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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Terrible oui, mais grande

Elle est assurée de rester dans les mémoires, celle-là. Et pas seulement les mémoires libanaises. Comme en réponse au terrible tsunami de l’an précédent, 2005 n’aura pas épargné l’humanité en matière de catastrophes naturelles : cyclones sortant absolument du commun et dont l’un, qui a frappé La Nouvelle-Orléans, a ébranlé du même coup le rêve américain d’une société hyperprotégée et unie face à l’adversité ; séismes hors normes eux aussi et capables de tuer 75 000 personnes en l’espace de quelques secondes, comme cela est arrivé au Pakistan. Au déchaînement des éléments, n’a pas manqué de faire écho la folie meurtrière des hommes. Non content d’écumer le continent asiatique, le terrorisme intégriste a frappé par quatre fois en Europe. La violence urbaine a durement secoué une France traditionnellement hospitalière et soudain confrontée aux aléas de l’intégration. Et plus près de nous encore, l’Irak et la Palestine n’en finissent pas de saigner en se débattant, qui entre démocratie et chaos, et qui entre guerre permanente et illusions de paix. Pour le Liban, l’année qui s’achève ne peut être qualifiée autrement que d’historique. Et c’est tout dire. Il est évident en effet qu’avec notre passé des plus riches (des plus chargés ?), nous ne sommes guère l’un de ces peuples heureux qui, selon le dicton, n’ont pas d’histoire. À travers les millénaires, cette terre exiguë n’a cessé d’exciter les convoitises, elle a vu venir puis repartir toutes sortes de conquérants. Elle avait fait un sanglant raté, l’histoire, avec cette féroce guerre de quinze ans opposant des Libanais, mais qui était en réalité celle d’un peu tout le monde. Durant les quinze autres années qui ont suivi, elle s’était assoupie, la flemmarde, au sinistre ronron de la tutelle syrienne. Et parce que aucune injustice n’est éternelle ; parce que le phénomène du terrorisme a contraint les puissances à réviser leurs calculs ; parce que Damas n’a pas senti tourner le vent et a eu la main beaucoup trop lourde face à la contestation : pour tout cela, l’histoire s’est enfin remise en marche, avec son inévitable cortège de terribles malheurs, mais aussi de grands, d’extraordinaires moments. Rafic Hariri et Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui et Gebran Tuéni lâchement assassinés ; Élias Murr et May Chidiac ratés de bien peu par les criminels, comme l’avait été le premier des martyrs vivants, Marwan Hamadé : des flots de sang, des torrents de larmes ont coulé, c’est vrai. Mais selon la dure loi des peuples, c’est de cette sève-là que se nourrit l’émancipation, la libération, l’indépendance. Voilà pourquoi 2005, année éminemment tragique, aura néanmoins été une grande année : elle a vu un gigantesque sursaut national contre la dictature importée, qu’est venue soutenir une rare sollicitude des puissances ; elle a vu le départ définitif des troupes étrangères qui avaient élu domicile fixe sur notre territoire ; elle a vu enfin une farouche détermination internationale à démasquer les commanditaires et exécutants de cette vague de terreur qui s’est abattue sur notre pays. De quoi sera fait 2006 ? Pour la première fois, nos vedettes de la divination les plus cotées se gardent bien d’avancer la moindre prédiction : on peut en sourire, on peut en frémir au contraire. Prudence et réalisme sont de mise, certes, quant au chemin qui reste à parcourir ; mais rien ne doit venir émousser la certitude que le processus enclenché est bel et bien irréversible. Apparemment ravigotées par le départ du juge Mehlis, les autorités de Damas sont passées à la contre-offensive ; elles usent une fois de plus en ce moment de leur arme absolue, à savoir la division des Libanais. Il est cependant d’autres maisons qui risquent fort désormais de se révéler de verre. Les insultes et menaces syriennes visant Rafic Hariri et d’autres chefs libanais, les méfaits des moukhabarate, le refus obstiné de toute réforme ou l’incapacité d’appréhender à leur juste mesure les changements internationaux : non moins accablant que le rapport de Mehlis aura été le réquisitoire prononcé hier soir à la chaîne de télévision al-Arabiya par le plus inattendu des procureurs, l’ancien vice-président syrien Abdel-Halim Khaddam. L’homme n’est certes pas un ange, qui fut en effet un des principaux architectes de la mainmise sur notre pays. Son témoignage n’en est précisément que plus fracassant. Cela ne console pas forcément, mais l’inquiétude n’est plus le propre des Libanais.

Elle est assurée de rester dans les mémoires, celle-là. Et pas seulement les mémoires libanaises. Comme en réponse au terrible tsunami de l’an précédent, 2005 n’aura pas épargné l’humanité en matière de catastrophes naturelles : cyclones sortant absolument du commun et dont l’un, qui a frappé La Nouvelle-Orléans, a ébranlé du même coup le rêve américain d’une société hyperprotégée et unie face à l’adversité ; séismes hors normes eux aussi et capables de tuer 75 000 personnes en l’espace de quelques secondes, comme cela est arrivé au Pakistan.
Au déchaînement des éléments, n’a pas manqué de faire écho la folie meurtrière des hommes. Non content d’écumer le continent asiatique, le terrorisme intégriste a frappé par quatre fois en Europe. La violence urbaine a durement secoué une...