Les douze séances de l’Étoile ont abouti à un arrangement aux termes duquel, selon les indications de Berry, l’on devrait établir avec la Syrie des relations tout aussi cordiales que diplomatiques. Avec contrôle et tracé des frontières… Siniora se voit prier d’aller en discuter à Damas. Autres points de l’accord : la libanité de Chebaa, l’élimination, dans un délai de six mois, de l’armement palestinien hors des camps.
En principe, au menu de la reprise, mercredi, l’armement de la Résistance et la présidentielle. Après quoi le processus, ou l’ordre du jour initial, serait achevé. Mais il va sans dire qu’en réalité, ce sont les sujets qui fâchent le plus qui vont être maintenant abordés. Il ne serait donc pas étonnant que le débat se prolonge. Cependant, tout le monde veut qu’il réussisse. À la lumière, et un peu à la faveur, de la détente projetée avec la Syrie. Une perspective que confortent le rapport Brammertz ainsi que le projet d’une conciliation arabe, menée notamment par l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Koweït et le Soudan ; qui héberge le prochain sommet.
L’espoir et l’optimisme règnent, comme le reflètent les marchés, très sensibles aux variations du climat politique. C’est que les interlocuteurs ont traité avec succès des dossiers importants, délicats. Fortement encouragés, il faut dire, par les Arabes et les Occidentaux. Les Libanais ont toutefois débattu seuls, comme des grands, sans immixtion dans leurs échanges. Les solutions retenues jusqu’à présent, et celles que l’on espère, sont donc bien « made in Lebanon », pour la première fois depuis des lustres. Il faut dire que les pôles ont été fortement incités à la sagesse par la pression populaire unanime. Aucun d’eux n’a cru pouvoir, dès lors, assumer la responsabilité d’un fiasco. Même pas Joumblatt, serait-on tenté de dire. Et on l’a vu se plier volontiers à une règle de jeu commandant la sourdine dans les déclarations.
Les forces du 8 Mars ont ainsi décroché la reconnaissance par tous, Joumblatt compris, de la libanité de Chebaa. Mais, répétons-le, le plus gros reste à faire. Et de nombreux observateurs n’excluent pas que les forces du 14 Mars aient lâché du lest sur Chebaa pour obtenir à leur tour, par retour d’ascenseur, gain de cause sur la présidentielle. Sujet qui serait sans issue positive si les forces du 8 Mars continuent à camper sur leurs positions de refus du changement. Ces forces semblent cependant vouloir composer. L’indice étant qu’elles conviennent, avec tous les autres, et comme l’a déclaré Berry, que le pays est en butte à une crise de pouvoir. Il faut cependant prendre garde à la tendance package deal qui lierait la présidentielle à la question de l’armement de la Résistance.
Aussi, les contacts préparatoires se multiplient, durant la pause, pour déblayer le terrain et faciliter un arrangement. Exercice plus délicat qu’à Taëf, parce qu’il n’y a plus les Saoudiens ou les Américains pour concilier. Cela étant, les Saoudiens veulent un règlement, dans l’optique principale de réduire le dangereux fossé entre sunnites et chiites. Ils répètent, dans les coulisses diplomatiques, que les Libanais ne doivent jamais oublier que leur démocratie est consensuelle. Un slogan mis en exergue par le double déjeuner mardi (quel appétit !) de Saad Hariri avec Michel Aoun puis avec Samir Geagea. La glace est en principe rompue, sinon savourée, entre les pôles locaux qui recherchent pareillement l’entente.
Un dossier capital
Quoi qu’il en soit, beaucoup de professionnels pensent qu’au cas où ils parviendraient à en finir avec l’ordre du jour initial, à régler l’armement du Hezb et la présidentielle, les interlocuteurs devraient encore se pencher sur la loi électorale. Fondamentale, évidemment, en termes de politique locale. Ces cadres estiment en effet que la commission ad hoc n’a pas abouti aux résultats escomptés, car elle a achoppé sur le dilemme du découpage des circonscriptions. Les indications fournies par Fouad Boutros à l’issue de sa visite au patriarche Sfeir ont suscité bien des remous. L’ancien ministre a souligné, pour expliquer l’option du mohafazat, que l’instance qu’il dirige, de nature consultative, s’est trouvée liée par Taëf et par la déclaration ministérielle. Or le document de la référence complète est que Taëf a demandé le mohafazat mais après morcellement, suite à une modification du découpage administratif. On aboutirait de la sorte à une formule plus proche du caza ou de la petite circonscription, avec de meilleurs équilibres et moins de captation de représentation populaire communautaire par la majorité numérique. Ces mêmes cadres pensent que la commission se trompe également de voie en projetant de présenter au gouvernement, pour qu’il fasse lui-même ses choix, plusieurs formules et non une seule. Ils insistent donc pour que la conférence du dialogue se saisisse du dossier. Explosif virtuellement et que, d’après ces politiciens, seuls les pôles réunis ont l’autorité nécessaire pour désamorcer, d’un commun accord. Il convient de rappeler que le patriarche Sfeir recommande la circonscription uninominale, pour mettre un terme aux iniquités, aux bulldozers et aux bus. Dernier argument des personnalités citées : le problème de la loi doit être résolu rapidement, du moment que certaines forces appellent à des législatives anticipées, en relation avec la présidentielle.
Philippe ABI-AKL
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