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Actualités - Opinion

L’hommage à Gebran Tuéni

L’escalade dans l’horreur On se croyait à l’abri… Une enquête internationale qui avance, l’espoir de voir la Syrie coopérer et de sanctionner enfin les responsables. Sauf que ces responsables ne s’avouent jamais vaincus. Surtout au lendemain de la remise du rapport de Mehlis à l’ONU. Chacun de leurs meurtres constitue une escalade dans l’horreur. En assassinant Gebran Tuéni, après Samir Kassir et après avoir tenté d’assassiner May Chidiac, en touchant ces symboles intellectuels autant que politiques, ils cherchent à annihiler à la fois notre culture et notre soif de démocratie et d’indépendance ; ils tentent de faire basculer notre pays dans l’obscurantisme et le chaos. Quand donc comprendront-ils que cela ne servira à rien ? Que leurs attaques répétées ne font que renforcer notre unité ? Que le Liban a certes plié pendant plus de trente ans, mais qu’il ne rompra jamais ? Maya HOBEIKA Lyon, France Que de haine pour la plume ! Jusqu’à quand ? Jusqu’où ? Que de haine pour la plume, pour le courage ! Que de mépris pour la vie, pour l’espoir ! Lâcheté, trahisons, impunités ! Jusqu’à quand ? Jusqu’où ? Arrêtez le massacre, le peuple rumine, il crie famine, il se tord de douleur, il pleure ses enfants, il a peur. Arrêtez de spéculer. Samir, Gebran... Laissez-les dormir en paix ! Vous n’êtes plus les garants de notre paix civile, partez ! La plume, le courage et la vérité, aucun feu ne peut les arrêter ! Heureux ceux qui sont morts pour des causes justes, Qui n’ont pas plié le dos et leurs têtes augustes, Qui avaient la foi et qui étaient sans crainte, Que leur nom soit sacré, leurs initiales peintes. Gebran, que Dieu ait ton âme ! Nelly DECONDE La voix de la liberté Aujourd’hui 12 décembre, la main de l’ennemi a encore frappé. Aujourd’hui, le Liban perd un grand homme en la personne de Gebran Tuéni. Homme à poigne, au franc-parler, homme intègre, dont la famille a laissé au Liban un grand patrimoine en la personne de Nadia Tuéni, la grande poétesse, dont les œuvres restent vivantes, tout comme la voix de son fils Gebran restera toujours présente dans nos pensées. Aujourd’hui, les assassins ont fait taire « la voix de la liberté d’expression ». Mon grand souhait est que les Libanais d’aujourd’hui et ceux des générations futures n’oublient pas tous leurs martyrs, morts pour l’indépendance de leur pays, et sachent leur témoigner tout le respect et la gratitude qui leur sont dus. Je présente mes sincères condoléances à Ghassan Tuéni, à l’épouse de Gebran, Siham Tuéni, ainsi qu’à ses enfants. Mes pensées vont aussi à toute l’équipe du journal an-Nahar. Denise José LABAKI CATTEAU France Le plus libanais d’entre nous Toutes mes condoléances à la famille de Gebran Tuéni. Qu’il repose en paix ! Mais le malheur ne réside pas seulement dans le fait de voir les plus intelligents, les plus libanais d’entre nous, nous quitter aussi cruellement. Le malheur réside dans notre impuissance à chercher et à trouver les assassins et les commanditaires de ces assassinats. Assez ! Assez ! Michel KANDALAFT Partager le deuil des Tuéni Avec l’horrible assassinat de Gebran Tuéni, nous avons perdu un des hommes politiques les plus honnêtes et les plus intègres du Liban. C’est avec beaucoup de tristesse que nous partageons le deuil de la famille Tuéni. Nous lui présentons, ainsi qu’à la rédaction d’an-Nahar et de L’Orient-Le Jour, nos très sincères condoléances. Dr Zaven LOURYAN et famille Les marges du départ À la liberté poignardée Au grand jour Quand l’espoir rallume son dernier phare Aux résonances hivernales de l’euphorie cassée Piétinée assombrie par les feuillages de la mort Au déferlement des vagues inassouvies Contre l’implacable silence de la nuit À la lumière évanescente Dont le retour incertain fait pleurer les oiseaux en partance Aux dissonances de la révolution inachevée Aux