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Actualités - Opinion

Baraka sacrée

Saint-Maron et Mar Mikhaël, deux églises dédiées à des élus d’exception. Deux églises placées par le hasard urbanistique sur ces funestes lignes de démarcation qui ont longtemps séparé les Libanais. Deux églises qui, à des titres divers, ont occupé ces derniers jours le centre de l’actualité. On tremble rétrospectivement encore à l’idée du bain de sang évité de justesse dimanche quand de criminels agents de la subversion importée, prétendant manifester pour l’honneur de l’islam, ont attaqué le premier de ces lieux de prière avant de s’en aller vandaliser la périphérie d’Achrafieh. On ne louera jamais assez, d’ailleurs, le sang-froid, la retenue, la lucidité dont ont fait preuve les parties maîtresses de la rue chrétienne en refusant de tomber dans le piège grossier que leur tendaient les provocateurs. Ces désordres ont mis à nu l’effroyable carence de l’État : dûment alertés pourtant de la tempête qui se levait, les responsables n’ont pu mettre en place un cordon de sécurité adéquat : car, expliquait sans rire hier le ministre de l’Intérieur, un policier sur deux au Liban est assigné à des tâches administratives. Serait-ce le cas aussi des dizaines de milliers de soldats indésirables, pour les motifs que l’on sait, au Liban-Sud ? Cependant, les évènements de dimanche ont été l’occasion aussi, pour l’establishment musulman libanais, de prendre conscience du péril général que représentent tous ces trublions poussant le sacrilège jusqu’à recouvrir leurs forfaits des couleurs du Prophète : faux dévots en très grande partie étrangers, saboteurs professionnels et même repris de justice embrigadés pêle-mêle par des organisations terroristes ou des Moukhabarate au passé lourdement chargé. Face à l’infamie, saint Maron aura fait œuvre de rassembleur. Mais les miracles n’ont lieu qu’une fois. Et les magnifiques témoignages d’unité prodigués dimanche par les instances politiques et spirituelles musulmanes doivent absolument se traduire par une action concertée visant à exclure ces ennemis déclarés du Liban de la diversité et de la coexistence. C’est là leur responsabilité, leur obligation morale et nationale, et là doit se situer leur combat. Plus sereine, mais tout de même fracassante, était la journée de lundi à Chiyah où deux forces antinomiques, le Courant patriotique libre et le Hezbollah, choisissaient de sceller leur entente en ce lieu hautement symbolique qu’est l’église Mar Mikhaël. On ne peut évidemment que saluer tout rapprochement entre Libanais, même si aux grands principes proclamés se mêlent sans doute des intérêts tactiques (mais n’était-ce pas le cas de toutes les illogiques alliances, électorales et autres, multipliées ces derniers mois par la presque totalité des partis et regroupements libanais ?). Comme dans toute association, il y avait à Mar Mikhaël des concessions et des acquis. Hier général rebelle, excommunié par la république de Taëf, condamné à l’exil, menacé de poursuites pour trahison après avoir témoigné contre la Syrie devant le Congrès américain, Michel Aoun achève d’accomplir, là, un des rétablissements politiques les plus extraordinaires qu’ait connus le pays. Chef d’un consistant groupe parlementaire chrétien, le voici déclaré – et cela par la première force chiite du pays – candidat tout à fait valable à la présidence, son ambition de toujours. En échange, Aoun renonce à son exigence première d’une stricte et intégrale application de la résolution 1559 de l’ONU, encore que le document conjoint peut passer pour l’ébauche la moins floue, à ce jour, des conditions qui devraient être satisfaites pour que le Hezbollah consente à déposer les armes. De même, on prendra bonne note de l’appel lancé aux familles qui ont cherché refuge en Israël afin qu’elles réintègrent le pays, de la nécessité d’un tracé des frontières et même de l’instauration de relations diplomatiques avec la Syrie : toutes attitudes nettement conciliantes du Hezbollah, qui, face au rassemblement pluricommunautaire du 14 mars, vient de s’assurer – indépendamment du mouvement Amal – l’amitié d’un regroupement chrétien de poids. Ce qui est troublant en revanche dans la conjonction CPL-Hezbollah, ce qui dérange et porte à l’inquiétude, c’est ce bénéfice du doute, cette présomption d’innocence accordés à un régime syrien qui, tout au long de la série noire qui a endeuillé le Liban, ne s’est pas trop démené pour se départir de son comportement de suspect : de coupable même, à en juger par l’évidente obstination des services syriens à secouer ce pays parce qu’il en a eu assez de vivre sous leur coupe. Parler seulement d’une détente et d’une normalisation avec la Syrie, en occultant cavalièrement ce terrible dossier, n’est pas seulement irréaliste. C’est choquant. Pire, dangereux, car ce serait faire ami-ami seulement sous la menace permanente – menace tolérée, acceptée désormais – de la capacité de nuisance, du potentiel de déstabilisation qui sont ceux de Damas. Que l’État ne soit pas en mesure de parer à tous les dangers n’échappe à personne. Mais en attendant l’issue, et par-delà les idéologies et les intérêts politiques, le devoir de tous est de protéger, autant que faire se peut, les citoyens. S’affronter sur l’identité des assassins, se complaire encore dans la polémique sur l’appareil sécuritaire, poser ses conditions, revendiquer sa part de nominations, c’est faire en définitive le jeu des tortionnaires. Issa GORAIEB
Saint-Maron et Mar Mikhaël, deux églises dédiées à des élus d’exception. Deux églises placées par le hasard urbanistique sur ces funestes lignes de démarcation qui ont longtemps séparé les Libanais. Deux églises qui, à des titres divers, ont occupé ces derniers jours le centre de l’actualité.
On tremble rétrospectivement encore à l’idée du bain de sang évité de justesse dimanche quand de criminels agents de la subversion importée, prétendant manifester pour l’honneur de l’islam, ont attaqué le premier de ces lieux de prière avant de s’en aller vandaliser la périphérie d’Achrafieh. On ne louera jamais assez, d’ailleurs, le sang-froid, la retenue, la lucidité dont ont fait preuve les parties maîtresses de la rue chrétienne en refusant de tomber dans le piège grossier que leur tendaient les...