Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

LE POINT La preuve par les urnes

Les uns ont voté « pour Abou Ammar, par fidélité au Fateh ». Les autres se sont prononcés en faveur des listes du Hamas, « Changement et réforme », essentiellement en signe de protestation contre l’anarchie sécuritaire,la corruption et l’absence de tout programme social, mais aussi parce que l’équipe actuellement en place, héritière de la vieille garde, est usée par l’exercice du pouvoir. Le scrutin législatif d’hier, qui aurait dû initialement se dérouler en juillet dernier – un peu maladroitement, Mahmoud Abbas a parlé d’un « festival » –, le premier en dix ans, mise à part la présidentielle de 2005, constitue le premier test de cette taille. Il est censé effacer une mauvaise image à laquelle Tel-Aviv n’est pas totalement étrangère. Mission en grande partie réussie au terme d’une journée qui a vu la participation populaire atteindre un pourcentage digne des démocraties scandinaves et les électeurs faire montre d’une louable maturité d’esprit, alors que le monde, à part quelques rares exceptions, s’attendait à des affrontements sanglants entre les deux formations rivales. Onze listes et plus de 400 candidats étaient en lice, en ce mercredi, pour le pourvoi des 132 sièges que comptera le futur Conseil législatif (contre 88 membres précédemment) par non moins de 1 550 000 électeurs inscrits qui, en rangs serrés, se sont présentés jusqu’en fin d’après-midi devant près d’un millier de bureaux de vote éparpillés dans les seize circonscriptions que comptent la Cisjordanie et la bande de Gaza, mais aussi la partie orientale de Jérusalem où, sur non moins de 100 000 adultes en âge de déposer leur bulletin dans l’urne, seuls 6 300 résidents ont été autorisés à le faire. Encore, l’occupant n’a-t-il pas manqué de rappeler qu’il s’agissait là d’une entorse aux accords d’Oslo, lesquels interdisent toute activité politique dans la ville en attendant qu’il soit statué sur son sort par des négociations entre les deux parties, sous l’égide de la communauté internationale. À son actif, il convient de noter qu’Abou Mazen n’aura épargné aucun effort pour permettre la participation du mouvement de la résistance islamique Hamas à cette journée historique à plus d’un titre. Avec des résultats souvent inattendus. À Hebron par exemple, Jibril Rajoub, chef de la redoutable Sécurité préventive, se trouve opposé à son frère Nayef, l’un des responsables de l’organisation extrémiste fondée par cheikh Ahmed Yassine, un frère qu’il avait fait jeter en prison en 1996… Aujourd’hui, les deux hommes sont d’accord pour reconnaître qu’il sera extrêmement difficile aux deux camps de coopérer au sein du Parlement appelé à entrer en fonctions dans les prochains jours, encore moins dans un éventuel (et fort problématique) gouvernement d’union nationale. D’ailleurs, les islamistes ne voient aucune contradiction entre la lutte armée et leur entrée au CLP, contrairement aux États-Unis qui exigent, comme préalables à l’exercice d’une activité politique, la reconnaissance du droit de l’État hébreu à l’existence et l’abandon de la lutte armée. Les Américains, encore eux : ces derniers temps, les campagnes de propreté se sont multipliées dans les rues, de même que les distributions d’eau et d’aliments aux points de passage tenus par les soldats israéliens. Par dizaines, des ordinateurs sont livrés à des centres sociaux ouverts aux jeunes et même un tournoi de football vient d’être organisé, qui a obtenu un franc succès. Tout cela s’inscrit dans le cadre d’un programme de deux millions de dollars, confié à l’Agence internationale pour le développement, la célèbre USAid, et supervisé par un ancien officier supérieur des forces spéciales ayant fait ses preuves en Afghanistan. Bien entendu, ces activités, qui reçoivent un énorme battage promotionnel à coups d’encarts publicitaires dans la presse locale, sont officiellement organisées par l’Autorité palestinienne. Elles devraient, dans l’esprit de Washington, contrebalancer efficacement l’action sociale entreprise depuis de longues années par le Hamas et permettre au Fateh de contrôler la majorité dans la nouvelle Assemblée. Rendez-vous aujourd’hui, ou au plus tard demain vendredi, quand seront connus les résultats officiels des législatives. Mais force est de reconnaître que, ces derniers temps, les USA n’ont pas eu la main heureuse dans leurs efforts pour l’instauration d’un Grand Moyen-Orient libre, souverain et en phase avec la modernité. Le dernier exemple en date de cet échec est l’Égypte où la confrérie des Frères musulmans vient de faire un retour fracassant dans l’arène politique. En Irak non plus, l’idyllique fraternité entre tous n’ayant pu recevoir un début de concrétisation, l’antique terre de Mésopotamie se retrouve plus divisée que jamais entre sunnites, chiites et Kurdes. Tout porte à croire que la Palestine ne sera pas logée à meilleure enseigne. Surtout, il faut le craindre, si les ides israéliennes de mars devaient s’avérer désastreuses pour le processus de paix. Christian MERVILLE
Les uns ont voté « pour Abou Ammar, par fidélité au Fateh ». Les autres se sont prononcés en faveur des listes du Hamas, « Changement et réforme », essentiellement en signe de protestation contre l’anarchie sécuritaire,la corruption et l’absence de tout programme social, mais aussi parce que l’équipe actuellement en place, héritière de la vieille garde, est usée par l’exercice du pouvoir. Le scrutin législatif d’hier, qui aurait dû initialement se dérouler en juillet dernier – un peu maladroitement, Mahmoud Abbas a parlé d’un « festival » –, le premier en dix ans, mise à part la présidentielle de 2005, constitue le premier test de cette taille. Il est censé effacer une mauvaise image à laquelle Tel-Aviv n’est pas totalement étrangère. Mission en grande partie réussie au terme d’une journée...