Rechercher
Rechercher

Actualités

L’arithmétique et ses pièges

C’est en usant de moyens tout à fait exceptionnels que la Syrie, pourtant maîtresse absolue du terrain, avait imposé, à l’automne de 2004, la très impopulaire prorogation du mandat du président Émile Lahoud. Pour cela, le régime de Damas avait dû forcer la main à ses plus proches alliés : taper sur des doigts, tordre des bras, manier avec plus de rudesse que jamais l’intimidation et la menace. D’avoir cédé la mort dans l’âme ne devait pas permettre pour autant à Rafic Hariri de préserver sa vie. De s’être donné tant de mal pour se faire entendre, d’avoir déchaîné les forces du mal dans son fief libanais, n’aura pas épargné non plus à la Syrie tout le mal qu’en définitive, elle s’est obstinée à se faire elle-même. Les troupes syriennes ne sont heureusement plus là. Le plus incroyable cependant, c’est l’énorme complexité de cette tâche on ne peut plus sensée et légitime pourtant qui attend le Liban libéré, mais non encore libre : réparer l’insulte à la Constitution (et aussi à la volonté des Libanais) dont s’est rendue coupable la puissance occupante, doter le pays d’un nouveau chef de l’État qui n’incarnerait ou n’évoquerait en rien l’ère de la tutelle. En se fixant un délai d’un mois pour atteindre cet objectif, le Rassemblement du 14 mars peut se targuer d’avoir enfin placé en tête de l’agenda la question présidentielle : un dossier grand ouvert depuis un an, mais qui se trouvait régulièrement refermé sous la pression des manœuvres politiques, comme des événements Sera-t-il possible d’honorer l’échéance de mars en usant des seuls moyens légaux, en s’abstenant de tout recours à la rue ? Interrogation des plus délicates : cette méthode douce est en effet celle que préconisait hier encore le patriarche Sfeir, qui n’en a pas moins reconnu l’indignité de la situation dans laquelle se trouve embourbé un président devenu la cible de toutes les attaques. Cet appel ne saurait être ignoré ou bravé par les tombeurs potentiels du président, qui ont vite fait d’entamer d’ailleurs un respectueux siège de Bkerké. Le chef de l’Église maronite est en effet une instance nationale à laquelle les Libanais, tous les Libanais, doivent d’avoir initié l’étincelle de la liberté, puis d’avoir inlassablement alimenté la flamme. Mais il est aussi un pôle spirituel qu’une longue marginalisation des aspirations chrétiennes ont investi d’une immense autorité politique. Dans un Liban où sunnites et chiites sont en mesure d’installer souverainement leurs champions qui au Sérail et qui à l’Étoile, qui irait reprocher par ailleurs au patriarche sa précautionneuse approche du problème que pose cette première magistrature dévolue par la tradition aux maronites et censée se placer néanmoins au-dessus des communautés et des partis ? Et l’actuelle bipolarisation de l’opinion chrétienne, illustrée par la tenace rivalité entre Michel Aoun et Samir Geagea, n’est-elle pas de nature à inciter le cardinal à un surcroît de prudence, face aux leaderships incontestés dont se sont dotés les autres familles libanaises ? À son tour cependant, la démarche strictement, exclusivement constitutionnelle ne manque pas d’aléas, car elle est littéralement l’otage de l’implacable verdict des chiffres. Pour invalider la reconduction du mandat Lahoud, la majorité parlementaire est tenue de se rallier l’un ou l’autre élément de cette très réelle minorité de blocage que constituent le tandem Amal-Hezbollah et le bloc Aoun. Mais ce serait à quel prix ? La Résistance islamique, en effet, accepterait sans doute de lâcher le président, pourvu seulement que l’on oublie la question de son désarmement : ce qui ne ferait que remiser pour bien peu de temps le débat interne, et affecterait considérablement la sollicitude internationale pour le Liban. Quant au général Aoun, il souscrirait volontiers à un départ du président, mais seulement si la succession devait lui échoir : une éventualité que n’a pas exclue, pour la première fois hier, l’imprévisible Walid Joumblatt, dans le même temps qu’il reprenait ses attaques contre la milice et l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah. Dans la confusion actuelle, on ne peut qu’attendre avec espoir, mais non sans anxiété aussi, le dialogue national auquel vient de convier le président de l’Assemblée. Que les élus du peuple s’avèrent incapables une fois de plus de s’entendre, et c’est le peuple qu’ils auront trahi. Issa GORAIEB
C’est en usant de moyens tout à fait exceptionnels que la Syrie, pourtant maîtresse absolue du terrain, avait imposé, à l’automne de 2004, la très impopulaire prorogation du mandat du président Émile Lahoud. Pour cela, le régime de Damas avait dû forcer la main à ses plus proches alliés : taper sur des doigts, tordre des bras, manier avec plus de rudesse que jamais l’intimidation et la menace. D’avoir cédé la mort dans l’âme ne devait pas permettre pour autant à Rafic Hariri de préserver sa vie. De s’être donné tant de mal pour se faire entendre, d’avoir déchaîné les forces du mal dans son fief libanais, n’aura pas épargné non plus à la Syrie tout le mal qu’en définitive, elle s’est obstinée à se faire elle-même.
Les troupes syriennes ne sont heureusement plus là. Le plus incroyable...