Le problème n’est plus Émile Lahoud. Qu’il démissionne ou qu’il soit destitué, l’épilogue est le même et la finalité n’est plus qu’une question de temps, un laps de temps. Le sort en a d’ailleurs été jeté dès le funeste 3 septembre 2004, date de la non moins funeste prorogation.
Que les pétitions, avertissements, lettres ouvertes tombent dans l’oreille d’un sourd, cela ne change rien à l’affaire. Le locataire de Baabda n’aura que le temps de faire ses valises. Son éviction n’est pas seulement une demande nationale, elle est également une exigence internationale puisque son élection même est nulle et non avenue au regard de la résolution 1559 du Conseil de sécurité.
Les pays arabes en sont parfaitement conscients, notamment l’Égypte et l’Arabie saoudite, qui s’entremettent depuis quelques jours pour accélérer le processus de départ. Et, assez ironiquement, c’est peut-être de Damas même, où se succèdent les messagers, que viendrait le « lâchage », le « conseil fraternel » d’un départ anticipé.
Puni par ceux-là mêmes qui l’ont poussé au « péché originel », ce serait là un juste châtiment de l’histoire !
Le problème n’est plus Émile Lahoud. Il est ailleurs. Il réside dans la foire d’empoigne qui caractérise la vie politique dans tous ses aspects, dans les déclarations intempestives des uns et des autres, des mots malheureux, malencontreux qu’on lâche sur les plateaux de télévision et qu’on regrette le lendemain. Le problème est dans la déliquescence générale, dans le mensonge incrusté dans le discours politique.
Le patriarche Sfeir sait parfaitement de quoi il retourne : « Le mensonge prédomine aujourd’hui. Ils disent le contraire de ce qu’ils font et font le contraire de ce qu’ils disent. » Dans son message du carême, le chef de l’Église maronite a mis le doigt sur une plaie béante : le manque de sincérité, la voie ouverte aux malentendus, aux rancunes...
Le problème n’est plus Émile Lahoud. Il est désormais d’ordre successoral.
Et, de part et d’autre, c’est en rangs dispersés, en avis divergents, en crocs-en-jambe qu’on pave la voie au changement. Une occasion unique se présente, le moment tant attendu d’en finir avec la dernière séquelle d’un système honni, et à quoi assiste-t-on ? À des débats oiseux sur le profil du futur président, à un marchandage qui ne veut pas dire son nom, à des procès d’intention qui ne font honneur ni aux uns ni aux autres.
Qu’on ne s’y trompe pas : du 8 mars au 14 mars, l’éventail est large. Il y a ceux qui se font une douce violence ou qui se font tirer l’oreille, ceux qui s’affichent avec ostentation ou qui grappillent en catimini. Et les autres, ceux qui veulent bien dialoguer, mais qui le disent avec condescendance, ceux qui proclament haut et fort leur bonne foi et qui posent des lapins sans sourciller.
À trois jours de la conférence de dialogue, place de l’Étoile, tel est l’état des lieux : un président en partance qui refuse encore de se rendre à l’évidence, des factions politiques qui s’escriment à trouver le successeur idéal et d’autres qui se battent à fleurets mouchetés à défaut de se battre tout court.
Un même désir proclamé d’aboutir au dialogue, un même parcours cahoteux rendant impossible ce même dialogue.
Et en arrière-plan, une communauté internationale qui se demande, désabusée : « Mais qu’ont-ils donc ces Libanais à laisser passer une occasion après l’autre, une chance après l’autre ? »
Et pourtant, il est dans ce pays des hommes de valeur, des hommes d’une grande probité qui ne peuvent que réunir l’unanimité autour de leur personne. Le patriarche maronite n’est pas sans les connaître, sans les apprécier. Le choix sera forcément le fait de la communauté maronite, avalisé par les autres composantes de la nation. Et Nasrallah Sfeir aura naturellement son mot à dire : le Sésame ouvre-toi !
Dans trois jours, dix-sept ans après Taëf, une conférence de dialogue se tiendra sur le sol libanais, un territoire libéré de toute présence étrangère. Un face-à-face exceptionnel, un agenda chargé, mais un sujet omniprésent, crucial : le dossier présidentiel.
Trois jours pour s’entendre sur un dénominateur commun, sur un candidat unique, trois jours pour déblayer le chemin au véritable dialogue, celui qui déterminera l’avenir du pays.
Délai trop bref ? Peut-être, mais c’est à cette seule condition que sera préservé le conclave, que sera évité un Babel peu réjouissant place de l’Étoile.
Nagib AOUN
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Que les pétitions, avertissements, lettres ouvertes tombent dans l’oreille d’un sourd, cela ne change rien à l’affaire. Le locataire de Baabda n’aura que le temps de faire ses valises. Son éviction n’est pas seulement une demande nationale, elle est également une exigence internationale puisque son élection même est nulle et non avenue au regard de la résolution 1559 du Conseil de sécurité.
Les pays arabes en sont parfaitement conscients, notamment l’Égypte et l’Arabie saoudite, qui s’entremettent depuis...