identités remises en question Aux ambiguïtés de la terreur Et à la peur collective de la peur À la rose flagellée Avant le moment de la grande perdition À la tristesse amoureuse des navires de l’Orient Les pas de l’incertitude sonnent faux ce matin Et le miroir silencieux ne reflète plus le temps… De quelle chronologie parle la mort Et de quelle damnation rêvent les arbres après le désastre ? Quel temps fait-il quand les mémoires s’effritent Et quand Beyrouth plonge dans les eaux du départ ? Tamirace FAKHOURY Fribourg NDLR Dans le nombreux courrier que nous recevons quotidiennement, certaines lettres comportent des passages qui seraient difficilement publiables. Pour cette raison, et aussi afin de faire paraître le plus grand nombre possible de lettres, le journal se réserve le droit de n’en reproduire que les parties les plus significatives et d’en rectifier certains termes désobligeants. En outre, chaque missive doit comporter la signature (nom et prénom) de son auteur. Les lecteurs, nous en sommes certains, le comprendront, ce dont nous les remercions par avance. Nous resterons debout L’assassinat de Gebran Tuéni est un coup dur pour le Liban, notamment pour tous les intellectuels et journalistes de ce pays encore sous le choc des attentats qui ont visé Samir Kassir et May Chidiac. C’est aussi un coup dur pour la démocratie qui porte aujourd’hui son deuil. Gebran était pour les jeunes, toutes tendances confondues, un exemple de courage. Dans les épreuves les plus difficiles de notre histoire, il n’a jamais baissé les bras, persuadé que la liberté finirait par triompher. Sa plume acérée, son style corrosif, son franc-parler, sa force de conviction, sa capacité à museler ses adversaires les plus coriaces lors d’émissions télévisées ou au Parlement, comment les oublier ? Ne cédons pas au désespoir. Le crime abject qui lui a coûté la vie ne doit pas nous abattre. Au nom de Gebran, il faudra revendiquer plus que jamais la liberté et la vérité, ces deux valeurs dont il était le porte-drapeau. Au nom de Gebran, il faudra réclamer et obtenir un tribunal international pour juger les criminels et leurs suppôts. Au nom de Gebran, il faudra préserver les acquis du 14 mars dont il a été l’un des grands artisans. Au nom de Gebran, nous resterons debout. Alexandre NAJJAR Un destin lié à la Faucheuse J’écris ces quelques mots avec mes larmes s’il y en a encore. Depuis toujours, le destin de cette noble et grande famille est lié à la Faucheuse. De Nayla à Gebran en passant par Makram et Nadia, le destin s’acharne sur elle, sur le patriarche Ghassan Tuéni. Gebran, Gaby pour les amis, tu as baigné dans l’harmonie des communautés grecque-orthodoxe et druze dès ton plus jeune âge. À l’école, tu t’essayais déjà à la politique. Nous avons vécu le Beyrouth d’avant la guerre puis celui de la guerre. Ce fut ensuite Paris, de nouveau le Beyrouth de la guerre, les différents changements et puis le 14 mars dont tu as été l’un des artisans. Tu as été l’un des pionniers de l’opposition à la syrianisation du Liban et un farouche opposant à tout occupant de notre pays. Qu’il était lourd à porter, le nom de ton grand-père, grand homme, artisan de l’éducation et créateur du journal an-Nahar. Qu’il est difficile d’être le fils de ce géant qu’est ton père. Aujourd’hui, humblement, tu dépasses tous les rêves car tu viens d’écrire avec ton sang une page de l’histoire de ce pays qu’abreuve le sang de ses enfants. Tu retrouves tant d’autres, là-bas dans l’au-delà. Aidez-nous à nous en sortir. Tu savais que tu étais sur la liste, tu savais que tu allais mourir, peut-être de cette façon ignoble et lâche, tu t’attendais au pire, mais rien ne t’a arrêté. Mais aussi rien n’a arrêté ceux qui voulaient te tuer et qui veulent la destruction de ce pays que tu as tant chéri. Tu laisses derrière toi tes quatre filles ; que Dieu leur vienne en aide, ainsi qu’à ton épouse et ta famille. Tu as vécu en homme libre ; tu es mort en martyr. Adieu l’ami. Youssef G. HADDAD Alsumaria TV Bagdad, Irak Combien de victimes encore ? De combien de victimes avons-nous besoin encore pour comprendre que nous n’aurons la paix au Liban qu’avec la désintégration du régime tyrannique syrien ? Que personne ne compte sur lui pour asseoir son pouvoir ! Que personne ne le voit déjà hors des frontières alors qu’il continue d’agir au cœur de notre vie ! Que personne ne lui accorde des circonstances atténuantes alors qu’il utilise tous les moyens pour nous disséquer un à un ! Sachons, tous unis, le montrer du doigt si l’on veut réellement que notre pays se relève, si l’on veut que cessent ces assassinats, pour ne pas que d’autres Gebran tombent. Nada CORBANI AKL Pourquoi ? Il est le journaliste le plus engagé, le plus revendicateur, le plus populaire et le plus courageux. En sa personne sont réunis tous les superlatifs de qualité, et les espoirs d’une jeunesse qui s’identifie à lui et qui croit qu’elle peut créer l’histoire et faire bouger les choses. Il est le symbole de l’opposition et de la lutte pour le changement, pour la liberté et pour la dignité humaine. Non, je refuse ! Gebran Tuéni ne mérite pas ça... Notre futur se conjugue à l’imparfait. Pourquoi ? Maha A. R. TISCHER Allemagne Il est grand temps Dégoût ? Horreur ? Révolte ? Non ! Tout à la fois ? Oui ! Plus encore ? Certainement ! Car il est temps… Il est grand temps à présent de ramasser les épaules, de bander les muscles, de rentrer le cou, de serrer les dents, de durcir le regard. Il est plus que temps de regarder droit dans les yeux ceux qui bâillonnent, ceux qui tuent, ceux qui massacrent. Il est temps de leur dire qu’ils sont démasqués, que les foules vont les étouffer, quelle que soit leur force. Il est temps d’assécher les marécages de l’hypocrisie et des peurs qui les nourrissent. Il est plus que temps d’empoigner ceux qui inventent des mots convenus, ceux qui, hypocrites, présentent leurs condoléances et qui, sur le coin de leur bureau, ont écrit leur discours la veille du meurtre, et sont rentrés se coucher, fiers de leur sale devoir accompli. Il est temps de bâillonner, de ligoter, de détruire ce cancer, d’extirper ce mal, de ne rien lui céder. Il est temps de viser la tête. Dans la douleur et le silence du deuil, dans la compassion absolue due à ceux qui ont perdu un fils, un frère, un époux et un ami, il faut puiser la force de faire grandir la haine de la haine. Il faut fabriquer la détermination froide qui mène au meurtre du meurtrier, à l’anéantissement de son mentor. Un homme est mort. Sa cause doit vivre. Pas de consensus, pas de débat possible, pas de platitude. La guerre contre la civilisation est déclarée. Que se lèvent aujourd’hui les hommes dignes de ce nom, qu’ils reprennent le flambeau. Que dans leurs yeux je puisse lire l’ambition et le courage de frapper haut, fort, de frapper la tête. Que leurs mots hurlent une rage glacée, implacable, absolue, une rage de faire vivre et d’imposer une idée tellement simple qu’elle tient en quelques lettres : Liban. J.H. Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
L’escalade dans l’horreur

On se croyait à l’abri… Une enquête internationale qui avance, l’espoir de voir la Syrie coopérer et de sanctionner enfin les responsables. Sauf que ces responsables ne s’avouent jamais vaincus. Surtout au lendemain de la remise du rapport de Mehlis à l’ONU. Chacun de leurs meurtres constitue une escalade dans l’horreur. En assassinant Gebran Tuéni, après Samir Kassir et après avoir tenté d’assassiner May Chidiac, en touchant ces symboles intellectuels autant que politiques, ils cherchent à annihiler à la fois notre culture et notre soif de démocratie et d’indépendance ; ils tentent de faire basculer notre pays dans l’obscurantisme et le chaos. Quand donc comprendront-ils que cela ne servira à rien ? Que leurs attaques répétées ne font que renforcer notre unité ? Que le...