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Actualités - Opinion

Noces de coton

Les conseillers matrimoniaux et les vieilles matrones les plus avisés le disent : passé la première année, un couple est généralement assuré de survivre aux deux suivantes, jusqu’à ce qu’arrivent ensuite l’épreuve des trois ans, puis des sept, etc. Un an, donc. Il y a un an, des centaines de milliers de personnes ayant en partage un passeport et un territoire se sont retrouvées sur et autour d’une place ; elles l’ont investie, l’ont transformée en un lieu de culte républicain, mi-mosquée, mi-église, en un bunker très placentaire dans lequel elles se sont resserrées, en un laboratoire géant où elles ont reconstitué, malgré les autres, tous les autres, ce que l’on peut appeler (un peu trop) facilement l’unité nationale. Soit. Ces Libanais toutes confessions/cultures/tendances politiques confondues se sont mélangés ; du violet, de l’indigo, du bleu, du vert, du jaune, de l’orangé et du rouge est né un peuple arc-en-ciel, dynamitant tous ces apartheids qui, aussi dormants étaient-ils, sclérosaient la grosse majorité des (in)consciences. La place des Martyrs/de la Liberté est ainsi devenue l’espace transcommunautaire, a-communautaire même, idéal pour l’adéquation, l’union des Libanais avec rien moins que leur destin. Mais on n’épouse pas facilement son destin. Surtout quand on n’y est pas vraiment préparé. Surtout quand y a d’l’amour dans l’air. Surtout quand des dizaines de curés et d’imams officient en même temps. Surtout quand les empêcheurs de tourner en rond sont légion. Surtout quand les témoins ne sont pas toujours bien intentionnés. Surtout quand les robes des mariées restent définitivement tachées de sang. Sauf que ce mariage peut être tellement prometteur sur la durée qu’il aurait été dommage et dommageable de ne pas tout faire pour qu’il réussisse. Il faut reconnaître que le bilan du voyage de noces et celui des premiers mois de cohabitation ont été ambigus. Les législatives de mai/juin ont certes permis le renvoi à la maison de tellement d’hommes liges syriens – mais sur base de quelle loi, et qu’est-ce qu’il en reste encore, de ces haïssables symboles… La nomination de Fouad Siniora au Sérail a permis la mise en place d’un gouvernement qui s’est avéré être, au fil des semaines, une formidable roue de secours, à même de sauver les meubles en cas d’échec retentissant du dialogue à Quatorze – mais qu’est-ce que ce gouvernement aurait gagné à être plus cohérent… La succession d’hommes providence, Fitzgerald, Mehlis, Brammertz, a été un inestimable cadeau de mariage parmi quelques autres – mais comment faire pour que cette imposante vérité que tout le monde connaît ou devine arrive à être prouvée de la plus éclatante des manières… La récupération par l’État, toujours aussi embryonnaire pourtant, de sa liberté de décision, de son indépendance, de sa souveraineté, reste un sacré acquis – mais qu’attend l’armée pour se déployer à la frontière, à toutes les frontières ; qu’attendent les ambassades pour être inaugurées comme il se doit ; qu’attendent les Palestiniens pour livrer leurs armes, toutes leurs armes ; qu’attend, enfin, le Hezbollah pour se muter en un incontournable Sinn Féin… Il n’en reste pas moins que ce mariage n’a pas été encore consommé. Et c’est pour le moins fâcheux, douze mois après. Certes, il y a eu le 14/02/06. Quelque chose s’est fait ce jour-là, la flamme a montré qu’il en fallait plus pour qu’elle s’éteigne, même si elle a un peu vacillé ; quelque chose qui ressemblait à une belle surprise. Les Libanais et le destin ont montré qu’ils n’avaient pas tout dit, qu’ils étaient loin d’avoir tout fait. Les entremetteurs travaillent en ce moment pour que cela se produise au plus tôt. Et au mieux. Ils se réunissent régulièrement sur une autre place, celle de l’Étoile. Seul problème : it takes two to tango, et une main seule, aussi déterminée soit-elle, n’arrivera jamais à applaudir. Ce mariage, quoi qu’il en soit, ne pourrait jamais être consommé tant que les Libanais ne (re)deviennent pas actants, tant qu’ils ne participent pas à l’élaboration de leur propre trajectoire. Il ne le serait en tout cas jamais tant qu’Émile Lahoud restera en place. Et comme tromper son destin est chose encore impossible, et comme ni les Libanais ni ce fameux destin, le leur, ne se satisferont d’un quelconque mariage blanc, il sera difficile de ne pas aboutir tout droit au divorce. Et tant pis pour les noces de crin, et les autres : quand on le fait fuir, quand on le laisse partir, quand on ne le retient pas, il est rarissime qu’un destin, quelle que soit sa bonne volonté, revienne. Les noces de sang du 14/03/05 ont heureusement blanchi ; elles se sont lyophilisées. Les rompre serait criminel. Mieux vaudrait alors (con)fédérer. Ziyad MAKHOUL
Les conseillers matrimoniaux et les vieilles matrones les plus avisés le disent : passé la première année, un couple est généralement assuré de survivre aux deux suivantes, jusqu’à ce qu’arrivent ensuite l’épreuve des trois ans, puis des sept, etc.
Un an, donc. Il y a un an, des centaines de milliers de personnes ayant en partage un passeport et un territoire se sont retrouvées sur et autour d’une place ; elles l’ont investie, l’ont transformée en un lieu de culte républicain, mi-mosquée, mi-église, en un bunker très placentaire dans lequel elles se sont resserrées, en un laboratoire géant où elles ont reconstitué, malgré les autres, tous les autres, ce que l’on peut appeler (un peu trop) facilement l’unité nationale. Soit. Ces Libanais toutes confessions/cultures/tendances politiques confondues se...