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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Les ailes du désir

Cinquième semaine de 2006. Chacune de ses apparitions, si elle ne crée pour l’instant aucune hystérie, fait définitivement, un peu plus chaque jour, un peu plus chaque semaine, l’événement ; chacun de ses mots est pesé, soupesé, trituré dans tous les sens par ses camarades de parti bien plus que par ses adversaires politiques, dans l’infini espoir d’y trouver ne serait-ce qu’un bout de peau de banane qui la ferait chuter du haut de ses talons aiguilles ; les conseillers matrimoniaux commencent déjà à harceler le couple, à essaimer autour d’elle, autour de son Hollande d’homme, pour prévenir les bris d’assiette et autres je rentre chez ma mère qui ne manqueraient pas de se multiplier au cas où ce serait elle, et pas lui, qui briguerait pour le PS la succession de Jacques Chirac ; le très sarkozien Devedjian, visiblement le seul à ne pas avoir lu les résultats des sondages qui annoncent sa victoire dans quinze mois contre l’actuel ministre de l’Intérieur, la compare déjà à son très controversé héros, allant jusqu’à dire que seuls eux deux apportent quelque chose de nouveau, bref, Ségolène Royal, qu’elle soit candidate ou pas, qu’elle se présente ou pas, qu’elle gagne ou pas, a déjà fait plus de la moitié du chemin de l’iconisation. Et ne compte aucunement, visiblement, s’arrêter là. Essentiellement et presque naturellement féminin, le concept d’icône acquiert paradoxalement de singulières couleurs lorsqu’il se dissout, ou qu’il s’embourbe, dans cet acide hypersulfurique qu’est la politique. Les de Gaulle, les Kennedy, les Churchill, les Che, les Castro, les Khomeiny, les autres, ne sont pas des icônes : ils étaient et ils resteront des référents, des espèces de théorèmes purement mathématiques, des socles. Elles, par contre, les filles d’Eva Peron et de Margaret Thatcher, la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, l’Allemande Angela Merkel, la Finlandaise Tarja Halonen, la Chilienne Michelle Bachelet, les Péruviennes Lourdes Flores et Jeanette Emmanuel, elles pourront un jour, à moins qu’elles ne le soient déjà, devenir des icônes. C’est-à-dire cristalliser les envies et les besoins. Le seul problème, c’est le risque de désiconisation, la perte du caractère iconique lorsque l’icône se détourne ou qu’on la détourne du sacerdoce qui est le sien, lorsqu’on profite de ce caractère iconique, du parcours de l’icône, et qu’on en abuse à des fins purement matérielles. Que Ségolène Royal se mette à faire du cinéma, que Catherine Deneuve se lance dans la gestion des hedge funds, que Oprah Winfrey veuille jouer à la Hillary Clinton, et elles se désiconisent. L’éparpillement tue l’icône. Cinquième semaine de 2006. « Et toi May, je te salue au fond de l’hôpital où les criminels t’ont lâchement envoyée, toi icône vivante du doigté professionnel, visage souriant qui ramenait de force l’espoir dans le cœur des matinaux qui t’écoutaient… » Ghassan Salamé, cette semaine, a encore une fois dit le mot juste. La Chidiac est effectivement une icône ; elle l’était, et son martyre a centuplé ce caractère iconique : le Liban a pleuré avec May ; le Liban a respiré avec May ; le Liban a souffert avec May ; le Liban a prié pour May ; le Liban a souri avec May ; le Liban a admiré May ; le Liban a serré les poings avec May. Et voilà que May annonce sa candidature non pas à la présidence de la République, mais à un simple, un tout petit siège parlementaire – sachant que l’iconisation n’a absolument rien à voir avec l’importance du poste occupé. Elle est libre, May. Mais une icône a ceci d’astreignant qu’elle appartient à un peuple ou, plus exactement, à une perception collective, qui, elle, et elle seule, fige l’icône dans le temps, la pérennise. Le plongeon dans la benne à ordures de la partielle de Baabda-Aley, dans le politique avec ce qu’il véhicule de plus mesquin, même en invoquant les plus nobles des motifs, suicidera l’icône. Les Libanais en ont tellement peu, d’icônes, qu’ils y tiennent comme à leur indépendance, leur souveraineté, ou leur liberté de décider. Ziyad MAKHOUL
Cinquième semaine de 2006.
Chacune de ses apparitions, si elle ne crée pour l’instant aucune hystérie, fait définitivement, un peu plus chaque jour, un peu plus chaque semaine, l’événement ; chacun de ses mots est pesé, soupesé, trituré dans tous les sens par ses camarades de parti bien plus que par ses adversaires politiques, dans l’infini espoir d’y trouver ne serait-ce qu’un bout de peau de banane qui la ferait chuter du haut de ses talons aiguilles ; les conseillers matrimoniaux commencent déjà à harceler le couple, à essaimer autour d’elle, autour de son Hollande d’homme, pour prévenir les bris d’assiette et autres je rentre chez ma mère qui ne manqueraient pas de se multiplier au cas où ce serait elle, et pas lui, qui briguerait pour le PS la succession de Jacques Chirac ; le très sarkozien...