Première semaine de 2006.
C’est le moment idéal pour les prendre – qu’elles soient bonnes, mauvaises, utiles, stériles, unilatérales, consensuelles, belles, moches, etc. Et ici comme là-bas, on semble les avoir prises, ces résolutions. Pour le meilleur comme pour le pire.
Jack Straw et Jeffrey Feltman : les Anglo-Saxons démarrent l’année 06 libanaise en trombe.
Le secrétaire au Foreign Office, qui avait été le premier à incriminer le régime syrien dans l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février dernier, a donné des cauchemars à vie, jeudi, à un Faouzi Salloukh plus erreur de casting que jamais. En lui faisant comprendre, peut-être l’a-t-il même fait répéter, que lorsqu’ils rédigeaient la 1559 avec leurs amis français, américains et allemands, les Britanniques n’étaient pas en train de s’amuser ; il lui a dit : we were not having fun. Et que la communauté internationale n’attendra pas cent ans pour voir appliquée cette résolution (encore une…) primitive. Gracieux Britanniques : ce we were not having fun a toutes les chances de rester comme l’understatement le plus fameux jamais prononcé dans les couloirs défraîchis du palais Bustros.
Il ne faut pas se fier à la bonne bouille de Jeffrey Feltman. Cet homme est pugnace. En ces débuts d’années que même le très néo-sympathique Abdel Halim Khaddam n’arrive pas à rendre moins difficiles, l’ambassadeur US s’est lui aussi employé, du Sérail à Bkerké et de Rabieh à Moukhtara en passant par Aïn el-Tiné, à rappeler au mauvais souvenir des Libanais cette même, cette obsédante 1559, la résolution par laquelle tout a commencé. En un mot : Jeffrey Feltman, qui, du perron patriarcal, n’a pas oublié que ces quatre chiffres concernent tout autant Émile Lahoud et son occupation anticonstitutionnelle du palais de Baabda, a martelé aux quatre coins du Grand Beyrouth que la patience de son pays, et des alliés de son pays, a des limites. Qu’il faut que le Hezbollah et les Palestiniens remettent leurs armes à l’État.
Quelques jours après que le gouvernement Siniora se fut mis au travail, des diplomates occidentaux accrédités à Beyrouth avaient fait comprendre au Premier ministre qu’il avait six mois pour enclencher le dialogue avec le Hezb. Six mois, en fait, pour tenter de commencer à résoudre la quadrature du cercle : le désarmement du parti de Dieu, sa SinnFéinisation. Juillet 05-janvier 06 : les six mois sont écoulés, la communauté internationale a au moins ceci de royal qu’elle est éminemment ponctuelle.
Il est clair, évident, que plus aucune arme ne doit subsister au Liban hormis celles de la troupe. Il est clair, évident, que cela aurait dû être fait depuis des années – six au moins… Mais choisir ce timing, cet infernal timing, pour rappeler aux Libanais leurs engagements a quelque chose de carrément impitoyable. À l’heure où le Hezbollah a décidé jusqu’au bout de servir ses intérêts et ceux d’un certain Mahmoud Ahmadinejad, c’est-à-dire de jouer au cheval de Troie pour la Syrie ; à l’heure où une très grave crise politique est sur le point d’être résolue ; à l’heure où le Hezb ne sait plus comment prendre le pays en otage, le rappel international, aussi nécessaire, aussi légitime soit-il, tombe mal. Et même si l’impatience des Grands n’est que de façade, même s’ils n’ont de cesse de rappeler leur entière confiance à l’égard du gouvernement actuel, même s’ils ont, pour l’instant encore, la délicatesse de ne pas évoquer l’aide financière dont Beyrouth a nécessairement besoin, Fouad Siniora doit mal dormir.
Surtout qu’il n’y a pas que les Straw et autres Feltman à avoir officialisé leurs résolutions de la nouvelle année.
Sleimane Frangié avait très bien caché son jeu. Voilà le patron des Marada qui prend pour l’an 06 l’hallucinant ukase de s’autoproclamer amuseur public numéro 1 des Libanais. Les FL s’entraînent à Laklouk et le Courant du futur en Jordanie, a-t-il très sérieusement annoncé. Et pourquoi pas le PSP rue de Solférino à Paris ? La Gauche démocratique à Stockholm ? Nayla Moawad et Boutros Harb recrutant et entraînant plein de jeunes gens à l’évêché maronite d’Antélias ? Les Kataëb à Oman ? Le Renouveau démocratique à Ryad ? Sleimane Frangié est très drôle. Il l’est particulièrement moins lorsqu’il prend l’amère résolution de demander aux chrétiens de rester neutres dans l’affrontement sunnito-chiite. Il n’y a pas d’affrontement sunnito-chiite. Il y a juste un abîme dans la conception du Liban 06 entre l’Alliance du 14 mars et les représentants politiques de la communauté chiite. Sleimane Frangié, le moins que l’on puisse dire, est d’une fidélité sans faille à la Syrie. Cela l’honore, certes, mais lorsque fidélité commence à rimer avec myopie, commence à s’installer une grosse carence en crédibilité.
L’impardonnable n’est pas le maître de Bnéch’ay. L’impardonnable, parce que l’on attend tellement de lui, parce qu’il a symbolisé, pendant longtemps, pour une très grosse partie des Libanais, l’espoir, c’est Michel Aoun. Sa prestation, son one-man-show sur la NBN cette semaine a eu ceci de terrifiant que le téléspectateur avait la gluante impression que quelqu’un avait investi l’enveloppe charnelle de ce général sans doute extrêmement mal conseillé, et même ses cordes vocales. Le Michel Aoun du mercredi soir n’a pas trouvé les propos de Khaddam extraordinaires, il a émis des doutes sur l’implication syrienne dans les assassinats à la chaîne et autres attentats, il a traité le 14 mars de 13 octobre, etc. Les propos de Khaddam n’ont rien d’extraordinaire certes, tout le monde savait cela, mais que l’homme du Sérail syrien les prononce à la télévision cela était franchement extraordinaire. La Syrie innocente ? Soit. À la bonne heure. Et à supposer qu’il y ait une chance sur un milliard pour que Michel Aoun ait raison, qu’il ait au moins le courage ou la décence de dire qui, à son avis, est le coupable.
Le 14 mars, c’est le 13 octobre ? La formule est jolie. Aussi jolie qu’elle est de mauvaise foi, lorsque l’on sait qui a donné le feu vert à Damas pour envahir Baabda, en 90, une fois assurée sa participation contre l’Irak dans la première guerre du Golfe.
S’il est une résolution que ce brave homme, auquel Sleimane Frangié a prêté ses ondes radio, devrait prendre, c’est vite, très vite, redevenir Michel Aoun.
Ziyad MAKHOUL
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C’est le moment idéal pour les prendre – qu’elles soient bonnes, mauvaises, utiles, stériles, unilatérales, consensuelles, belles, moches, etc. Et ici comme là-bas, on semble les avoir prises, ces résolutions. Pour le meilleur comme pour le pire.
Jack Straw et Jeffrey Feltman : les Anglo-Saxons démarrent l’année 06 libanaise en trombe.
Le secrétaire au Foreign Office, qui avait été le premier à incriminer le régime syrien dans l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février dernier, a donné des cauchemars à vie, jeudi, à un Faouzi Salloukh plus erreur de casting que jamais. En lui faisant comprendre, peut-être l’a-t-il même fait répéter, que lorsqu’ils rédigeaient la 1559 avec leurs amis français, américains et allemands, les Britanniques n’étaient pas en train de...