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Actualités - Opinion

Le contre et le pour

Deux tapageuses manifestations en l’espace de quatre jours, c’était deux manifestations de trop. De trop pour le pays, qui ne s’est libéré en effet de la mainmise syrienne que pour se débattre dans ses propres contradictions ; de trop aussi cependant pour les organisateurs eux-mêmes ; pour leur image nationale ; pour leur propre crédibilité. Non point, bien sûr, que le droit de manifester dans l’ordre et le calme puisse encore être matière à discussion. Malgré ses accusations contre l’Autorité le Hezbollah le sait fort bien, qui seul, en effet, a usé et abusé de ce droit tout au long de l’ère de la tutelle : cela sans jamais se soucier hélas de l’impitoyable répression qui s’abattait sur toute autre démonstration. Il reste que le Hezbollah et ses alliés ne sont pas descendus dans la rue pour la défense et l’illustration des libertés publiques. Ils ne dénonçaient pas l’incurable carence des services publics, ils ne s’insurgeaient pas contre les coupures de courant électrique qui, 15 ans et 25 milliards de dollars après, continuent de harasser les citoyens. Ils n’exigeaient pas non plus que la lumière, toute la lumière soit faite sur les scandales financiers, et à leur tête celui de la Banque al-Madina qui semble devoir éclabousser une proportion considérable du personnel politique libanais, toutes tendances confondues. C’est contre la visite-éclair de David Welsh que l’on a manifesté samedi dernier à Beyrouth. Et c’est contre les ingérences de l’ambassadeur Feltman que l’on a récidivé hier à Awkar. Mais ce n’est là que la moitié la plus routinière, la plus innocente si l’on peut dire, de l’histoire. Car comme le Hezbollah, nombre de Libanais peuvent penser que les Américains ne sont pas des anges et qu’ils ont commis erreur sur erreur en Irak, en Palestine et ailleurs. Comme le Hezbollah – et même avec beaucoup plus de conviction que le Hezbollah – les Libanais refusent toute ingérence, d’où qu’elle vienne, dans leurs affaires intérieures (si tant est qu’elles aient jamais été strictement, exclusivement, intérieures). Il n’en reste pas moins que ces mêmes Libanais, dans leur immense majorité, apprécient le regain d’intérêt de la communauté internationale pour leur pays, naguère confié à la garde du cerbère syrien. Longtemps ignoré, laissé à son sort, le Liban est fort aise d’accueillir ses visiteurs, qu’ils soient américains, russes, britanniques, français, tadjiks ou fidjiens : et bien entendu iraniens, comme le rappelait fort à propos le député Misbah Ahdab. Comment, dès lors, peut-on seulement parler d’ingérence quand on ne fait guère secret de ses propres amitiés étrangères ; quand on s’est satisfait de la forme d’ingérence la plus extrême, à savoir l’occupation syrienne ; quand on donne le désastreux sentiment enfin d’œuvrer à la réhabilitation, sinon carrément au retour, de l’occupant ? Là réside précisément la seconde moitié, la plus navrante, de l’histoire. Car c’est moins contre l’Amérique que pour l’Iran et la Syrie, sulfureux tandem actuellement sous surveillance de l’ONU, que l’on vient de jeter des milliers de personnes dans la rue. On peut s’étonner certes, ou même s’indigner, que l’accès au club nucléaire soit dénié à un pays aussi important que la République islamique alors qu’Israël empile depuis des décennies bombe A sur bombe A. Mais on ne saurait prétendre embrigader le Liban, tout le Liban, aux côtés d’une révolution résolue à s’exporter et qui vient elle-même d’accroître son isolement international en menaçant, comme l’a fait le président Ahmadinejad, de rayer l’État juif de la carte. Encore plus malheureuse aura été cette insistance des manifestants, de leurs accompagnateurs et de leurs orateurs, à glorifier un régime syrien qui, pourtant, fait éminemment figure de suspect aux yeux de l’opinion libanaise comme de la communauté internationale : pire, un suspect qui ne se démène pas trop pour se défaire de sa condition de suspect, à en juger par son peu d’empressement à coopérer avec l’enquête. Voilà pourquoi cette choquante ode à Damas n’était finalement autre chose qu’une maladroite provocation. Ses auteurs n’en sortent pas grandis qui, pour cette singulière offense au sentiment national, ont cru bon de recourir une fois de plus, deux fois de trop, à la hasardeuse mécanique de la mobilisation des foules. Issa GORAIEB
Deux tapageuses manifestations en l’espace de quatre jours, c’était deux manifestations de trop. De trop pour le pays, qui ne s’est libéré en effet de la mainmise syrienne que pour se débattre dans ses propres contradictions ; de trop aussi cependant pour les organisateurs eux-mêmes ; pour leur image nationale ; pour leur propre crédibilité.
Non point, bien sûr, que le droit de manifester dans l’ordre et le calme puisse encore être matière à discussion. Malgré ses accusations contre l’Autorité le Hezbollah le sait fort bien, qui seul, en effet, a usé et abusé de ce droit tout au long de l’ère de la tutelle : cela sans jamais se soucier hélas de l’impitoyable répression qui s’abattait sur toute autre démonstration. Il reste que le Hezbollah et ses alliés ne sont pas descendus dans la rue pour la...