Décidément, l’amour du pouvoir est plus fort que tout. Il est illimité, égoïste, déraisonnable. En son nom, beaucoup transgressent toutes les règles, et en premier lieu celles de la démocratie.
À ce jeu-là, les dirigeants du monde arabe sont imbattables.
Une fois hissés à la tête de leurs États, les Assad, Moubarak, al-Sabah, Ben Ali et consorts sont indélogeables, intouchables, et prêts à tout pour s’y maintenir.
Que voulez-vous, certains ont attendu tellement longtemps, parfois toute une vie, que la place se libère... Quand le passage à trépas d’un dirigeant est la seule chance de lui succéder, alors forcément, on s’accroche !
Qu’importe l’opinion publique.
Qu’importe l’incompétence, l’âge avancé ou un état de santé vacillant. Le credo est inchangeable : j’y suis, j’y reste !
Dernier exemple en date, cheikh Saad al-Abdallah al-Sabah, dirigeant « en exercice » (?) du Koweït, arrivé à 75 ans au pouvoir de façon « automatique », à la mort de cheikh Jaber al-Ahmed al-Sabah.
Le hic, c’est que cheikh Saad est âgé, gravement malade, quasi paralysé, au point d’être incapable de prononcer le serment constitutionnel. Le problème de la « succession de la succession » risque donc de se poser prochainement.
La famille régnante, anticipant cette éventualité, a, dans sa grande majorité, demandé au Premier ministre actuel et homme fort du pays, cheikh Sabah al-Ahmed al-Sabah, de prendre dès maintenant les rênes de l’émirat.
Mais, pour cela, il faudrait que l’émir en place se désiste volontairement, ce qui n’est pas du goût de ses partisans, qui ne comptent pas lâcher prise aussi facilement. Après avoir demandé, sans succès, au Parlement d’« abréger » les deux lignes du texte du serment, ils ont finalement demandé à la Chambre de se réunir en session extraordinaire demain, afin que cheikh Saad le prononce. Dans tous les cas, l’abdication pure et simple n’est pas prévue à leur programme.
Heureusement, le Koweït, contrairement à beaucoup d’autres pays de la péninsule Arabique, est un émirat doté d’institutions modernes, d’un gouvernement et d’un Parlement, ainsi que de véritables instruments constitutionnels qui envisagent les différents problèmes de succession. Dans le cas qui se présente aujourd’hui, il est prévu que le gouvernement peut avoir recours à l’Assemblée élue pour prononcer la destitution pour « raisons de santé ». Cheikh Sabah a menacé d’appliquer cette procédure exceptionnelle.
Pour la première fois au Koweït, l’archaïsme de la notion du pouvoir « automatique » va donc se trouver confronté à la logique du pouvoir moderne.
L’émirat a là une occasion en or de prouver son véritable ancrage institutionnel et d’améliorer son image de marque.
Le recours à la loi suprême pour résoudre la crise permettra d’assurer une succession en douceur, et s’il est encore trop tôt pour que les Koweïtiens puissent réclamer un « jeune dirigeant indépendant », il est tout à fait possible pour eux d’exiger un « cheikh respecté constitutionnellement élu » !
Mariam SEMAAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Décidément, l’amour du pouvoir est plus fort que tout. Il est illimité, égoïste, déraisonnable. En son nom, beaucoup transgressent toutes les règles, et en premier lieu celles de la démocratie.
À ce jeu-là, les dirigeants du monde arabe sont imbattables.
Une fois hissés à la tête de leurs États, les Assad, Moubarak, al-Sabah, Ben Ali et consorts sont indélogeables, intouchables, et prêts à tout pour s’y maintenir.
Que voulez-vous, certains ont attendu tellement longtemps, parfois toute une vie, que la place se libère... Quand le passage à trépas d’un dirigeant est la seule chance de lui succéder, alors forcément, on s’accroche !
Qu’importe l’opinion publique.
Qu’importe l’incompétence, l’âge avancé ou un état de santé vacillant. Le credo est inchangeable : j’y suis, j’y reste...