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Ce que veut le Hamas
Par Daoud KUTTAB *
Alors qu’il tente de former un gouvernement pour les territoires palestiniens, le Hamas semble s’accrocher aux versets de l’Ecclésiaste plutôt qu’aux souhaits du quartette (les États-Unis, la Russie, l’Union européenne et les Nations unies) chargé d’essayer de jeter un pont sur le fossé israélo-palestinien. « Il y a une saison pour tout, et un temps pour toute affaire sous les cieux » correspond parfaitement au programme actuel du Hamas. En effet, ses priorités et l’organisation de son temps diffèrent de celles de la communauté internationale, qui le presse de faire des déclarations politiques immédiates, notamment pour reconnaître le droit d’Israël à exister.
Le Hamas comprend les obligations politiques auxquelles il doit se conformer afin d’être totalement accepté par la communauté internationale, mais ses dirigeants préfèrent attendre d’avoir de pleins pouvoirs avant de s’attaquer à ces questions. En outre, le Hamas, à l’instar de la plupart des Palestiniens, est en train d’essayer d’évaluer la meilleure façon d’avancer dans le processus de paix. À ses yeux, le processus actuel a produit des années de stagnation des négociations, permettant une occupation continuelle et le vol des terres palestiniennes.
Les dirigeants du Hamas donnent en exemple le fait que les Israéliens n’ont pas entrepris de négociations avec Mahmoud Abbas, le modéré au pouvoir depuis un an. Ils considèrent donc qu’Israël ne va pas se hâter de négocier avec une quelconque autorité palestinienne, qu’elle reconnaisse ou non son droit à exister.
À la place, les dirigeants du Hamas nouvellement élus sont préoccupés par des problèmes de base comme préserver l’unité interne parmi les Palestiniens, mettre un terme à l’illégalité, assurer un plus grand respect de l’autorité de la loi, combattre la corruption et réformer le mode de gouvernement palestinien. La plupart des Palestiniens sont totalement en accord avec ces priorités.
En effet, le dernier sondage d’opinion auprès des Palestiniens montre que 73 % d’entre eux se sentent autant en sécurité, voire plus, qu’avant les élections. Parmi les 709 Palestiniens interrogés au hasard, 30 % ont déclaré espérer que le nouveau gouvernement du Hamas allait s’attaquer au problème de la corruption. Vingt-deux pour cent espèrent qu’Ismaïl Haniyé, Premier ministre désigné par le Hamas, mettra un terme au chaos dans les villes palestiniennes, assurera la sécurité interne et rétablira l’État de droit. Presque un sur cinq souhaite que des mesures soient prises contre le chômage.
Il est assez ironique qu’alors que la majorité des Palestiniens ont porté un mouvement religieux au pouvoir, 1 % seulement des sondés estiment que la priorité du Hamas devrait être de mettre en place la loi islamique en Palestine.
Bien que le sondage montre que 73 % des Palestiniens sont encore en faveur d’un accord de paix avec Israël, ils ne croient pas que cet accord puisse être conclu bientôt. Onze pour cent des personnes interrogées estiment que le problème des prisonniers devrait constituer la priorité la plus importante aux yeux du nouveau gouvernement – soit presque deux fois plus que ceux pour qui un accord avec Israël devrait être la priorité numéro un. Plus de 8 000 Palestiniens sont détenus dans les prisons israéliennes, beaucoup sans chef d’accusation ni procès. Cependant, 62 % des Palestiniens déclarent que le Hamas devrait changer sa position en ce qui concerne la reconnaissance d’Israël.
Il est difficile pour une superpuissance internationale comme les États-Unis ou une puissance régionale comme Israël de comprendre qu’un groupe ou qu’un peuple puisse oser avoir des priorités différentes des leurs. Mais les Palestiniens ont montré au fil des ans qu’ils étaient un peuple fier, qui ne fait pas profil bas juste parce que de l’autre côté, la puissance militaire ou politique est supérieure.
Dans tous les cas, on ne peut pas reprocher au Hamas d’utiliser la campagne pour la démocratie de l’Amérique pour atteindre des objectifs populaires. Après tout, quiconque veut être réélu doit donner la priorité aux besoins de son propre peuple, et pas nécessairement aux exigences de la communauté internationale. Ce n’est que lorsque des représentants élus s’occupent des problèmes quotidiens de leur peuple qu’ils peuvent commencer à s’attaquer aux négociations externes.
Ce qui est clair, c’est que le Hamas et les Palestiniens veulent mettre un terme à 38 années d’occupation israélienne, et que vendre aux Palestiniens les mêmes programmes déjà vendus à l’OLP ne fonctionnera pas. Si Israël et la communauté internationale songent vraiment et sérieusement à mettre un terme à l’occupation, le Hamas coopérera.
Bien que le Hamas doive montrer de la souplesse par rapport aux demandes légitimes de la communauté internationale, celle-ci doit fournir une « feuille de route » efficace pour la paix. Une fois que les Palestiniens seront convaincus qu’une véritable paix et que l’indépendance sont réalisables, ils presseront le Hamas d’agir en conséquence ou éliront un parti qui le fera.
Il est clair que la communauté internationale a manqué de la volonté politique de pousser Israël au changement. Pour l’instant, et jusqu’à ce que cette volonté soit trouvée, le monde devrait donner au Hamas le temps de pourvoir aux besoins quotidiens des Palestiniens. Une fois qu’apparaîtra la possibilité de négociations sérieuses, un Hamas qui aura amélioré la vie des Palestiniens ordinaires sera en position de mettre en œuvre les négociations nécessaires à un compromis historique.
* Daoud Kuttab dirige l’Institut des médias modernes de l’université al-Quds de Ramallah.
Project Syndicate, 2006. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot.
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