« … L’Éternel dit à Josué : Sept sacrificateurs porteront devant l’Arche sept trompettes retentissantes ; le septième jour, vous ferez sept fois le tour de la ville ; et les sacrificateurs sonneront des trompettes. » C’est ainsi que, dans le récit de la Bible, tombèrent les murs de Jéricho. Ivre de puissance, Israël a préféré choisir avant-hier mardi de faire donner, plutôt que des cuivres, blindés, bulldozers et hélicoptères pour abattre un semblant de prison érigé à l’intérieur de la Mouqataa, dans cette même ville, pour obtenir la reddition de six personnes, dont Ahmad Saadate, secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine, et quatre de ses camarades. Les cinq hommes se trouvaient derrière les barreaux depuis 2002 sous l’accusation d’avoir préparé l’attentat qui, un an auparavant, avait coûté la vie au ministre israélien du Tourisme, Rehavam Zeevi, un ultra-faucon ironiquement surnommé Gandhi par ses pairs pour sa haine viscérale de tout ce qui est arabe. Le sixième détenu emmené par ses nouveaux geôliers, Fouad Chobaki, aurait planifié et financé l’opération Karine A, un bateau chargé de 50 tonnes d’armes, arraisonné par la marine israélienne en mer Rouge, le 4 janvier 2002.
Une incursion militaire lancée en Cisjordanie, au printemps de cette même année, débouchait sur un siège en règle du quartier général de Yasser Arafat, à Ramallah, où se trouvaient Saadate et ses compagnons puis, au bout de plusieurs jours, sur un accord prévoyant la levée du blocus et le transfert des prisonniers à Jéricho (Ariha en arabe), où ils allaient être désormais placés sous la surveillance d’un groupe de 14 observateurs dûment mandatés par la Grande-Bretagne et les États-Unis. Or, à 9 heures avant-hier, les trois derniers surveillants britanniques quittaient les lieux. Trente minutes plus tard, l’assaut était donné par une centaine de soldats israéliens. Au Foreign Office, où l’on ne perd jamais le sens de l’humour, Jack Straw, imperturbable, justifiait ainsi ce retrait, devant des journalistes un rien interloqués : « Le Royaume-Uni et les USA ont de manière répétée fait part de leurs préoccupations auprès de l’Autorité présidée par Mahmoud Abbas à propos de la sécurité de nos observateurs. » Il est vrai qu’en février, Khaled Mechaal laissait entendre à partir de Damas qu’un gouvernement formé par le Hamas remettrait en liberté Saadate et que le 7 mars, Abou Mazen affirmait qu’il ne s’opposerait pas à une telle décision, ajoutant toutefois qu’il ne se sentirait plus, dès lors, responsable de sa sécurité. Il n’empêche que la décision prise conjointement par Londres et Washington – après, très probablement, un accord tacite intervenu avec Tel-Aviv – a précipité les choses et abouti à une situation qui enchante tout le monde. À tout le moins dans l’immédiat –, mais on est en terre d’Orient où, depuis des décennies, les diverses parties naviguent à vue et préfèrent réagir au coup par coup plutôt que d’adopter une politique de longue haleine.
– L’aile dure du Hamas sort renforcée de ces deux journées où l’on a préféré faire parler la poudre plutôt que la raison. Il lui sera loisible, pour peu que ses dirigeants le veuillent, de claquer la porte au nez du Fateh et former s’il le veut un cabinet monochrome au sein duquel les « durs » seront majoritaires. Il est permis cependant de se montrer quelque peu sceptique quant aux intentions bellicistes des héritiers de cheikh Ahmad Yassine tant les conditions, régionales autant qu’internationales, paraissent leur être défavorables.
– Ehud Olmert voit s’ouvrir devant lui une large avenue, à deux semaines des élections législatives. Il a prouvé à ses concitoyens qu’il savait, lui l’éternel hésitant, recourir à la manière forte, tout comme son maître à penser, Ariel Sharon, irrémédiablement perdu pour le parti qu’il avait créé à la veille de son attaque cérébrale. Voici que le Kadima, après un bref passage à vide, a de nouveau le vent en poupe. Un sondage vient de le créditer de 42 mandats de députés, au soir du 28 mars, contre 16 sièges aux travaillistes d’Amir Peretz et 15 sièges au Likoud de Benjamin Netanyahu.
– Pour Mahmoud Abbas, la perte de prestige provoquée par l’opération de mardi peut s’avérer quasi mortelle. Il est permis de s’interroger sur l’avenir d’une équipe par trop blanchie sous le harnais et qui ne saurait davantage se prévaloir de l’héritage, décidément trop mince, de Yasser Arafat. Et plus qu’au cuisant échec qu’il vient de subir, c’est au crépuscule de la vieille garde de la défunte OLP que l’on vient d’assister. Il s’en trouvera qui, sentimentalement, le regretteront. Concrètement, le temps est venu de cueillir les fruits d’une « realpolitik » dont les contours commencent à se dessiner.
Et qui n’est peut-être pas, quoi qu’on en dise, américaine.
Christian MERVILLE
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