Merci Monsieur Ghassan Tuéni
J’emploie à dessein le terme Monsieur parce que je crois que ce terme, mal employé en général, est chargé de tout le respect, toute la dignité, toute la grandeur que vous avez montrés dans votre malheur…
Vous êtes un grand.
Je vous dis merci parce que vous avez donné aux Libanais, et à travers les médias qui ont reflété votre attitude, à tous les hommes qui ont suivi votre parcours depuis ce funeste lundi, une leçon de courage, d’amour, de sens des responsabilités, d’humanisme comme nous n’en avons pas eu depuis longtemps.
Vous êtes un grand.
Votre tendresse, votre attention, toute votre action cette semaine nous ont montré à quel point votre humanisme est grand et combien est grande votre foi.
Votre foi qui vous aide et que reflète votre dépassement de la douleur, de la séparation, alors que nous étions tous effondrés, sous le choc, votre foi démontre que vous êtes un des géants, un des grands de notre temps, une flamme dans l’obscurité de notre époque…
Encore merci Monsieur Ghassan Tuéni.
À Nayla,
Nous avons tous eu envie de te consoler, de sécher tes larmes et de pleurer avec toi, mais en te voyant ce soir nous savons que toi aussi, tu es de la lignée des grands.
Samia SARKIS
Lettre à un ange
Gebran,
Que te dire ? Quoi te dire sinon que « tu fais peur » ? Tu fais peur, car la peur tu ne la connais pas. Tu ne la connais point, car tu es riche de vérité, riche de patriotisme, riche d’amour pour ton pays et ta patrie. Et surtout riche de mettre chaque vérité (surtout les nôtres) sous le meilleur des « jours », ton jour, ton Nahar.
Comme il a été si bien dit par ton père et ta fille, tu n’es pas mort et tu ne le seras jamais. Tu as insufflé ton âme à chaque Libanais, car ton âme est libre, libre.
Notre Liban est la terre des martyrs, et aussi la terre de ceux qui rêvent d’un pays où les femmes et les hommes (même de 14 confessions différentes) sont capables de cohabiter dans la meilleure des harmonies. Ce Liban-là, c’est celui de tes rêves et aussi des miens. C’est la terre des saints, des martyrs, des pionniers et des grands de ce monde, c’est le pays des Libanais.
Merci de nous avoir appris la franchise, le dévouement et la pureté au plus haut niveau…
Merci de nous avoir donné la meilleure leçon de patriotisme...
Merci de nous avoir appris à être libanais...
Jusqu’à la mort... et pour la vie.
Basile CHOUÉRI
Un visionnaire est tombé
La barbarie a transformé le Liban en couloir de la mort.
Un homme libre, démocrate, révolutionnaire et visionnaire vient de tomber.
Sa mort, par la grande douleur qu’elle provoque, sera pour notre jeunesse un moyen de transcender la souffrance.
Je demeure profondément persuadé que le quotidien an-Nahar restera le fer de lance de la défense des libertés, de la dignité, de la solidarité et du droit.
À tous ses amis du Nahar, je présente mes condoléances et je partage leur profonde peine pour la perte d’un homme si exceptionnel, que nous avons toujours aimé.
Dr Joseph KREIKER
À la hauteur de ton sacrifice
Il est difficile de penser, même quelques secondes, que tu n’es plus parmi nous. C’est un cauchemar. Je pensais à toi parfois, j’avais peur pour toi, je me disais « s’ils pouvaient l’oublier »… Je ne t’ai jamais rencontré, mais tu étais mon esprit. Tu portais ma voix et celle de tous les Libanais qui se respectent et qui ne doivent rien à personne à part à eux-mêmes. Ils ont osé ! Rien n’a donc de la valeur à leurs yeux ? Tu nous manques. J’étais tellement fière quand tu es passé sur FR3. L’ambassadeur du Liban par excellence !
On nous demande de ne pas avoir de la haine ni de sentiment de vengeance. Je rage. Jusqu’à quand vont-ils rester impunis, à jouir d’un faux pouvoir, d’une fausse puissance ?
La jalousie les ronge, ils n’ont aucune fierté ni honneur. Ils ont réussi leur coup ! Gebran, les vrais Libanais seront à la hauteur de ton sacrifice.
