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Actualités - Opinion

LE POINT Bombe A et heure H

Dan Brown n’a rien inventé ; le précurseur, c’est Michel de Notre-Dame, plus connu sous le nom de Nostradamus. Des émules du père du « Da Vinci Code » ont, paraît-il, découvert un manuscrit, encore un, transmis au pape Urbain VIII, dans lequel le célèbre astrologue aurait prévu, il y a quatre cents ans de cela, une troisième guerre mondiale entre les années 2006 et 2012. Sans toutefois aller jusqu’à préciser si elle durera six ans ou bien si elle est appelée à éclater dans cet intervalle. Plus sérieusement, les scénarios catastrophe se multiplient en ce début d’une année qui menace de n’être en rien quiète. Les signes, vous dit-on, on peut les voir dans la montée en puissance du géant chinois (« quand la Chine s’éveillera… »), dans les multiples échecs qu’essuient les États-Unis et qui les fragilisent, dans la terrifiante montée en puissance des nouveaux Docteurs Folamour qui ont noms Oussama Ben Laden ou Ayman Zawahiri. Mais aussi, et surtout, dans l’ambition de la République islamique de décrocher son ticket d’admission dans le club très fermé des pays nucléaires. On n’en est pas encore là ; l’intéressé se défend de vouloir utiliser ses réacteurs pour d’autres fins que pacifiques et entretient habilement le flou sur ses intentions ? Certes, mais l’ennui, c’est qu’il sera trop tard lorsqu’on saura exactement à quoi s’en tenir… Ce qui achève de rendre plus complexe encore la situation, c’est que les prévisions sur le temps qu’il faudra à l’Iran pour disposer d’un arsenal nucléaire varient d’une source à l’autre : quatre à cinq ans selon l’État hébreu, cinq ans à en croire les services de renseignements européens et entre six et dix ans, si l’on suit la Central Intelligence Agency dans ses (peu crédibles) estimations. Pour l’instant, il faudrait craindre, plutôt qu’une conflagration à l’échelle planétaire, un dérapage inattendu qui verrait Israël concrétiser son rêve de s’en aller en guerre contre les mollahs de Téhéran, rééditant ainsi son exploit du 7 juin 1981, quand ses appareils de combat avaient détruit le site irakien de Tammouz. Brandie par les USA mais aussi par la Grande-Bretagne, la menace d’une saisine du Conseil de sécurité au cas où l’Iran ne se plierait pas aux injonctions de la communauté internationale demeure sans effet. Elle a même suscité une contre-menace : le ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a clairement laissé entendre que les Européens « pourraient perdre alors les recours actuellement à leur disposition », même si, pour sa part, le principal négociateur iranien, Ali Larijani, s’est déclaré partisan d’« un règlement pacifique et amical ». Face à un adversaire passé maître dans l’art de gagner du temps en se livrant, jusqu’à épuisement de l’autre partie, au jeu de la négociation – alternant concessions et raidissements –, Washington commence à montrer des signes d’impatience. La secrétaire d’État, Condoleezza Rice, vient de demander à l’Agence internationale de l’énergie atomique d’organiser une réunion du conseil des gouverneurs avant la date initialement prévue du 6 mars « afin d’empêcher les Iraniens de noyer le poisson ». Le sénateur John McCain est allé plus loin en exigeant, « alors que nous sommes confrontés à la situation la plus grave depuis la fin de la guerre froide », que soit sérieusement envisagée la possibilité d’un recours à l’option militaire. Mais, et les médias ne manquent pas de le rappeler ces derniers temps, l’Iran a une superficie et une population qui représentent le triple de celles de l’Irak et il est loin d’être prouvé – à ce jour tout au moins – que ses centrifugeuses ne vont pas servir à assurer les besoins en électricité d’un pays, où la poussée démographique affole les experts des agences onusiennes. Les nuages ont beau s’amonceler dans le ciel moyen-oriental, les mollahs continuent d’observer un calme olympien, assurés qu’ils sont de l’impunité que leur confère le pétrole. Les chiffres, plus que les faits, les confortent dans ce sentiment. La République islamique est le second producteur des pays de l’OPEC (le quatrième producteur mondial) et dispose de 10 pour cent des réserves connues, ainsi que des secondes réserves de gaz, après la Russie. Avec la Chine, elle a conclu en 2004 un accord portant sur 77 milliards de dollars, ce qui lui assurerait un veto de Pékin en cas de menace de sanctions à l’ONU. Ses recettes pétrolières pour l’année fiscale se terminant en mars de cette année devraient atteindre 44 milliards. Inquiète, la presse américaine s’interroge : jusqu’à quand continuerons-nous de consommer le quart de la production mondiale d’or noir alors que notre sous-sol ne recèle que 3 pour cent des richesses mondiales ? Hier, le sous-secrétaire d’État US, Nicholas Burns, assurait que « comme au poker, il faut faire croire aux Iraniens qu’ils risquent des sanctions ». Et si le bluff ne prenait pas ? Christian MERVILLE
Dan Brown n’a rien inventé ; le précurseur, c’est Michel de Notre-Dame, plus connu sous le nom de Nostradamus. Des émules du père du « Da Vinci Code » ont, paraît-il, découvert un manuscrit, encore un, transmis au pape Urbain VIII, dans lequel le célèbre astrologue aurait prévu, il y a quatre cents ans de cela, une troisième guerre mondiale entre les années 2006 et 2012. Sans toutefois aller jusqu’à préciser si elle durera six ans ou bien si elle est appelée à éclater dans cet intervalle.
Plus sérieusement, les scénarios catastrophe se multiplient en ce début d’une année qui menace de n’être en rien quiète. Les signes, vous dit-on, on peut les voir dans la montée en puissance du géant chinois (« quand la Chine s’éveillera… »), dans les multiples échecs qu’essuient les États-Unis et qui les...