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Actualités - Opinion

Souriez Gibbs

Serrez les ceintures, retenez votre souffle, une semaine riche en turbulences vous attend ! Du conclave à rebondissements, place de l’Étoile, aux couloirs bruissants du Palais de Verre à New York, en passant par les grottes rebelles de Naameh et le tireur embusqué sur les rives du Barada, la panoplie des armes utilisées est grande, l’éventail des bons ou mauvais tours particulièrement large. Mais commençons par le commencement : passés les accès de mauvaise humeur, les coups de colère de la semaine dernière, c’est dare-dare que les « premiers du rang » reprennent le chemin de l’école. Des plus agités aux moins impulsifs, le mot d’ordre est le même : le dialogue, « dussent-ils passer le restant de leur vie à l’entretenir », susurre le maître d’école, mi-figue, mi-raisin. Dialogue de sourds, dialogue en dents de scie, dialogue des frères ennemis, qu’importe, la consigne est claire : négociez. De Ryad au Caire, de Paris à Washington, c’est quasiment un firman qui a été transmis à nos débatteurs nationaux : il est interdit d’échouer. Cela veut-il dire réussir pour autant ? Toute la question est là. Les sujets conflictuels sont si graves, si importants, les divergences si profondes que les congressistes pourraient être tentés de se rabattre, « au finish », sur des commissions ad hoc pour poursuivre l’examen des sujets litigieux. Ce serait alors un enterrement de première classe, la prolongation d’une crise harassante, épuisante, contre laquelle ont mis en garde les instances économiques réunies. Et pourtant des jalons peuvent être posés, des terrains d’entente défrichés, des accords sur des points précis conclus. En ruant dans les brancards, Walid Joumblatt a fait mouche, a fait œuvre utile : il a pulvérisé le carcan d’hypocrisie, brisé tous les tabous. Personne, place de l’Étoile, ne pourra désormais invoquer « l’intérêt supérieur de la nation » pour empêcher l’étude des sujets sensibles, occulter les problèmes qui sont au cœur du contentieux. « Le dialogue est une étape importante vers l’application de la résolution 1559 » : cette déclaration de Chirac sonne comme une dernière mise au point à l’adresse des congressistes, une évidence matraquée depuis un an par la communauté internationale. Le « cas » Lahoud, les armes du Hezbollah, les fermes de Chebaa : trois écueils, trois obstacles étroitement imbriqués qu’il n’est plus loisible de garder sous le boisseau. Saad Hariri et Hassan Nasrallah en sont parfaitement conscients, qui ont passé quinze heures en tête-à-tête à tenter de dégager une solution, la « formule magique » qui obtiendrait l’agrément de toutes les parties. S’entendre sur le successeur de Lahoud alors que les candidats sont légion, assurer le retour des fermes de Chebaa sous souveraineté libanaise, obtenir l’engagement du Hezbollah à « légaliser » son armement dans le cadre d’un processus bien défini : tel est le casse-tête auquel seront confrontés les congressistes. L’accord se fera-t-il ? Les jours qui viennent en fourniront la réponse. Mais attention, il y a urgence : mercredi, réunis sous les voûtes du Parlement, nos débatteurs nationaux recevront les premiers échos du rapport Brammertz. « Bombe » à la manière Mehlis ou rapport concis statuant sur des faits avérés, l’impact sera le même et les répercussions pourraient être déterminantes quant à l’implication syrienne. Ce jour-là, le Conseil de sécurité se rappellera, par le biais de la 1595, au souvenir des Libanais. Ce jour-là, les pendules seront remises à l’heure : si le dialogue est effectivement « made in Lebanon », c’est parce que des résolutions internationales l’ont rendu possible ; si les assassins de Rafic Hariri, les commanditaires du crime vont être démasqués, punis, c’est parce qu’un tribunal international y veillera de près. Quelque part, ce message a été compris place de l’Étoile, l’accord sur l’instance internationale s’étant fait dès le premier round du dialogue. Restent les autres aspects des résolutions internationales, celles impliquant toujours la Syrie et qui concernent la présence, sur le sol libanais, de groupuscules armés palestiniens inféodés à Damas. Cela nous ramène à la quadrature du cercle, à la case départ : la faculté de nuisance syrienne. Le danger est là, il est réel. L’exemple en est fourni quotidiennement, d’une manière flagrante, sur les collines de Naameh : des miliciens qui défient l’autorité, qui paradent avec toutes leurs armes, un FPLP-Commandement général qui menace les Libanais des pires scénarios si l’on s’aventurait à le désarmer. Les Syriens ont quitté, mais ont laissé derrière eux des bombes à retardement : des groupuscules palestiniens disséminés le long des frontières, aux abords même de Beyrouth, des éléments armés qui répondent scrupuleusement aux attentes syriennes, qui n’ont plus de la Palestine qu’un vague souvenir… Au même titre que d’autres dossiers brûlants, cette question sera examinée au Congrès national. Le Hezbollah qui défend ses armes, celles de la Résistance, pourra-t-il continuer à défendre celles de l’imposture sans se discréditer ? Alors que le couperet Brammertz est à la veille de tomber, que la Syrie est plus que jamais aux aguets, un accord pour en finir avec cette hérésie est impératif. Ce serait là une entrée en matière au règlement des autres dossiers, une voie ouverte à la solution globale tant espérée, celle « fabriquée au Liban ». Que cacheront les sourires de rigueur aujourd’hui place de l’Étoile ? Nagib AOUN
Serrez les ceintures, retenez votre souffle, une semaine riche en turbulences vous attend ! Du conclave à rebondissements, place de l’Étoile, aux couloirs bruissants du Palais de Verre à New York, en passant par les grottes rebelles de Naameh et le tireur embusqué sur les rives du Barada, la panoplie des armes utilisées est grande, l’éventail des bons ou mauvais tours particulièrement large.
Mais commençons par le commencement : passés les accès de mauvaise humeur, les coups de colère de la semaine dernière, c’est dare-dare que les « premiers du rang » reprennent le chemin de l’école. Des plus agités aux moins impulsifs, le mot d’ordre est le même : le dialogue, « dussent-ils passer le restant de leur vie à l’entretenir », susurre le maître d’école, mi-figue, mi-raisin.
Dialogue de sourds, dialogue...