Nadia SALAM
France
Lettre à mon père
« Interdit de pleurer »…
Seule cette injonction paternelle pouvait me tirer de ma torpeur et me rappeler qu’on n’arrête pas le printemps.
Elle est de vous, vous dont j’imagine la souffrance sans pouvoir imaginer les mots pour l’apaiser.
Oui, le printemps s’installera pour de bon et pour toujours, c’est inéluctable, vous n’en avez convaincu.
Alors d’accord, pas de larmes et que vos enfants ne meurent jamais.
L’un d’entre eux
Fidèles à Gebran
Qu’on ne parle plus de révolution ! Oui, le pays du Cèdre a retrouvé un semblant de dignité ce fameux 14 mars. Pourtant, le voilà encore agonisant, atteint d’une de ces maladies incurables à laquelle on peut donner plusieurs noms, mais qui en réalité s’appelle « Passé ».
Oui, Libanais nous sommes, Libanais et fiers d’être fils de Libanais. Mais à quoi bon le rappeler sans cesse si on n’arrive toujours pas à se détacher de ce passé égoïste qui nous empêche d’avancer ? Jusqu’à quand continuerons-nous de prétendre vouloir reconstruire le Liban ? Oui, prétendre, parce qu’un royaume divisé contre lui-même s’écroule. Comment voulez-vous construire un Liban si chacun d’entre vous s’abrite encore derrière un quelconque leader ? Et quand on pense que tous ces leaders ont un passé chargé…
Votre Liban ne tardera pas à rendre l’âme. Votre Liban ne survivra pas.
Mon Liban mourra de voir ses fils en combat continuel. Et quand on pense qu’il suffit simplement que chacun d’entre nous se réveille de son perpétuel coma mental…
Plus de responsabilité, plus de participation à la vie civile, mais surtout, surtout, le rejet du followship libanais. Frères, qui que vous soyez, du Sud, du Nord, musulmans et chrétiens, vous désirez tous un Liban libre, car il s’agit là de votre identité. Oui, vous êtes libanais avant d’être arabe, vous êtes libanais avant d’être ce que vous êtes. Mais alors, pourquoi trahir ce Liban en vous emprisonnant dans l’ombre d’une personne ?
Adoptez une idée, adoptez l’idée du Liban, rejetez la « tabaïé ».
Dans une de ses interviews, Gebran Tuéni dit que le Liban est à reconstruire, et que c’est à nous de le faire. Il croyait à cette idée et aujourd’hui, c’est dans ses idées réfléchies, pensées, qu’on pourra sauver le pays. Oubliez donc pour un instant qu’hier vous avez juré fidélité à un parti – qui ne reflète d’ailleurs, par son infrastructure et ses organismes, que l’idée d’une minorité. Aujourd’hui, jurez fidélité à la patrie. Désormais soyez libanais, c’est-à-dire dignes des larmes du Liban, du sang de ses martyrs.
Jamale RIZKALLAH
Une leçon inoubliable
Tu nous a donné à tous une leçon que personne ne peut oublier.
On se demandait où tu as puisé ce courage, ces mots de pardon. Comment tu as pu te frayer calmement ton chemin parmi ce monde fou et enragé.
Je suis une simple citoyenne, je n’ai jamais rencontré Gebran en personne, mais c’était l’une de ces rares personnes qui, en parlant, me donnait l’impression de me souffler mes mots, qui disait ce que j’aurais aimé faire entendre.
Seul Dieu peut savoir combien ma douleur est grande, combien j’ai pleuré devant la télé durant ces journées.
Tu as perdu ton dernier enfant de chair, mais tu as gagné un million d’enfants, partout au Liban.
Que Dieu te donne le courage de poursuivre encore et toujours, que tu aies le temps d’apprendre à Nayla ce qu’elle doit savoir pour continuer sur la voie des Tuéni.
Dieu ait pitié de l’âme de Gebran, et que tous les sains te supportent éternellement.
Rest in peace Gebran.
Live in peace Ghassan.
Rita F.
Le lion est mort
Crinière au vent, le lion a rugi tellement haut et fort que les chasseurs l’ont repéré et abattu lâchement, alors qu’il était à découvert comme à son habitude.
