Marwan Hamadé, mercredi, dans l’hémicycle : « Les ténèbres seront le sort de ceux qui sévissent dans les repaires des services de renseignements. Leur règne et leur régime ne dureront pas longtemps et leurs jours sont comptés. »
C’est sans doute le discours que tout le monde, pour toujours, retiendra. Pas parce qu’il est intelligent au sens étymologique du terme ; pas parce qu’il sort davantage des tripes, que de la tête ou du cœur ; pas parce qu’il est d’une précision millimétrée et d’une crudité épatante ; pas parce que l’homme qui l’a improvisé est reborn ; pas parce qu’il a ramené chacun à son destin ou à sa conscience, ne serait-ce que pour quelques secondes… Non : le discours de Marwan Hamadé fera date parce qu’il est, au-delà des accusations et des appels, fondateur. Fondateur parce qu’il a annoncé sans tambour ni trompette la naissance, dans le sang, d’un autre, d’un essentiel Taëf, explicitant ainsi, une fois pour toutes, ce qu’est (devenue) l’unité nationale, celle des musulmans et des chrétiens, la seule, la vraie.
Cette néo-unité nationale, épelée hier par ce martyr vivant, commence par là : ne pas laisser impunies la mort de Béchir Gemayel, de René Moawad, de Rafic Hariri, de Hassan Khaled, de Kamal Joumblatt, de Gebran Tuéni, de Bassel Fleyhane, de Georges Haoui, de Samir Kassir, de Hady Nasrallah et ses centaines de compagnons ; la disparition de Moussa Sadr, ainsi que les douleurs d’Élias Murr et de May Chidiac. C’est-à-dire se battre jusqu’au bout, par tous les moyens, notamment diplomatiques, pour récupérer ce qui reste de terres libanaises occupées par l’État hébreu et tout faire pour que cessent les violations israéliennes de l’espace libanais ; c’est-à-dire se battre jusqu’au bout, aussi, par tous les moyens, pour mettre un terme aux volontés syriennes multiformes et bouchères : se venger du Liban, essayer, même à distance, de le recloner made in Syria, user et abuser de chevaux de Troie, le vider de son sang.
En (re)définissant irréversiblement l’unité nationale, Marwan Hamadé en a profité pour dire deux fois non. À tous ceux (emmenés par Hassan Nasrallah) qui pensent que le régime syrien n’est pas, aujourd’hui, exactement au même titre qu’Israël, l’ennemi du Liban de l’après-14 février, Marwan Hamadé a dit non. Et à tous ceux (emmenés par Michel Aoun) qui pensent que la marée humaine du 14 mars, le départ des Syriens, l’arrivée de la commission Mehlis et celle du gouvernement Siniora allaient pouvoir décapiter d’un coup, un seul, comme en appuyant sur un bouton, un canon laser, cette pieuvre géante politico-sécuritaro-policière qui s’est étendue pendant les trente ans d’occupation syrienne jusqu’à la moindre administration de province, Marwan Hamadé a dit non.
Reste, désormais, à dire comment incarner, sur le terrain, dans la pratique, l’unité nationale libanaise ; reste à savoir comment « le règne et le régime de ceux qui sévissent dans les repaires des services de renseignements ne dureront pas longtemps », pourquoi « leurs jours sont comptés ». Est-il possible que Hassan Nasrallah se réveille, prenne conscience, oublie l’existence d’éventuels dossiers conservés à Damas, se souvienne que la gratitude, c’est pour l’intérieur qu’il faut la manifester ? À moins que Téhéran ne le lui demande, et encore, cela paraît inenvisageable. Est-il possible que Nabih Berry se réveille, qu’il soit vraiment en train de changer, peu importe si c’est par calcul politique ou pas, en train sinon de briser sa concomitance de destin avec le Hezb, du moins de prendre de sérieuses distances qui le placeraient, in fine, autour du 11 mars, quelque part à équidistance entre le 8 et le 14 ? C’est probable, si et seulement si le locataire de Aïn el-Tiné y voit quelque chose à gagner. Est-il possible que Michel Aoun se réveille, qu’il se rende compte que le sauvetage du Liban est plus important que son élection à la présidence de la République et que le premier ne dépend pas nécessairement de la seconde ? Est-il possible qu’il se rende compte qu’il lui faudra convaincre ses compatriotes de la nécessité de le (re)mettre à Baabda plutôt que de les agresser ou de se persuader que lui seul a la science infuse ; est-il possible que le général comprenne qu’en continuant à cautionner la présence d’Émile Lahoud à la tête (virtuelle) de l’État, il contribue fortement à désoxygéner le Liban ? C’est possible, s’il le veut.
Surtout que le premier maillon de la chaîne de sauvetage est là. En en finissant définitivement avec le plus fort, le plus pernicieux, l’ultime reliquat de l’occupation syrienne : Émile Lahoud. Celui-ci a appelé hier les Libanais à dialoguer, dialoguer encore, dialoguer toujours, surtout sur les sujets litigieux, et sans exceptions. Cela tombe très bien : pour la première (et sans doute dernière) fois, les Libanais l’ont écouté, entendu. Ils ont commencé à débattre de son départ.
Marwan Hamadé est, aussi, visionnaire…
Ziyad MAKHOUL
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C’est sans doute le discours que tout le monde, pour toujours, retiendra. Pas parce qu’il est intelligent au sens étymologique du terme ; pas parce qu’il sort davantage des tripes, que de la tête ou du cœur ; pas parce qu’il est d’une précision millimétrée et d’une crudité épatante ; pas parce que l’homme qui l’a improvisé est reborn ; pas parce qu’il a ramené chacun à son destin ou à sa conscience, ne serait-ce que pour quelques secondes… Non : le discours de Marwan Hamadé fera date parce qu’il est, au-delà des accusations et des appels, fondateur. Fondateur parce...