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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Ingérence enrichie

La saison des fêtes est déjà loin derrière, mais c’est fou ce qu’on se bouscule à la porte pour nous bombarder de bons vœux de stabilité. Chère, désirable et cependant fuyante, insaisissable, trompeuse, traîtresse stabilité. Ce mot veut tout dire et ne rien dire en effet, dans une partie du monde apparemment vouée à l’un de ces deux extrêmes : ou bien les sanglants soubresauts qu’apporte le plus souvent toute amorce de changement ; ou alors l’immobilisme, la momification, que s’ingénient à perpétuer les systèmes autocratiques, qu’ils soient républicains ou monarchistes. Car si tout les sépare au plan des alliances extérieures comme de l’idéologie, ils se retrouvent inévitablement dans la même peur panique de toute forme de changement. De progrès démocratique. Ce souci de stabilité au Liban, les présidents d’Iran et de Syrie viennent de l’exprimer conjointement, lors de leurs entretiens des derniers jours à Damas. Louable préoccupation, que vient malheureusement contredire plus d’un fâcheux détail. Ces deux pays s’opposent, pour commencer, à toute internationalisation de la question libanaise : étrange et même ridicule attitude, quand on sait à quel point ce dossier se trouve déjà hyper-internationalisé, ne serait-ce que du fait qu’en l’espace d’un peu plus d’un an, le Conseil de sécurité de l’ONU lui a consacré non moins de quatre résolutions et autant de déclarations présidentielles. Que la Syrie soit, depuis des mois, placée sous étroite surveillance des Nations unies, que l’Iran se trouve interpellé sur son programme nucléaire, cela ne saurait suffire à expliquer un aussi fruste et primaire déni de la réalité. Là où l’affaire tourne carrément à l’absurde, c’est que ces deux pays ne se privent guère, pour leur part, d’ingérences multiformes dans les affaires libanaises. L’Iran – il ne s’en cache guère – arme et finance le Hezbollah, lequel bénéficie du soutien logistique non moins notoire de la Syrie. Et si ce parti est parfaitement en droit de revendiquer l’immense mérite d’avoir libéré le Liban-Sud de l’occupation israélienne, il a de plus en plus de mal à justifier, aux yeux de l’opinion interne, son statut privilégié d’unique groupe ayant survécu à la dissolution des milices ; de groupe pratiquant l’obstruction au sein de l’Exécutif ; plus grave encore, de groupe accaparant pratiquement, sur la scène locale, la décision de paix ou de guerre. Le cas potentiellement explosif des fermes de Chebaa, oscillant entre libanité et syrianité dans un flou savamment entretenu par Damas, a déjà illustré la détermination de la Syrie à conserver coûte que coûte ce moyen de pression militaire alors que le calme le plus total règne sur les hauteurs du Golan. Mais quelles autres fermes de fixation, quelle guerre de mille ans attendent-elles encore le Liban si Ahmadinejad s’obstine à vouloir rayer Israël de la carte, si la folle molécule libanaise sert accessoirement à étoffer et enrichir l’atome iranien, si Bachar el-Assad agite le spectre du chaos régional pour qu’on le laisse enfin tranquille chez lui (et bien entendu chez nous) ? Et si le président de l’Assemblée Nabih Berry et le cheikh Nasrallah ne pouvaient vraiment pas rater l’occasion historique d’aller saluer à Damas le président iranien, quels développements annonce l’enthousiaste harangue qu’a dédiée celui-ci aux organisations extrémistes palestiniennes : celles-là mêmes qui, depuis quelque temps, nous viennent avec armes, bagages et insolence de l’incontournable Syrie ? On peut se demander, de même, quel effet aura cette spectaculaire réaffirmation de l’alliance syro-iranienne, vieille déjà d’un quart de siècle, sur des régimes s’escrimant à faire barrage au maëlstrom persan et tremblant, dans le même temps, pour leur quiétude interne. D’où l’insistance de l’Égypte et de l’Arabie saoudite à œuvrer à une détente syro-libanaise en invoquant l’impératif sacro-saint de … stabilité, encore et toujours elle : la nôtre, font-elles généreusement valoir, la leur surtout. Comme si la crise actuelle n’était que le fruit d’un banal malentendu entre idylliques voisins. Comme si de céder au chantage de l’instabilité n’était pas, à la longue, le moyen le plus sûr d’inviter celle-ci. À demeure. Et pour un bon bail. Issa Goraieb

La saison des fêtes est déjà loin derrière, mais c’est fou ce qu’on se bouscule à la porte pour nous bombarder de bons vœux de stabilité. Chère, désirable et cependant fuyante, insaisissable, trompeuse, traîtresse stabilité.
Ce mot veut tout dire et ne rien dire en effet, dans une partie du monde apparemment vouée à l’un de ces deux extrêmes : ou bien les sanglants soubresauts qu’apporte le plus souvent toute amorce de changement ; ou alors l’immobilisme, la momification, que s’ingénient à perpétuer les systèmes autocratiques, qu’ils soient républicains ou monarchistes. Car si tout les sépare au plan des alliances extérieures comme de l’idéologie, ils se retrouvent inévitablement dans la même peur panique de toute forme de changement. De progrès démocratique.
Ce souci de stabilité au Liban,...