparence. Ça se présente immédiatement à la vue ou à la pensée trop jolie, trop sale, trop chic toc, trop prometteuse, trop sinistre, trop recommandable, trop trompeuse, trop... C’est tout autre chose lorsque l’œil ou le cerveau s’en vont voir du côté des transparences. Et qu’ils s’y fient. C’est bien, une transparence : ça ne s’exhibe pas, ça minaude rarement, ça se laisse à peine deviner, c’est juste si elle ne se cache pas, par défi – elle est parfois gueuse... Mais transparaître, c’est, presque, être. Ce fameux dialogue, par exemple, qui s’est interrompu cette semaine pour reprendre mercredi… L’homme de la rue comme celui des salons applaudissent aux vertus cathartiques de l’événement, reconnaissent le pouvoir de l’accolade, certes, mais ils disent, dans leur majorité, que tout cela, c’est ce qu’il y avait de plus facile, que c’est de la poudre aux yeux, rien qu’un pétard plutôt mouillé. Que le plus dur, le vrai dur, le fondamental, restent à faire : trouver un remplaçant à Émile Lahoud puis démettre ce dernier ; aboutir à un accord sur un désarmement à terme du Hezbollah. Ces braves gens ont sans doute tort. Parce que, pour ouvrir deux ambassades entre le Liban et la Syrie, pour prouver la libanité des fermes de Chebaa et pour réussir le désarmement des Palestiniens, d’abord hors les camps, il faut que le régime syrien coopère. Et sans vouloir aucunement intenter le moindre procès d’intention à ce régime-là, même si, pourtant, tout s’y prête, la Famille régnante semble n’avoir qu’une obsession, qu’un besoin, qu’une envie. C’est ne pas coopérer : c’est se venger (de la nouvelle majorité). Et peu importe quand, puisqu’il paraît que c’est meilleur glacé. C’est presque idéal : la flopée d’outils utilisés depuis plus d’un an pour assurer cette vengeance ayant heureusement prouvé leur inefficacité ou leurs limites, les premières ententes libano-libanaises prennent miraculeusement et soudainement un intérêt d’enfer : dynamitons-les, doivent-ils se dire dans les dédales des palais damascènes. Même s’ils savent bien qu’il y a des hic. Refuser de concéder la libanité des fermes de Chebaa équivaut à dire qu’elles sont syriennes, ce qui, à son tour, équivaut à dire, mathématiquement, que plus rien ne justifie la résistance armée de leur principal allié au Liban : le Hezbollah. Et cela, c’est sans compter d’éventuelles pressions, même russes. En revanche, aussi ardues, complexes et épineuses que soient leurs résolutions, aussi ramifiées soient-elles régionalement ou internationalement, les équations de la présidentielle et des armes du Hezb (c’est-à-dire, désormais, de la prééminence de l’accord d’armistice avec Israël, surtout depuis l’heureuse abrogation de celui du Caire) sont beaucoup plus libanaises, beaucoup moins soumises au bon plaisir/vouloir syrien. Reste seulement à savoir si un deal raisonnable, des compromis mutuels, des concessions, sont possibles ; reste à jauger la bonne volonté de Hassan Nasrallah qui a, volontiers, martelé en huis clos, place de l’Étoile, l’indépendance de son parti par rapport à Téhéran ; reste, aussi, évidemment, à faire sauter le verrou Aoun… En attendant, il est bien de constater que le dialogue, quelle que soit sa forme, n’a pas totalement déserté les institutions. La très saine intervention, entre autres, cette semaine en Conseil des ministres, d’un Michel Pharaon qui n’a pas hésité à rappeler à Émile Lahoud qu’il n’a pas à s’ingérer dans les affaires de la justice, a redonné des couleurs à ce gouvernement, rappelé qu’il reste incontournable. Surtout que là, les apparences sont particulièrement trompeuses : l’équipe Siniora, telle qu’elle est aujourd’hui, a des vertus au moins aussi importantes que la réunion des Quatorze autour d’une même table. Quatorze personnes que tout, en apparence, semble séparer, membres d’un même collectif politique inclus. Ils ne sont pas nombreux les Libanais qui parieraient une grosse somme sur un succès retentissant et historique, in fine, de ce dialogue. À moins que l’on prenne la peine de regarder d’un peu plus près ces transparences en question : la très grosse majorité de ces hommes a perdu quelqu’un ou quelque chose d’extrêmement cher, des pères, des fils, une tranche de vie entière, en prison ou en exil… Venger ces sangs versés, leur rendre un ultime hommage, les inscrire dans l’histoire, tout cela ne peut passer que si ces hommes blessés dans leur chair éradiquent pour longtemps, le plus longtemps possible, le germe primaire, le déclencheur de ces chaînes de mort : leur désunion. Pour cela, il faut dynamiter les apparences. Commencer à (s’) immerger. Ziyad MAKHOUL
Onzième semaine de 2006.
C’est souvent trop, une apparence. Ça se présente immédiatement à la vue ou à la pensée trop jolie, trop sale, trop chic toc, trop prometteuse, trop sinistre, trop recommandable, trop trompeuse, trop... C’est tout autre chose lorsque l’œil ou le cerveau s’en vont voir du côté des transparences. Et qu’ils s’y fient. C’est bien, une transparence : ça ne s’exhibe pas, ça minaude rarement, ça se laisse à peine deviner, c’est juste si elle ne se cache pas, par défi – elle est parfois gueuse... Mais transparaître, c’est, presque, être.
Ce fameux dialogue, par exemple, qui s’est interrompu cette semaine pour reprendre mercredi… L’homme de la rue comme celui des salons applaudissent aux vertus cathartiques de l’événement, reconnaissent le pouvoir de l’accolade,...