Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Elle est partout

Walid Joumblatt, comme chacun sait, ne dédaigne pas la provocation ; il est aussi un des seuls hommes politiques libanais à pratiquer l’autocritique, et absolument le seul à pousser parfois celle-ci jusqu’à l’autodérision. Walid Joumblatt reste quand même, et par-dessus tout, le champion incontesté du franc-parler. Du tir à boulets rouges. Et même du tir de missiles intercontinentaux, tel celui qu’il a lancé lundi à partir de Washington et qui a atterri à grand fracas sur le Parlement. Le Hezbollah est une milice et comme toutes les milices, il doit être désarmé ; le président Lahoud n’est que la marionnette de Damas ; et les États-Unis doivent aider le Liban en prenant des sanctions contre la dictature syrienne. Ces prises de position du leader druze ne sont pas chose vraiment nouvelle ; il reste qu’elles ont été affichées avec une vigueur particulière, en terre américaine de surcroît, à l’heure même où les chefs du pays, réunis en conclave sous la coupole du Parlement, planchaient sur toutes ces épineuses questions. La bombe Joumblatt suffisait-elle donc pour pulvériser, irrémédiablement peut-être, un débat censé surmonter pourtant les plus graves des incidents de parcours ? Leurs scrupules démocratiques commanderaient-ils vraiment aux chefs de la première catégorie (label que l’on doit au président de l’Assemblée Nabih Berry) de s’en aller consulter leurs lieutenants dans la perspective de décisions historiques, comme s’est efforcé de le faire accroire le même Berry qu’on n’a jamais vu plus embarrassé que lors de sa conférence de presse d’hier ? Les quelques jours de relâche décrétés d’un commun accord seront-ils plutôt mis à profit pour attendre le retour du leader druze, pour négocier quelque mise au point, pour ramener sourires de rigueur et autres amabilités parmi les congressistes ? On le saura toujours assez tôt. En attendant, la salve de Walid Joumblatt aura eu le singulier mérite de rappeler à quel point cette fameuse table ronde menace d’être aussi la quadrature du cercle. Ce sont de véritables rébus qu’elle est appelée à résoudre en effet ; et une pile de rébus, cela fait un énorme, un gigantesque rébus. Rébus de taille en effet que ce départ du président Lahoud, souhaité par la très grande majorité des Libanais, mais qui ne bénéficie pas de la majorité constitutionnelle requise, faute d’un accord sur la succession. Que perdurent les ambitions, que se prolonge l’impasse, et les Libanais éberlués risquent de constater que la Syrie, qui a souverainement reconduit Lahoud dans ses fonctions, la Syrie expulsée du Liban est seule en mesure de hâter les choses : et cela en lâchant (mais à quel prix ?) son poulain. Rébus, de même, que la récupération des fermes de Chebaa, condition nécessaire mais peut-être pas suffisante pour un désarmement du Hezbollah. Car c’est auprès de la Syrie qu’il est demandé à notre pays de rechercher une preuve irréfutable de ses droits sur ce territoire : la Syrie qui entend se battre jusqu’au dernier résistant libanais pour se voir rendre le Golan et qui se refuse à toute délimitation des frontières. Rébus encore que la neutralisation des camps palestiniens où Damas conserve alliés affidés, notamment ce FPLP-CG qui revendique des droits sociaux pour les réfugiés préalablement à toute discussion sur le désarmement ! On en vient ainsi au maître rébus, à savoir le rétablissement de rapports théoriquement fraternels (pour le moins décents) avec un État syrien coupable pourtant d’avoir longtemps asservi le Liban ; un État fortement soupçonné d’avoir usé de la terreur pour maintenir sa domination ; un État dont le chef continue, à travers chacun de ses discours, de s’ingérer ouvertement dans les affaires libanaises ; une Syrie, enfin, dessaisie de son statut de grand électeur, mais qui, jusqu’à nouvel ordre, garde funestement celui de grand saboteur. Ce n’est pas Walid Joumblatt qui a tiré le premier sur la conférence du dialogue. Issa GORAIEB
Walid Joumblatt, comme chacun sait, ne dédaigne pas la provocation ; il est aussi un des seuls hommes politiques libanais à pratiquer l’autocritique, et absolument le seul à pousser parfois celle-ci jusqu’à l’autodérision. Walid Joumblatt reste quand même, et par-dessus tout, le champion incontesté du franc-parler. Du tir à boulets rouges. Et même du tir de missiles intercontinentaux, tel celui qu’il a lancé lundi à partir de Washington et qui a atterri à grand fracas sur le Parlement.
Le Hezbollah est une milice et comme toutes les milices, il doit être désarmé ; le président Lahoud n’est que la marionnette de Damas ; et les États-Unis doivent aider le Liban en prenant des sanctions contre la dictature syrienne. Ces prises de position du leader druze ne sont pas chose vraiment nouvelle ; il reste qu’elles...