D’accord, pour une fois !… Le dernier sondage US – il en pleut ces temps-ci – révèle que 70 pour cent des républicains et 90 pour cent des démocrates jugent probable la guerre civile en Irak. Probable, alors que le terrible engrenage était en cours bien avant l’attentat contre la mosquée d’or de Samarra, le 22 février dernier, qui aura servi d’accélérateur plutôt que de déclencheur ? La situation est d’une gravité telle que George W. Bush a entamé hier le premier d’une série de trois discours à la nation, dans le cadre d’une offensive de relations publiques pour, a dit son état-major, tenter d’exposer à ses « fellow citizens » les véritables raisons d’une catastrophe annoncée. Dans les intervalles séparant ces interventions, il sera relayé par des membres de son Administration, soucieux d’effacer leur image, désastreuse à l’approche des « Mid Term Elections » de novembre, de boutefeux myopes.
L’inquiétude est d’autant plus grande que l’on approche du 19 mars, date à laquelle fut donné le signal de l’opération « Shock and Awe » et qui coïncide cette année, à quelques heures près, avec le quarantième jour de la Achoura. L’occasion pour les Américains de procéder à ce que les catholiques appellent un examen de conscience et dont les résultats s’étalent en bonne place dans les médias. Un exemple : sur le Web, les chiffres défilent à une allure vertigineuse. À peine a-t-on le temps de lire le dernier qu’un autre lui succède et encore un autre, laissant tout juste le temps à l’internaute de comprendre qu’il s’agit du coût de l’expédition mésopotamienne. Les calculs rejoignent ceux du fort respectable Congressional Budget Office, un organisme non partisan, pour lequel cette aventure est appelée à coûter, tous frais compris, la bagatelle de 700 milliards de dollars, contre 600 milliards pour la guerre du Vietnam, soit la fantaisie militaire la plus chère des soixante dernières années. Des chiffres encore : depuis le début de cette semaine, on a largement dépassé les 2 300 tués et 17 000 blessés américains.
Le bilan sur le terrain paraît d’autant plus lourd que la résistance ne donne aucun signe d’essoufflement. Les officiers des services psychologiques n’ont pas manqué de relever que décembre aura été moins « animé » que le mois précédent. Il n’en a pas moins été marqué par 2 500 attaques, soit une moyenne de plus de 80 par jour, en hausse de 25 pour cent par rapport à mars 2004. Contrairement à ce que voudrait laisser croire le Pentagone, les agressions contre des objectifs civils n’ont jamais excédé 20 pour cent du total des opérations des insurgés, chutant même à 8 pour cent à la fin de l’année. À l’instar de nombre de ses collègues du Sénat, Ted Kennedy ne fait pas montre d’un optimisme béat : « Il est clair, vient-il de déclarer, que la situation est mauvaise pour nos troupes comme pour le peuple irakien. » Elle est catastrophique pour la Maison-Blanche et sa cohorte de conseillers. Le président se traîne dans les sondages (seulement 37 pour cent d’avis favorables), quand un peu moins de 60 pour cent pensent que l’engagement sur les bords de l’Euphrate a procédé d’une mauvaise évaluation de la conjoncture. C’est bien pourquoi les néoconservateurs sont en train d’amorcer une révision déchirante de leurs calculs, pour reprendre une expression chère au regretté Foster Dulles. Et par la même occasion de se démarquer du faucon en chef, Donald Rumsfeld. Dans le camp adverse, on a le triomphe plutôt modeste. C’est à peine si, de temps à autre, un éditorialiste sort une petite phrase assassine, du genre : « Mais où étiez-vous donc, il n’y a pas si longtemps ? »
Seul, ou presque, à bord de la locomotive militariste, Richard Perle recommence à faire parler de lui, à propos de l’Iran, cette fois, et de ses prétentions nucléaires. « L’Occident ne doit pas commettre l’erreur d’attendre trop longtemps avant d’utiliser le langage des armes », a-t-décrété. Faisant écrire à un journaliste : « Tout comme les Bourbons, ces gens-là (les partisans de la manière forte) n’ont rien oublié ni rien appris. »
Zalmay Khalilzad tente pour sa part de parer au plus pressé. Placé devant le mur représenté par l’impossibilité pour les différentes fractions de s’entendre, il a appelé leurs chefs à tenir un sommet qui déboucherait sur la formation d’un gouvernement d’union nationale. Encore leur faudrait-il – mission quasi impossible – commencer par s’entendre sur le nom du futur Premier ministre, avant de s’attaquer à un nouvel écueil qui vient de surgir entre chiites et Kurdes. Toujours imprévisible, Moqtada Sadr a proposé la création de comités de défense pour sauvegarder la paix civile, tout en dénonçant « le mensonge » américain. Un peu sévère, le jugement du chef de l’Armée du mahdi, mais combien juste.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats D’accord, pour une fois !… Le dernier sondage US – il en pleut ces temps-ci – révèle que 70 pour cent des républicains et 90 pour cent des démocrates jugent probable la guerre civile en Irak. Probable, alors que le terrible engrenage était en cours bien avant l’attentat contre la mosquée d’or de Samarra, le 22 février dernier, qui aura servi d’accélérateur plutôt que de déclencheur ? La situation est d’une gravité telle que George W. Bush a entamé hier le premier d’une série de trois discours à la nation, dans le cadre d’une offensive de relations publiques pour, a dit son état-major, tenter d’exposer à ses « fellow citizens » les véritables raisons d’une catastrophe annoncée. Dans les intervalles séparant ces interventions, il sera relayé par des membres de son Administration, soucieux...