Réussir trop tôt est rarement un avantage. Si certains n’arrivent plus à décoller (Macaulay Culkin ou Jordy – oui il a gagné La Ferme 2, et ensuite ?), d’autres ont eu plus de chance: Vanessa Paradis, Charlotte Gainsbourg… on assiste avec elles à leur évolution, à leur transformation. Mais le problème n’est pas seulement de grandir avec son public, il s’agit d’être crédible dans cette espèce de «mutation». Et des ratés, il y en a beaucoup. Lio a été la Lolita du début des années quatre-vingts. Au début des années 80, la jeune chanteuse belge, d’origine portugaise, se fait connaître avec un tube pop sucré et ambigu, sans aucune prétention artistique: Banana Split. S’enchaînent alors les succès et, malgré quelques collaborations avec des artistes respectés de l’époque, Jacno ou Étienne Daho, des histoires d’amour avec Michel Blanc ou Alain Chamfort, entre autres, Lio reste une chanteuse aux morceaux drôles, point. Les brunes comptent pas pour des prunes, Je casse tout ce que je touche, Fallait pas commencer, etc. Son côté superficiel et léger, indécent souvent et provocateur va lui coller à la peau. Malgré quelques apparitions au cinéma (Itinéraire d’un enfant gâté de Lelouch, Chambre à part), ses chansons de Prévert, sa carrière n’atteindra jamais le succès des années 80 et le triomphe de son album Pop Model en 1986. Le spectacle autour de Prévert a été donné plus de 250 fois en quatre ans et la chanteuse a réuni plus de 180000 spectateurs dans les salles, y compris à Beyrouth. Sur scène, elle interprétera Le bébé de Marie Darrieussecq (qui lui écrira une chanson sur son tout dernier opus, voir plus haut) à la télé, elle jouera dans Colette et, malgré ces essais multiples et réussis, Lio n’arrive pas à ôter cette étiquette qui lui collera toujours à la peau. D’autres auront plus de chance. Et c’est probablement parce qu’ils auront connu une véritable traversée du désert. Quand on s’absente momentanément de la scène (ça peut aller jusqu’à 10 ans), le retour, s’il est bien amorcé, peut être triomphant. Exemples? Trois grands retours gagnants des années 80: Kylie Minogue, brushing façon Dynastie, chansons édulcorées, la Lorie anglo-saxonne de l’époque. Passage à vide, quelques chansons et années plus tard, elle devient une icône gay puis une icône tout court. Idem pour Indochine. Tourné en dérision par Les Inconnus dans leur chanson Isabelle a les yeux bleus, le groupe est catalogué «pour midinettes» et hop aux oubliettes. Vingt ans plus tard, Nicolas Sirkis refait surface, seul, sort Paradize, avec des paroles toujours aussi incompréhensibles qu’auparavant, pond le single J’ai demandé à la lune et c’est la consécration. On reparle d’Indochine et, plus, des Inconnus. Et enfin Calogero. À la fin des années 80, celui qui se fait appeler Charly monte avec ses copains le groupe Les Charts. Petits succès entre Deauville et Paris; d’accord, quelques concerts, mais rien de vraiment glorieux. Quelques années plus tard et les cheveux en moins, Charly redevient italien, garde ses potes (mais dans l’ombre cette fois), rame un peu en écrivant pour les autres et sort En apesanteur. Plus d’un million d’exemplaires vendus, Victoires de la musique, Calo est devenu la valeur sûre de la chanson française. Morale de l’histoire, il vaut mieux disparaître un peu, pour mieux réapparaître… ou alors, se taire à jamais. C’est probablement ce qu’auraient dû faire Bonnie Tyler et Jean-Luc Lahaye.
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