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Actualités - Chronologie

ANALYSE Quand Damas ouvre la boîte de Pandore…

Il est probablement encore trop tôt pour savoir quel sera l’impact, sur le plan régional et international, de la visite du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à son homologue syrien, Bachar el-Assad, à Damas. D’autant que les deux dirigeants n’ont pas été particulièrement loquaces, notamment sur le Liban. À travers son entretien avec le président syrien, le champion toutes catégories des théories négationnistes a-t-il concrétisé et consolidé, dans les faits, l’axe Damas-Téhéran qui inquiète à juste titre Walid Joumblatt depuis deux semaines ? S’il en est ainsi, la communauté internationale a effectivement de quoi se réjouir dans les jours qui viennent : deux des derniers régimes de la planète à être au ban de la communauté internationale auront ainsi, quelque part, scellé leur destin dans une nouvelle concomitance des plus bizarroïdes, et que l’Occident observe avec très peu d’enthousiasme. L’on ne se demandera pas ce qui réunit aujourd’hui cette ex-puissance en déclin qu’est le régime syrien, réduit, depuis sa déroute au Liban, à ses frontières nationales, et la superpuissance régionale qu’est la nouvelle Perse, à la recherche d’un leadership mondial. Les paramètres sont en effet nombreux pour analyser ce rapprochement, et l’approche privilégiée par les analystes et les monarques de la région reste communautaire. L’on se souvient ainsi que le roi Abdallah II de Jordanie avait évoqué, non sans inquiétude, l’émergence d’un « croissant chiite », et l’on sait que l’Arabie saoudite ne baisse pas sa garde face aux volontés de structurer ce projet. Un projet dont l’articulation principale serait aujourd’hui l’axe Damas-Téhéran, de la Méditerranée à la mer Caspienne. L’idée peut faire frémir la majorité dans la région, notamment dans le Golfe. Ce qui pourrait expliquer aussi, comme le disait hier le politologue Joseph Bahout à la LBCI, que les États-Unis, après une certaine désillusion avec les parties chiites en Irak, soient aujourd’hui tentés de renouer leurs contacts avec les parties sunnites de la nouvelle Mésopotamie, à travers certains régimes arabes comme l’Égypte, par exemple. Et la dernière visite de Dick Cheney dans la région pourrait effectivement s’inscrire dans ce cadre. L’Iran aspire, et c’est légitime, à un rôle de puissance régionale. Ahmadinejad se prend pour un nouveau Fidel Castro. Il en a déjà donné la preuve, à travers certaines déclarations qui ne doivent pas déplaire à ceux qui, à la droite de Sharon, prient tous les soirs devant le Mur des lamentations pour qu’un dirigeant arabo-musulman extrémiste vienne leur rehausser leur cote de popularité. Et la Syrie ? Damas a de bonnes raisons de rechercher aujourd’hui un appui dans le monde arabo-musulman, ce qui n’est pas chose facile. Après tout, le « croissant chiite », si le régime syrien en rêve, n’est pas encore une réalité. Et Damas est aujourd’hui pointé du doigt par le monde entier dans l’assassinat de l’une des figures sunnites les plus influentes de la région, Rafic Hariri. Il en résulte forcément un isolement grandissant de la nébuleuse baassiste syrienne, de plus en plus mal à l’aise autour de ses cousins. Et ce même si personne dans le microcosme arabe ne souhaiterait voir la tour d’ivoire baassiste s’effondrer, à Damas, parce que le despotisme crée forcément des liens, au fil des ans… et des mandats. Il sera intéressant de voir, dans les jours qui viennent, si ce qui s’est produit dans ce cadre entre Damas et Téhéran n’est pas un nouveau 8 mars, lorsque le Hezbollah, dans sa manifestation de la place Riad el-Solh, avait politiquement absorbé la formation de Nabih Berry et verrouillé la communauté, sous le couvert d’une dynamique d’adieu à la Syrie. En d’autres termes, si Téhéran n’a pas, d’une certaine manière, phagocyté hier un régime syrien de plus en plus mal en point. L’avenir le dira. Et puis, il y a le Liban, et le point de jonction, aujourd’hui, entre Damas et Téhéran, c’est-à-dire le Hezbollah, en pleine crise de libanité. Le président Ahmadinejad n’a pas été très prolixe sur la question libanaise. C’est de Bachar el-Assad, une fois n’est pas coutume, qu’est venue la « perle » sur le pays du Cèdre. Le président syrien a ainsi réclamé « la fin des ingérences internationales au Liban ». Il a, et c’est le moins qu’on puisse dire, beaucoup de culot. Ou l’Alzheimer. Bachar el-Assad semble en effet oublier qui est à l’origine des ingérences au Liban depuis que l’armée syrienne s’en est allée. Il oublie que, depuis des mois, son régime et ses alliés au Liban tentent de ramener le pays à ce qu’était la situation avant le 14 mars, comme l’a dit hier Samir Frangié. Il préfère oublier, et c’est compréhensible, puisque ses tentatives sont un échec lamentable, et que toute la volonté de certains de ramener le Liban en arrière ne passeront pas. D’ailleurs, et c’est bien étrange, Damas semble prendre un malin plaisir à signer ses tentatives de déstabilisation au Liban, en annonçant tout simplement à l’avance ce qu’il va faire. Pour justifier son occupation du pays, Bachar el-Assad présentait, en 2004, le départ des forces syriennes comme l’ouverture d’une boîte de Pandore, qui provoquerait déstabilisation sécuritaire, querelles interlibanaises, débordements militaires à la frontière sud, réveil des camps palestiniens, etc. Depuis quelques semaines, nous avons eu coup sur coup l’assassinat de Gebran Tuéni, la crise ministérielle, les provocations palestiniennes à Naamé et autres, le réveil du front du Sud avec les roquettes, et la manifestation-émeute du centre-ville. Le tout chapeauté par l’initiative de Ryad, et la volonté de vendre aux Arabes une néo-tutelle syrienne sur « un Liban incapable de se diriger lui-même ». Ce que Damas oublie, en évoquant l’histoire de la boîte de Pandore… c’est que c’est Pandore qui a ouvert la boîte. Michel HAJJI GEORGIOU
Il est probablement encore trop tôt pour savoir quel sera l’impact, sur le plan régional et international, de la visite du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à son homologue syrien, Bachar el-Assad, à Damas. D’autant que les deux dirigeants n’ont pas été particulièrement loquaces, notamment sur le Liban.
À travers son entretien avec le président syrien, le champion toutes catégories des théories négationnistes a-t-il concrétisé et consolidé, dans les faits, l’axe Damas-Téhéran qui inquiète à juste titre Walid Joumblatt depuis deux semaines ? S’il en est ainsi, la communauté internationale a effectivement de quoi se réjouir dans les jours qui viennent : deux des derniers régimes de la planète à être au ban de la communauté internationale auront ainsi, quelque part, scellé leur destin dans une...