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Grain de sable

Prendre ou mettre des gants, c’est kif-kif : le verbe est double, mais le résultat est le même. C’est fermer les yeux sur les mensonges, la duplicité des uns, la démagogie, la mégalomanie des autres, l’insulte de tous à l’intelligence, à la dignité des Libanais. Le pays est poussé, précipité vers l’abîme et « ils » en sont encore à s’interroger sur les causes réelles de la crise, sur l’identité du « syrial killer ». De nouveaux axes, porteurs de mille dangers, se façonnent, se bétonnent de la Méditerranée aux confins de l’Asie, et « ils » pérorent encore sur les tenants et les aboutissants d’une crise ministérielle forgée de toutes pièces. Un chat s’appelle bien un chat. Alors, que cessent les louvoiements, les détours inutiles et que soient dites leurs quatre vérités aux empêcheurs de tourner en rond, de vivre en paix. Samedi, devant un parterre d’avocats triés sur le volet, experts en applaudissements contrôlés, Bachar el-Assad a tombé définitivement le masque, engageant du même coup son régime dans une confrontation tous azimuts avec la communauté internationale. Tel père, tel fils, dit l’adage. Dans ce cas précis, le père, s’il était encore en vie, aurait renié son fils, l’aurait voué aux gémonies. Abdel Halim Khaddam le « renégat » de la vieille garde, ne s’y était pas trompé : Bachar n’a rien du profil de Hafez. Engoncé dans ses convictions, englué dans ses certitudes, « cocooné » par le premier cercle du clan familial qui craint pour sa propre survie, il est naturellement porté vers la fuite en avant. Dans son précédent discours devant le Parlement syrien, en novembre dernier, caractérisé alors par son ton haineux et insultant à l’égard des Libanais et de leurs représentants démocratiquement élus, il avait esquissé déjà le scénario du pire. Depuis samedi, depuis la visite à Damas d’Ahmadinejad, le scénario est désormais bouclé. Touchante attention : Nasrallah, Berry, Jibril et consorts ont été invités à apporter leur touche personnelle à l’ouvrage, un chef-d’œuvre d’hypocrisie, de falsification de l’histoire… Et dire qu’il y a quelques jours encore, des milieux diplomatiques « bien informés » tablaient sur un discours modéré qui ouvrirait la voie au dialogue, aux réformes internes ! La réponse est venue brutale : une antienne sans cesse ressassée, martelée, la langue de bois classique, agrémentée, cette fois, de trouvailles inédites. Qu’on en juge : - Le tracé des frontières à Chebaa est une demande israélienne. Irrecevable. Le Liban dût-il attendre un siècle pour faire valoir son droit ! - Dans l’affaire Hariri, la Syrie est blanche comme neige. La souveraineté nationale prime sur les résolutions du Conseil de sécurité et la coopération avec la mission de l’ONU ne peut se faire que sur cette base. Sinon, que les enquêteurs aillent voir ailleurs ! Double négation, double défi lancé au Liban et à la communauté internationale. En refusant de confirmer la libanité des hameaux de Chebaa (un mouchoir de poche qui n’en vaut vraiment pas la peine, à en croire le président syrien), Bachar el-Assad se fait pratiquement le complice d’Israël puisqu’il retire au Hezbollah la raison même de son combat : libérer une terre libanaise occupée. Et là on revient à la quadrature du cercle, à la case départ, à la question essentielle, fondamentale : le Hezbollah souscrit-il à un agenda régional, à des options à haut risque au détriment de l’intérêt proprement libanais ? Les dénégations des uns et des autres au sein du parti intégriste n’y font rien : le maintien de la poudrière sudiste est directement lié au contentieux sur le Golan et, au-delà, à la crise du nucléaire en Iran. Un axe tripartite destiné à tenir la dragée haute à l’Occident, aux États-Unis en particulier, sur fond de tiraillements et de déstabilisation en Irak. Une situation inextricable où le Hezbollah est amené à jouer le mauvais rôle du preneur d’otages, le Liban tout entier se retrouvant pris au piège d’enjeux qui le dépassent. Hallucinante, incroyable situation, alors même que la communauté internationale met tout en œuvre pour nous venir en aide, que le Conseil de sécurité se mobilise pour stopper la machine de mort et qu’il suffit juste d’un Conseil des ministres reconstitué, d’une décision nationale unifiée pour que l’espoir renaisse, que se tienne enfin ce fameux « Beyrouth I » qui remettra le Liban sur le chemin de la croissance… Des décennies de larmes et de sang, de sacrifices consentis pour les petites et grandes causes, de guerres des autres sur notre sol, cela n’est-il pas assez ? Le tribut n’a-t-il pas été largement payé ? Des décennies de souffrances et toujours ce grain de sable, ce méchant grain de sable qui retarde la paix des braves, qui empêche le rêve de devenir réalité… Nagib AOUN
Prendre ou mettre des gants, c’est kif-kif : le verbe est double, mais le résultat est le même. C’est fermer les yeux sur les mensonges, la duplicité des uns, la démagogie, la mégalomanie des autres, l’insulte de tous à l’intelligence, à la dignité des Libanais.
Le pays est poussé, précipité vers l’abîme et « ils » en sont encore à s’interroger sur les causes réelles de la crise, sur l’identité du « syrial killer ». De nouveaux axes, porteurs de mille dangers, se façonnent, se bétonnent de la Méditerranée aux confins de l’Asie, et « ils » pérorent encore sur les tenants et les aboutissants d’une crise ministérielle forgée de toutes pièces.
Un chat s’appelle bien un chat. Alors, que cessent les louvoiements, les détours inutiles et que soient dites leurs quatre vérités aux empêcheurs...