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Actualités - Opinion

Le point Impasses irakiennes

L’histoire retiendra que tout a basculé un mercredi 22 février 2006 à l’aube lorsque, comme sous l’effet d’un gigantesque séisme, le dôme de la Mosquée d’or de Samarra, troisième lieu saint de l’islam chiite avec Najaf et Karbala, s’est effondré. Ce jour-là l’Irak, qui flirtait dangereusement depuis d’interminables mois avec la guerre civile, a donné l’impression d’y plonger, après un bain de sang terrifiant même dans un pays désormais habitué à côtoyer l’horreur au quotidien. Depuis, les voyants rouges n’ont cessé de s’allumer, relayés par des scénarios propres à donner le vertige aux plus pessimistes des cassandres. Et les déclarations contradictoires que les responsables américains multiplient comme à plaisir ne sont pas particulièrement rassurantes. Ainsi des propos tenus dimanche par le général Peter Pace, chef d’état-major interarmes, pour qui le pays n’est pas au bord de l’implosion, mais qu’en tout état de cause « tout peut y arriver ». Ceux qui seraient tentés de demander quelques éclaircissements sont priés de passer leur chemin. Des précautions d’ordre pratique valant toujours mieux que toutes les déclarations (faussement) rassurantes, un autre militaire a aussitôt pris le relais. Le général John Abizaid, chef du Commandement central (Centcom), a rencontré le chef de l’État Jalal Talabani et le Premier ministre sortant Ibrahim Jaafari pour leur demander de hâter le règlement du problème gouvernemental. Depuis les élections du 15 décembre 2005, qui ont vu les chiites enlever 128 des 275 sièges de la nouvelle Assemblée nationale, les tractations pour la mise sur pied d’une nouvelle équipe ministérielle n’ont guère progressé, un constat qui relève du délicat euphémisme. En fait, les embûches se multiplient, la dernière en date étant représentée par l’alliance ponctuelle réalisée entre sunnites, Kurdes et laïques, conduits par l’ancien président du Conseil Iyad Allaoui, pour faire échec à un nouveau mandat du candidat de l’Alliance unifiée. La plus haute autorité religieuse, l’ayatollah Ali Sistani, a refusé de se départir de la stricte neutralité qui a été la sienne jusqu’à présent, préférant mettre l’accent sur la nécessité de respecter la cohésion nationale et celle de sa communauté. Un conseil qui sera certainement suivi tant la personnalité de son auteur inspire le respect à toutes les parties en présence, mais qui n’est pas fait pour faciliter un bien problématique déblocage. Officiellement, le Parlement vient d’être appelé à tenir sa séance inaugurale dimanche prochain. Paralysé par le conflit sur le cabinet, il est hautement improbable qu’il puisse assumer sa fonction de législateur, alors qu’il reste quelques jours à peine avant que Jaafari, désespérant de concilier les inconciliables, ne rende son tablier. À moins d’un retournement de situation de dernière minute, toujours possible, qui verrait se former à nouveau le tandem kurdo-chiite des mois passés. Alors qu’une fois de plus en ce début de semaine, le bilan des pertes en vies humaines a dépassé les vingt personnes et que rien n’indique que les escadrons de la mort, la branche locale d’el-Qaëda mais aussi les essaims de gangs, qui voient dans cette sanglante escalade l’occasion de s’enrichir, vont renoncer à leur sinistre besogne. La guerre civile. Ces jours-ci, les Américains ne parlent que de cela. Avec de glaçantes anticipations. Celle par exemple qui verrait l’Iran s’engager dans un tel conflit, entraînant par contre-coup l’intervention de pays limitrophes, comme l’Arabie saoudite, le Koweït et même la Jordanie. À quoi viendrait s’ajouter l’intervention d’une Turquie prompte à s’inquiéter de tout semblant de réveil kurde à sa frontière. On voit d’ici le tableau que représenterait cette nouvelle poudrière du XXIe siècle. Jugement d’un éminent irakologue : « Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas seulement la stabilité sur les bords de l’Euphrate et du Tigre ; c’est aussi, et surtout, l’équilibre de l’ensemble du Moyen-Orient. » À quand l’adieu à l’équilibre précaire instauré par l’Empire ottoman, puis par les Britanniques ? Pour l’heure, Washington se préoccupe de colmater, avec plus ou moins de bonheur, les brèches militaires autant que diplomatiques, ou même médiatiques. Pas question d’un retrait au printemps 2007, comme annoncé par la presse dominicale de Londres, vient de faire savoir le Pentagone. Les opérations sur le terrain se déroulent « très, très bien », a dit le brave général Pace. Sans s’attarder sur l’alternative qui s’offre à lui : se tenir à l’écart d’un duel à mort ou assumer le rôle d’arbitre, avec des effectifs (133 000 GI actuellement) nettement insuffisants. Et un moral au plus bas : 72 pour cent des hommes de troupe voudraient être rapatriés dans un délai d’un an au plus et 29 pour cent d’entre eux opteraient pour un retour immédiat au pays. C’est dire si jamais le spectre du Vietnam n’aura paru aussi proche… Christian MERVILLE
L’histoire retiendra que tout a basculé un mercredi 22 février 2006 à l’aube lorsque, comme sous l’effet d’un gigantesque séisme, le dôme de la Mosquée d’or de Samarra, troisième lieu saint de l’islam chiite avec Najaf et Karbala, s’est effondré. Ce jour-là l’Irak, qui flirtait dangereusement depuis d’interminables mois avec la guerre civile, a donné l’impression d’y plonger, après un bain de sang terrifiant même dans un pays désormais habitué à côtoyer l’horreur au quotidien. Depuis, les voyants rouges n’ont cessé de s’allumer, relayés par des scénarios propres à donner le vertige aux plus pessimistes des cassandres. Et les déclarations contradictoires que les responsables américains multiplient comme à plaisir ne sont pas particulièrement rassurantes. Ainsi des propos tenus dimanche...