Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Déraisons

Il faudra du temps, beaucoup de temps pour que les Libanais en général et les chrétiens en particulier oublient ce dimanche. Pas autant pour les voitures brisées et les biens vandalisés – dans tous les pays du monde, des parasites infiltrent toujours des manifestants, aussi noble que soit leur cause – ; pas autant pour l’impensable choc psychique, affectif, que les hordes rampantes et blasphématoires libano-arabes ont infligé à des riverains terrifiés et horrifiés, mais plus, bien plus, à cause de ce qui a failli arriver, à cause de cette éruption volcanique de la mémoire populaire, de cette mobilisation insensée de l’inconscient collectif, jeté en un éclair dans les dédales pouilleux et médiévaux de la guerre libano-libanaise. Et qui aurait pu, en un clin d’œil, emmener avec elle le pays tout entier, le suicider, le faire imploser, provoquer un séisme cent fois, mille fois plus fort que celui causé par l’assassinat de Rafic Hariri. Il y a eu fautes graves, ce dimanche. Dans ces cas-là, les sanctions ne doivent pas attendre. Dans ces cas-là, ces sanctions se doivent d’être exemplaires. Il y a d’abord les responsabilités techniques. Au lendemain des doubles incendies criminels à Damas des chancelleries scandinaves ; à l’aune de la déferlante quasi planétaire, en retard, ceci dit, de trois mois, contre les intérêts des pays dont certains organes de presse ont initié ou repris les caricatures du Prophète, et sachant pertinemment à quel point la Syrie et d’autres puissances recherchent patiemment, activement, la moindre occasion pour déstabiliser le Liban et prouver que les Libanais sont inaptes à l’autogestion, la moindre des choses, l’élémentaire bon sens aurait voulu que le ministère de l’Intérieur centuple les cordons de sécurité. Installe des kilomètres de chicanes. Multiplie par mille le nombre de forces de l’ordre. Comme aux temps sinistres où les locataires de Sanayeh n’avaient en tête qu’un credo : mater les manifestations souverainistes des étudiants. La moindre des choses aurait été que le ministère de l’Intérieur soit un ministère de l’Intérieur. Peu importe que Hassan Sabeh ait voulu ou pas prévenir, prendre ces mesures-là, peu importe qu’il soit réellement irresponsable ou qu’il faille un bouc émissaire, peu importe les louables volontés de Fouad Siniora, impeccable jusqu’ici, d’éviter blessés et tués, surtout que la manifestation est d’organisation sunnite : Hassan Sabeh, sans doute très occupé à jouer aux ghostbusters, a certes démissionné de l’Intérieur, mais c’est toute la politique du ministère, quel que soit le successeur, qui doit changer. Évoluer. La majorité au pouvoir a offert là, dans un grand moment de bêtise, un inacceptable cadeau à l’opposition. L’autre responsabilité, bien plus grave, est morale. Nationale. Les images des cheikhs, fabuleux – et cela reste un euphémisme –, essayant de dissuader de jeunes musulmans de vandaliser, d’incendier, de casser, de frapper est saisissante. Les images des criminels bousculant les cheikhs, les frappant même, est insensée. Il n’y a plus le choix – et l’absence d’un Rafic Hariri s’est clairement fait sentir ce dimanche : les leaders politiques et spirituels musulmans, chiites et sunnites, ont un devoir vital à accomplir. Encore une fois, national. Celui d’éradiquer en amont, au quotidien, chaque instant, les germes et autres virus que certains groupuscules fondamentalistes s’emploient infatigablement à inoculer à l’islam. Ces leaders-là se doivent de sauver l’islam en commençant à balayer devant leurs portes ; ils se doivent de nettoyer, de couper court à tout fanatisme, de faire en sorte que ne prime que la modération sur toute velléité extrémiste. Hassan Nasrallah semble l’avoir compris – du moins, on l’espère : après avoir regretté, de la façon la plus inadmissible qui soit, la non-application de la fatwa contre Rushdie, le patron du Hezb a appelé, quelques jours plus tard, à une législation internationale protégeant les croyances, toutes les croyances. Un travail de terrain doit être fait heure par heure par les leaders sunnites, aussi, surtout, pour que les prophéties stupides et inacceptables de tous les Huntington de la planète restent lettre morte. Il y avait de la dégénérescence hier au Liban. De la putritude. Plus que jamais, un plan de sauvetage national se doit d’être mis sur pied et appliqué dans les 48 heures. Et qu’on ne se rassure pas en pensant que le clivage entre Libanais n’est plus bichromique, islamo-chrétien. Punir, guérir est nécessaire. Prévenir est suffisant. Et la plainte contre la Syrie au Conseil de sécurité, si elle se fait, si la culpabilité de Damas était vérifiée, est, elle aussi, une nécessité nationale. Ziyad MAKHOUL
Il faudra du temps, beaucoup de temps pour que les Libanais en général et les chrétiens en particulier oublient ce dimanche. Pas autant pour les voitures brisées et les biens vandalisés – dans tous les pays du monde, des parasites infiltrent toujours des manifestants, aussi noble que soit leur cause – ; pas autant pour l’impensable choc psychique, affectif, que les hordes rampantes et blasphématoires libano-arabes ont infligé à des riverains terrifiés et horrifiés, mais plus, bien plus, à cause de ce qui a failli arriver, à cause de cette éruption volcanique de la mémoire populaire, de cette mobilisation insensée de l’inconscient collectif, jeté en un éclair dans les dédales pouilleux et médiévaux de la guerre libano-libanaise. Et qui aurait pu, en un clin d’œil, emmener avec elle le pays tout entier, le...