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Actualités - Analyse

Éclairage Le procès de Saddam Hussein avance malgré tout

Des accusés qui dominent la scène, un parquet en colère, un juge impassible : les deux audiences du procès de Saddam Hussein ont donné cette semaine une impression de chaos, mais des experts estiment que les séances sont de mieux en mieux maîtrisées. «Pourquoi le président du tribunal ne dispose-t-il pas d’un marteau pour rappeler à l’ordre les accusés ? » a demandé jeudi un journaliste irakien au cours d’une conférence de presse pendant une interruption de séance. « Mais il en a un à portée de main », a répondu le juge d’instruction Raed al-Jouhi. Les sixième et septième audiences du procès de Saddam Hussein et de sept de ses lieutenants, accusés d’avoir causé la mort de 148 personnes lors de la répression qui a frappé le village chiite de Doujaïl, après une attaque contre un convoi présidentiel en 1982, ont été marquées par de nombreux incidents. On a pu voir Saddam Hussein insulter les présidents américains Bush père et fils, son demi-frère Barzan al-Tikriti multiplier les invectives à l’égard des témoins et du parquet, et un procureur demander à être relevé de ses fonctions. Pourtant, des spécialistes notent que des progrès ont été réalisés au fur et à mesure des audiences depuis l’ouverture du procès le 19 octobre. « On peut relever que le juge a réussi à obtenir que les interventions des accusés soient plus en rapport avec les accusations des témoins », observe Nehal Bhuta, de l’organisation Human Rights Watch. « Le tribunal doit encore améliorer les débats en réduisant les insultes et les cris à l’intention des témoins », a-t-elle cependant nuancé. Barzan al-Tikriti s’était notamment signalé en traitant un témoin de « chien » et en assurant que si le président du tribunal avait davantage d’honneur, il serait en sa compagnie sur le banc des accusés. « C’est tout à fait commun, au cours d’un procès, de voir les accusés tenter de prendre le contrôle des débats, comme on a pu le voir en Sierra Leone ou lors du procès de Slobodan Milosevic », estime pour sa part Miranda Sissons, de l’ONG International Center for Transitional Justice. « Pour autant, c’est très regrettable que cela se produise sous les projecteurs de télévision, surtout quand les accusés sont très à l’aise devant un micro », ajoute-t-elle. Saddam Hussein a ainsi profité de l’attitude tolérante du président du Haut Tribunal pénal, le Kurde Rizkar Amine, pour se livrer à un discours enflammé, émaillé d’appels à la fierté nationale, condamnant l’occupation américaine et rappelant les réalisations du parti Baas, au pouvoir pendant plus de 35 ans. Mais au-delà de l’attitude des accusés, le déroulement du procès n’est jusqu’à présent guère convaincant pour ce qui est de prouver que les accusés sont bien responsables des atrocités décrites. Quatorze témoins ont raconté la férocité de la répression avec des détails parfois insoutenables, mais la responsabilité directe des accusés n’est pas évidente. « Je reste inquiète parce que, jusqu’à présent, l’accusation n’a pas présenté de preuves retraçant la chaîne de commandement et établissant le rôle exact de chaque accusé » dans les événements décrits, avoue Nehal Bhuta. « Il est souvent difficile de faire le lien entre les hauts responsables et les victimes sur le terrain, mais cela doit être fait et cela n’a pas encore été le cas », reconnaît Miranda Sissons. Le procès se déroule selon les règles de la procédure judiciaire irakienne, et c’est au cours des prochaines audiences que des témoins et des documents décrivant l’implication directe des accusés doivent être présentés. Mais la lenteur de cette procédure fait courir le risque d’irriter de plus en plus d’Irakiens, soit qu’ils considèrent que la culpabilité des accusés n’est pas fondée, soit qu’ils enragent en constatant que Saddam Hussein et ses lieutenants transforment la cour en tribune politique. Paul SCHEMM (AFP)

Des accusés qui dominent la scène, un parquet en colère, un juge impassible : les deux audiences du procès de Saddam Hussein ont donné cette semaine une impression de chaos, mais des experts estiment que les séances sont de mieux en mieux maîtrisées.

«Pourquoi le président du tribunal ne dispose-t-il pas d’un marteau pour rappeler à l’ordre les accusés ? » a demandé jeudi un journaliste irakien au cours d’une conférence de presse pendant une interruption de séance. « Mais il en a un à portée de main », a répondu le juge d’instruction Raed al-Jouhi.
Les sixième et septième audiences du procès de Saddam Hussein et de sept de ses lieutenants, accusés d’avoir causé la mort de 148 personnes lors de la répression qui a frappé le village chiite de Doujaïl, après une attaque contre un convoi...