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Actualités - Opinion

Avant que l’ombre…

C’est à croire que le pouvoir a ceci de surnaturel et de dangereusement opiacé qu’il lénifie les cellules grises du collectif qui y accède, tout en abaissant de temps en temps les QI des uns et des autres de ses membres à des niveaux pas très éloignés de l’alerte rouge. Lorsque les Libanais soutenaient au quotidien l’ancienne opposition plurielle contre le pouvoir de l’époque, totalement inféodé aux objurgations et à la tutelle de Damas, ils applaudissaient et se félicitaient, certes jaune parce que c’était souvent à un prix fort pour la nation, à chaque faux pas, à chaque grossière erreur, à chaque bêtise grosse comme les ruines de Anjar que perpétrait ce pouvoir défunt. Ils ne rient plus du tout, de quelque couleur que ce soit, ils se frottent encore moins les mains lorsqu’ils regardent désespérés cet ex-Bristol, maintenant à la tête du pays, multiplier les cadeaux en or, dans de grands et anthologiques moments de sottise, à l’intention de l’opposition. Au lieu du rire, c’est désormais la colère, l’horreur même, l’incompréhension surtout. Et pour trois raisons : parce que cette Alliance du 14 mars a tout pour réussir – voilà pourquoi la très grande majorité des Libanais en a fait, il y a près d’un an, la dépositaire de sa confiance politique ; parce qu’elle a commis la grave faute de ne pas savoir profiter des erreurs de ceux qui l’ont précédée ; parce qu’au sein de l’opposition, qu’elle comble de plus en plus ces derniers jours, pullulent des parties uniquement consacrées au retour de la tutelle syrienne. La majorité au pouvoir est en train de se noyer doucement en eaux pourtant très claires. Bien plus que l’inaptitude à prévenir telle ou telle émeute, bien plus que cette myopie politique chronique qui les fait tomber de temps en temps dans des pièges qu’un aveugle saurait éviter, l’hallucinant, le surréel ping-pong verbal de ces dernières 48 heures entre le comité parlementaire issu du 14 mars et la commission de suivi d’une part, et le (très 14 mars lui-même) ministre de l’Intérieur p.i. de l’autre, est venu couronner une série de bavures qui a dû faire se trémousser de plaisir toutes les oppositions, qu’elles soient présentes au gouvernement comme le Hezbollah, ou parlementaires comme le CPL, ou bien appartenant à l’ex-pouvoir comme Sleimane Frangié, Talal Arslane, Wi’am Wahab ou autres. Il y a un minimum de bon sens supposé avoir été donné équitablement à tous dès la naissance ; même ce minimum-là fait désormais défaut, lorsque face à la cohésion et la solidité de la dyade tactico-stratégique CPL-Hezb, il y a un manque affolant de coordination, de préparation, de prévision de la part de la majorité. Il est normal, légitime même, que chaque pôle ou chaque individu membre de cette plurimajorité ait son agenda personnel, c’est une règle de la nature (humaine et politique), mais il est anormal, voire criminel, que cet agenda-là prime sur les urgences nationales qui, si elles ne sont pas réglées au plus vite, avorteront automatiquement les ambitions des uns et des autres. Le remède n’est pas difficile à trouver, encore moins à inoculer, puisqu’il s’agit simplement de voir et de prévoir. D’anticiper. De ne pas (se) faire de surprises. D’établir une échelle de valeurs, une liste des priorités. Que chacun œuvre pour soi en travaillant pour le groupe. Le comble de l’ironie, c’est que cette majorité dispose d’une arme de choc, qu’elle a minutieusement et très intelligemment affûtée, lorsque tout était encore chaud, lorsque n’étaient pas encore arrivés les temps malheureux des calculs personnels, lorsque la concurrence était encore en train de balbutier : la très belle déclaration ministérielle. Neutraliser l’axe Damas-Téhéran, immuniser le pays contre les tentatives visant à le saboter, rédiger et appliquer une politique sécuritaire résolument efficace et un plan de réformes strict et inattaquable qui obligerait moralement les pays amis à signer des chèques au Liban : voilà ce sur quoi l’Alliance du 14 mars, toute l’Alliance du 14 mars à commencer par Fouad Siniora, se doit de travailler pour proposer ensuite ses plans au gouvernement présidé par… Fouad Siniora. Avant qu’il ne soit trop tard, avant que la confiance ne commence à s’éroder. À quelque chose malheur est bon, la voilà l’occasion en or chère au Premier ministre pour que la majorité rectifie son tir. Elle le peut ; sans doute le veut-elle aussi. Qu’elle travaille donc, les Libanais dans leur majorité l’attendent, impatiemment, presque aussi impatiemment d’ailleurs que le rapport Brammertz qui ne saurait tarder. Et si les deux étaient blindés, le plan de la majorité et le texte du juge belge, cela s’appellerait l’aurore. Ziyad MAKHOUL
C’est à croire que le pouvoir a ceci de surnaturel et de dangereusement opiacé qu’il lénifie les cellules grises du collectif qui y accède, tout en abaissant de temps en temps les QI des uns et des autres de ses membres à des niveaux pas très éloignés de l’alerte rouge.
Lorsque les Libanais soutenaient au quotidien l’ancienne opposition plurielle contre le pouvoir de l’époque, totalement inféodé aux objurgations et à la tutelle de Damas, ils applaudissaient et se félicitaient, certes jaune parce que c’était souvent à un prix fort pour la nation, à chaque faux pas, à chaque grossière erreur, à chaque bêtise grosse comme les ruines de Anjar que perpétrait ce pouvoir défunt. Ils ne rient plus du tout, de quelque couleur que ce soit, ils se frottent encore moins les mains lorsqu’ils regardent...