Par Mkhaimar ABUSADA*
La victoire écrasante du Hamas sur le Fateh, aux élections la semaine dernière, place les Palestiniens à un carrefour. Un parti politique islamiste, auparavant absent de la politique nationale et farouchement opposé aux démarches de négociations du Fateh avec Israël, vient de prendre le pouvoir en Palestine.
Le Hamas a remporté 74 des 132 sièges au Conseil législatif palestinien et peut compter sur le soutien de quatre députés indépendants. Cela représente 60 % des sièges au Parlement, gagnés dans presque tous les districts de la rive ouest et de Gaza. Le Hamas n’est apparu que très récemment sur la scène électorale, mais cette victoire massive aux législatives ne fait que renforcer le large succès remporté aux élections municipales. L’heure de la politique vient donc de sonner pour le Hamas.
Selon la loi palestinienne, Mahmoud Abbas, le président, doit maintenant demander au Hamas de former un nouveau gouvernement. Les responsables du Fateh semblent, quant à eux, refuser de se joindre à un gouvernement dirigé par le Hamas. Même si les islamistes prétendent rechercher une telle coalition, l’humiliante défaite du Fateh lui a fait perdre toute crédibilité en tant que partenaire de gouvernement.
Jusqu’à maintenant, les plus hauts responsables du Fateh ont déclaré qu’ils agiraient en opposants loyaux au Parlement, laissant ainsi la responsabilité gouvernementale au Hamas. Ils vont devoir s’atteler, en revanche, à la reconstruction et à la renaissance de leur parti.
Le Hamas est bien conscient du choc produit par sa victoire. Si le Fateh refuse de rejoindre la coalition, le Hamas pourra choisir de former un gouvernement d’indépendants et de technocrates. Il est, en revanche, peu probable qu’il décide de former un gouvernement composé d’extrémistes. La situation politique, sécuritaire et économique des Palestiniens nécessite un gouvernement axé principalement sur la résolution des problèmes et non sur la pureté idéologique.
Le défi le plus urgent auquel le nouveau gouvernement doit faire face est l’anarchie permanente et le non-respect des lois au sein de la société palestinienne. Les meurtres, les enlèvements, les vols ont atteint des records exceptionnels. Des individus armés n’hésitent pas à recourir aux kidnappings pour obtenir des emplois, libérer de prison des membres de leurs familles et réclamer vengeance.
Souvent, les personnes impliquées dans ces crimes appartiennent à des gangs locaux, voire à des milices de clans très importants. Dans l’opposition, le Hamas avait catégoriquement refusé de collecter les armes illégales. Désormais, il va devoir gérer une société palestinienne armée jusqu’aux dents, souffrant d’un taux de pauvreté de 70 % et d’un taux de chômage de 35 %.
Tirant profit de l’écrasant rejet politique du Fateh, le Hamas doit maintenant être jugé sur l’utilisation de son nouveau pouvoir. Le compte à rebours politique vient de commencer pour le Hamas. Les hauts responsables du parti ont bien conscience du défi qui les attend. Ils ont d’ailleurs promis une refonte complète de l’Administration et des services publics palestiniens. Plus que tout autre chose, la réussite du Hamas sera mesurée dans les prochains mois à l’aune de leurs réponses à ces questions.
Le Hamas sera-t-il capable d’éradiquer la corruption et l’incompétence, et d’offrir des services équitables et efficaces ? Dans quelle mesure son élection peut-elle affecter les flux de capitaux étrangers qui sont la composante essentielle du budget national ?
Les premières réactions internationales face à la victoire du Hamas ont été sévères. L’Administration Bush a déclaré qu’elle ne traitera pas avec le gouvernement du Hamas, car celui-ci reste engagé dans la destruction d’Israël. Tel est, en effet, le langage officiel du Hamas depuis 1988.
Fait intéressant cependant, la plate-forme électorale du Hamas combinait différentes approches concernant la question de l’État palestinien. D’un côté, elle approuvait pour la première fois l’établissement d’un État palestinien comprenant la rive ouest et Gaza et dont Jérusalem-Est serait la capitale, et d’un autre côté, elle répétait le refus du Hamas de renoncer à une once de la Palestine historique.
Actuellement, il est impossible de savoir si le Hamas va se transformer en une organisation plus modérée. Mais il est clair que le Hamas est désormais vulnérable à l’opinion publique. En outre, en tant que parti au pouvoir, il devra faire face aux réactions internationales entraînées par sa victoire.
Immédiatement après les élections, un haut responsable du Hamas, Mahmoud al-Zahar, a annoncé que son parti maintiendrait le cessez-le-feu avec Israël établi en février dernier si Israël en faisait autant. Il se pourrait que ses responsabilités gouvernementales poussent le Hamas à ouvrir des discussions avec les États-Unis et la communauté internationale.
Quoi qu’il en soit, en dépit des résultats aux élections et de l’absence du Fateh au gouvernement, Abbas reste responsable des négociations avec Israël. Il a très rapidement appelé à une réouverture des pourparlers de paix, malgré le refus d’Israël et des États-Unis de traiter avec le Hamas.
Les Palestiniens sont désormais en terrain inconnu. Ils ont voté en masse à une élection décrite par l’ancien Président américain, Jimmy Carter, comme honnête, juste et non marquée par la violence. Ils ont choisi un parti qui appelait à la « réforme et au changement » en réponse à une décennie de violence et d’anarchie. Et les Palestiniens ont approuvé l’avis du Hamas selon lequel toute négociation basée sur les accords d’Oslo ne parviendra jamais à réaliser les droits et les ambitions politiques du peuple palestinien.
Maintenant que la victoire est obtenue, le Hamas est responsable des Palestiniens dans le conflit avec Israël. L’avenir de son peuple entre les mains – sans parler de celui d’Israël et du Moyen-Orient –, comment le Hamas va-t-il assumer sa tâche ? Nul ne peut actuellement le dire.
*Mkhaimar Abusada enseigne les sciences politiques à l’Université al-Azhar de Gaza.
© Project Syndicate, 2006. Traduit de l’anglais par Béatrice Einsiedler.
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