Dans le jargon politique à l’honneur sur les rives du Potomac, la prestation s’appelle un « message sur l’état de l’Union », ce qui laisse supposer qu’il s’agit essentiellement d’un exercice consacré à la res américaine. Cette année pourtant, près de la moitié du discours présidentiel aura été consacrée à un survol allant de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par l’Iran des grands problèmes internationaux de l’heure. Étant bien évidemment entendu que ceux-là ne sauraient être étrangers à l’Amérique. Et George W. Bush a pris soin, à ce propos, de mettre en garde ses concitoyens contre les dangers du « faux confort de l’isolationnisme », une tentation, a-t-il insisté, à laquelle ont résisté, sans remonter trop loin dans l’histoire, des prédécesseurs aussi illustres que Franklin Delano Roosevelt, Harry Truman, John Fitzgerald Kennedy et Ronald Reagan.
L’acte de foi dans le rôle des États-Unis à l’échelle universelle vaut le détour : « Nous sommes, a dit le locataire de la Maison-Blanche, la nation qui a sauvé la liberté en Europe, libéré le monde des camps de la mort, aidé à créer des démocraties et affronté un empire du mal. » Dans l’esprit de son auteur, cette petite phrase devait servir à introduire la longue tirade sur les interventions américaines au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, qu’il s’agisse de la guerre qui a permis de bouter hors de Kaboul le mollah Omar et ses talibans ou de l’expédition mésopotamienne qui, elle, tourne depuis quelque temps au véritable cauchemar. Et les grands desseins démocratiques pour le Moyen-Orient ? Là, la modestie est de mise : les élections, c’est vital mais ce n’est pas tout et le processus doit être suivi de mesures censées consolider la pratique égalitaire, nous est-il rappelé fort à propos. Ainsi de l’Égypte, où, après une présidentielle qui ne mérite certes pas d’être citée en exemple pour les autres pays de la région, il importe de prévoir d’autres étapes, ou même de l’Arabie saoudite, le royaume n’ayant droit – louable intention, dont on devine aisément les motivations – qu’à une fort discrète mention. La victoire du Hamas en Palestine est abordée sous forme d’un rappel de la nécessité pour la formation intégriste de reconnaître l’État hébreu, de mettre bas les armes et de renoncer à la violence. Enfin, les quelques phrases consacrées à Téhéran méritent une mention particulière. En effet, le chef de l’Exécutif US choisit de s’adresser directement au peuple pour lui dire : « Nous respectons votre droit à déterminer vous-mêmes votre avenir et à gagner votre liberté ; notre nation espère être un jour l’ami le plus proche d’un Iran libre et démocratique. »
Le plaidoyer pro domo de 51 minutes est à inscrire dans le cadre des préoccupations partisanes en cette année consacrée à la grande consultation populaire de mi-parcours, quand le plus illustre des républicains voit sa cote de sympathie plafonner autour de 40 pour cent (42 pour cent très exactement) et où le GOP risque de perdre, en novembre prochain, sa suprématie numérique dans les deux Chambres du Congrès. En présentant son plan d’action pour la sixième année de son mandat, Bush fils a jugé que le pays était pétromane (« addicted to oil »), une affirmation qui, dans la bouche d’un Texan, prend une saveur particulière. La conclusion à en tirer est qu’il importe de trouver des énergies alternatives comme l’hydrogène ou le nucléaire – jugé plus propre – si l’on veut réduire de 75 pour cent la dépendance US à l’égard de l’or noir en provenance du Proche-Orient. Il appartiendra aux spécialistes de juger s’il est sage, ou même exact, d’avancer à l’appui de l’argumentation la menace d’un tarissement des nappes pétrolifères quand deux experts, Mark Mills et Peter Huber, soulignaient il y a peu que les réserves au Canada et au Venezuela suffiraient pour le reste du siècle présent.
Dans l’ensemble, ont jugé les caciques des deux principales formations politiques, le discours était mesuré dans le ton comme sur le fond. Cette fois, l’accent n’a pas été mis sur d’ambitieux programmes internes comme en 2005 quand avait été avancée l’idée, catastrophique, d’une privatisation du système de retraite. Sagement, le président a choisi d’axer son discours sur des thèmes généraux : liberté et démocratie, lutte contre la tyrannie et le terrorisme, ce qui est la meilleure façon de limiter les dégâts possibles en une période aussi cruciale. Même si les grands titres du message constituent des versions à peine recyclées de thèmes ayant précédemment servi, saupoudrés pour l’occasion d’un soupçon d’humour, comme dans l’allusion au « premier groupe de baby boomers qui passent cette année le cap de leurs 60 ans et dont font partie deux favoris de mon père : moi-même et Bill Clinton ». Il reste qu’il faudra quand même autre chose que cette pincée de poivre pour que la mayonnaise électorale prenne.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans le jargon politique à l’honneur sur les rives du Potomac, la prestation s’appelle un « message sur l’état de l’Union », ce qui laisse supposer qu’il s’agit essentiellement d’un exercice consacré à la res américaine. Cette année pourtant, près de la moitié du discours présidentiel aura été consacrée à un survol allant de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par l’Iran des grands problèmes internationaux de l’heure. Étant bien évidemment entendu que ceux-là ne sauraient être étrangers à l’Amérique. Et George W. Bush a pris soin, à ce propos, de mettre en garde ses concitoyens contre les dangers du « faux confort de l’isolationnisme », une tentation, a-t-il insisté, à laquelle ont résisté, sans remonter trop loin dans l’histoire, des prédécesseurs aussi illustres que Franklin...