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Actualités - Opinion

CITOYEN GROGNON Ne pas baisser les bras

Que se sont souhaité les Libanais le premier jour de l’an ? Surtout pas la bonne année, comme il est de coutume partout au monde. C’est une année « meilleure », « moins mauvaise » surtout, qu’ils ont appelée dans leurs vœux. Une année sans attentats meurtriers, sans assassinats politiques, sans drames. Une année sans deuil, sans tristesse, sans larmes. Oubliées la bonne santé, la prospérité, la chance. Délaissés aussi le bonheur, la fortune, l’amour. La joie de vivre et l’optimisme légendaire des Libanais appartiennent-ils désormais au passé ? Et pourtant, durant ces interminables années de guerre, les Libanais avaient appris à conjurer le sort, dans l’espoir de lendemains meilleurs. Ils avaient accepté les pires moments de la tragédie que traversait leur patrie, avec philosophie et fatalisme. Ils avaient rebondi et repris le chemin de la reconstruction, à la première éclaircie. D’un round à un autre, d’une année à une autre, ils avaient recommencé, une, deux, dix fois même, sans abandonner la lutte, avec courage et détermination. Malgré le manque d’eau ou d’électricité. Malgré l’absence de perspectives. Malgré les bombes qui leur pleuvaient dessus. Malgré la peur du lendemain. À l’annonce de l’assassinat de Rafic Hariri, c’est la douleur qui les a poussés à réagir. À agir surtout ensemble, avec ceux contre lesquels ils avaient pris les armes, durant la triste guerre. À mener leur pays vers l’indépendance, la liberté, la souveraineté. Envers et contre tous ceux qui n’en voulaient pas de cette indépendance, cette liberté et cette souveraineté. La douleur s’est alors muée en force. La tristesse s’est transformée en joie. La déprime a cédé la place à l’espoir. Place des Martyrs, les Libanais ont réussi à faire bouger les montagnes. Ils ont réalisé ce vieux rêve fou de sortir l’envahisseur syrien du pays. Alors aujourd’hui, pourquoi cette déprime qui les habite, et qui s’installe, tout aussi envahissante ? Toute indépendance a son prix. Pour mériter la leur, les Libanais étaient prêts à tout. Il est vrai qu’ils la paient bien trop cher aujourd’hui. Mais est-ce une raison pour s’essouffler et perdre espoir ? Anne-Marie EL-HAGE

Que se sont souhaité les Libanais le premier jour de l’an ? Surtout pas la bonne année, comme il est de coutume partout au monde. C’est une année « meilleure », « moins mauvaise » surtout, qu’ils ont appelée dans leurs vœux. Une année sans attentats meurtriers, sans assassinats politiques, sans drames. Une année sans deuil, sans tristesse, sans larmes. Oubliées la bonne santé, la prospérité, la chance. Délaissés aussi le bonheur, la fortune, l’amour. La joie de vivre et l’optimisme légendaire des Libanais appartiennent-ils désormais au passé ?
Et pourtant, durant ces interminables années de guerre, les Libanais avaient appris à conjurer le sort, dans l’espoir de lendemains meilleurs. Ils avaient accepté les pires moments de la tragédie que traversait leur patrie, avec philosophie et fatalisme. Ils...