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Actualités - Opinion

Nouvelle cuisine

D’un 14 mars à l’autre, c’est un Liban moins irrémédiablement figé dans ses divisions qui miraculeusement, sans crier gare, apparaît au grand jour. Car à défaut de véritables percées et au lendemain de furieuses polémiques, des progrès en tout point remarquables ont été réalisés hier à la conférence du dialogue national ; et il est permis d’espérer que cette tendance favorable se confirmera à la reprise des travaux, programmée pour la semaine prochaine. Pour la première fois depuis la première indépendance, celle de 1943, voici en effet que des instances politiques libanaises, réunies en l’absence de toute assistance ou surveillance étrangère, s’entendent sur une (re)définition des rapports avec la Syrie. Que ces rapports soient une fois de plus qualifiés de privilégiés ne devrait guère surprendre : nul ne saurait écarter d’un même revers de la main le poids considérable de la géographie et de l’histoire. Mais nul, en revanche, n’est encore disposé à absoudre les abus commis au nom de la géographie et de l’histoire : à tolérer que tous les privilèges aillent à un seul des deux partenaires, censés être égaux. À l’appui de ce credo, les congressistes de l’Étoile s’engagent ainsi à œuvrer à corriger les erreurs du passé. Et surtout, ils sont unanimes désormais à demander un échange d’ambassades avec la Syrie. Un mariage de raison enfin, après tant de décennies d’amour vache invariablement pratiqué à sens unique ? Comme dans l’histoire de la noce au village, et maintenant que l’harmonie règne enfin dans la famille du prétendant, reste toutefois à obtenir le plus difficile : c’est-à-dire le oui de la dulcinée. Car il est difficile de prévoir si le régime baassiste est enfin mûr pour constater qu’il y a là deux peuples (et non point un seul) dans deux États, et que des relations diplomatiques sont donc aussi naturelles que nécessaires. Même si Damas s’y résignait, même si les impératifs de la vie quotidienne commandent effectivement une amélioration des rapports libano-syriens, comment une telle entreprise pourrait-elle être conduite sainement, sans arrière-pensées, avant qu’ait été faite la lumière, toute la lumière, sur l’assassinat de Rafic Rariri et les divers attentats qui l’ont précédé ou suivi ? Et le premier rapport de l’enquêteur international Brammertz, qui cite la coopération dont a fait preuve durant les trois derniers mois la Syrie, peut-il donc tenir lieu d’un certificat de bonne moralité délivré à la trouble fiancée ? Tout aussi épineuse demeure la question de la délimitation de la frontière avec la Syrie, laquelle se fait tirer l’oreille pour souscrire formellement, c’est-à-dire auprès des Nations unies, à la libanité des fermes de Chebaa. Cette libanité – et c’est un développement nouveau – n’est plus matière à discussion entre les forces politiques locales. Par voie de conséquence, et après la vive contestation dont elle a été dernièrement l’objet, la résistance armée du Hezbollah paraît connaître une légitimation nouvelle. Si le débat attend encore d’être tranché, la guérilla n’est plus toutefois la seule voie à suivre car d’une seule voix, les participants au dialogue viennent de redonner ses droits à la diplomatie. On se félicitera encore de l’unanimité qui s’est faite sur la suppression, dans les six mois, de toute apparence armée palestinienne hors de l’enceinte des camps de réfugiés. De même, et si la conférence de l’Étoile a buté sur le sort de la présidence Lahoud, un pas important a été franchi avec la référence faite à la crise de pouvoir qui paralyse actuellement le pays. Qui dit dialogue dit nécessairement concessions. Et les concessions, c’est donnant-donnant. À ce stade des discussions, il serait dès lors futile de désigner gagnants et perdants. C’est le Liban tout entier qui y gagne en effet. Et s’il faut absolument décerner des prix, c’est à celui de la dextérité politique qu’a incontestablement droit le président de l’Assemblée, initiateur et modérateur de ce dialogue. Car Nabih Berry aura réussi tout à la fois à s’adjuger les rôles de rassembleur et d’arbitre, normalement réservés au chef de l’État, et à s’assurer une appréciable marge de manœuvre vis-à-vis de ses alliés, qui sont aussi ceux de Damas. Trônant derrière ses casseroles, le maître-queux Nabih Berry n’a pas menti, qui promettait du consistant pour hier. C’était assez robuste en effet. Et si on passait bien vite au plat de résistance ? Issa GORAIEB
D’un 14 mars à l’autre, c’est un Liban moins irrémédiablement figé dans ses divisions qui miraculeusement, sans crier gare, apparaît au grand jour. Car à défaut de véritables percées et au lendemain de furieuses polémiques, des progrès en tout point remarquables ont été réalisés hier à la conférence du dialogue national ; et il est permis d’espérer que cette tendance favorable se confirmera à la reprise des travaux, programmée pour la semaine prochaine.
Pour la première fois depuis la première indépendance, celle de 1943, voici en effet que des instances politiques libanaises, réunies en l’absence de toute assistance ou surveillance étrangère, s’entendent sur une (re)définition des rapports avec la Syrie. Que ces rapports soient une fois de plus qualifiés de privilégiés ne devrait guère...