Ce lion parmi les quelques-uns qui nous restent, c’était Gebran Tuéni, que j’avais connu au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth où il traînait le surnom d’éternel « mouchagheb ».
Gebran avait un sens aigu des mots avec lesquels il jonglait tel un magicien. Charmeur et charmant, calme et fougueux à la fois.
Nous avons perdu en lui un grand homme, une personnalité charismatique et hors du commun, l’exemple du quinqua moderne et ambitieux, un être d’une intelligence extrême qui en a désarçonné plus d’un.
Adieu, cher ami. Tes idées nous ont conquis, et ton martyre n’a fait que raffermir en nous notre attachement à notre nation et à son indépendance.
Une pensée pieuse à toute sa famille.
Dr Riad EL-ALAILI
Membre du conseil municipal
de Beyrouth
Défense de rêver ?
À chaque fois qu’il y a une lueur de « normalisation » au Liban, il y a des « empêcheurs de tourner en rond » qui effacent et annulent ainsi, sans pitié aucune, le rêve d’une nation, l’envie de son peuple et de ses habitants d’avoir une vie normale, dans un pays normal, avec ses activités paisibles et normales.
Nous invitons donc ces détracteurs de la paix qu’ils soient libanais ou non, qui savent et veulent uniquement « agir » à coups de bombes et qui usent du meurtre comme moyen de persuasion, de la violence comme carte de visite, à réfléchir sérieusement sur leur propre comportement antisocial et agressif, sur leurs idées imprégnées de haine, de jalousie, de vengeance et de mort, d’avoir au moins pour une fois un brin de conscience, car leurs idées ne déboucheront sur rien, sinon que sur leur isolement. Quel dommage ! Il nous est donc interdit de rêver de la paix au Liban ?
Roberto DANA
Rome
Pleure, ô pays bien aimé
« On tire sur une idée
Et c’est un homme que l’on abat. »
Nadia TUÉNI
C’est ta liberté que l’on immole.
Ô suprême outrage !…
Ils assassinent la parole,
Ils assassinent le courage.
Quatorze meurtres ne suffisent pas.
Ceux qui s’opposent à l’oppresseur
Devront passer de vie à trépas
Par la lame de l’ignoble faucheur.
Mais dès que l’un tombe, l’autre se dresse
Et crie plus fort ; « Vive la liberté ! »
Ils peuvent dresser toutes les herses,
À la brutalité, ils opposent leur dignité.
Pleure, ô pays bien aimé.
Ils assassinent l’homme au parler clair,
Le journaliste à la plume flamboyante
Qui, nommément, fustigeait comme l’éclair
Ceux qui plongent le pays dans la tourmente.
C’est ton corps que l’on met en terre
Gebran Tuéni, pas ton esprit,
Entends-tu le peuple en colère ?
Il vibre en son âme, ton cri.
Il est toujours vivant, ton message,
Écoute toutes ces voix pleines de flammes,
Écoute-les, elles ont tous les âges,
Les entends-tu ? D’un seul cœur ils proclament :
« Frères en Dieu, soyons toujours unis
pour la protection du Liban libre. »
Claude MOUKARZEL
Notre seule liberté
Dehors le temps file, ses heures éphémères
Dehors tout s’agite, les hommes exagèrent
Le Liban d’antan n’est plus que chimère
Comme ces châteaux de sable emportés par la mer
Ainsi s’efface l’espoir que les guerres abandonnent
Comme les fleurs au matin d’automne
Ainsi s’en va la colombe vers notre dessein monotone
Une phrase s’échappe : « Restez encore, pour toujours… »
Mais on peut rêver à jamais de retarder ce jour
Car les vagues d’ennuis où l’on peut se noyer pour une éternité
Nous étranglent sans pitié
Ainsi parler devient notre seule liberté
Car il n’y a rien à regretter
Ni les mots qui nous agacent
Ni ceux qui nous fracassent
Entre les rochers de la monstruosité
Mais, comment avons-nous pu trouver normal
Que le Graal ne soit que de métal ?
Que la vérité ne soit que de frivolité ?
Et que la liberté ne soit que de puérilité ?
Enfin, dans ce chaos désastreux
Une phrase s’impose :
« Le bonheur s’échappe dès qu’on est heureux »
Car notre pays n’est qu’un poème en prose…
Gilles KHOURY (16 ans)
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