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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Garanti inusable

Ce n’est pas encore pour autant la ruée des touristes, mais non moins de trois visiteurs de marque américains ont brièvement séjourné cette semaine dans notre pays. Bel et bien fini, donc, le temps où les commis voyageurs de l’Oncle Sam, préférant s’adresser à Dieu plutôt qu’à ses saints, visitaient volontiers Damas sans jamais se donner la peine d’un détour par Beyrouth. Venu s’enquérir des moyens de lutte contre la criminalité au Liban, le chef du FBI Robert Mueller s’est abstenu de toute déclaration, ce qui est tout à fait normal dans la spécialité qui est la sienne. Robert Malley, spécialiste réputé des affaires du Proche-Orient qui fut un proche collaborateur de Bill Clinton, a donné pour sa part une conférence sur les dilemmes qu’affronte l’Administration Bush dans cette partie du monde. Sans approuver pour autant les options des faucons de Washington, Malley a exclu toute transaction ou tout compromis entre son pays et la Syrie. Il a rejoint sur ce point précis les vues, non moins catégoriquement formulées, d’un des responsables de la section Proche-Orient au département d’État, Alberto Fernandez. De telles assurances sont évidemment les bienvenues. Il reste que seule la libre progression de l’enquête internationale sur l’attentat du 14 février parviendra à rasséréner les sceptiques qu’obsède le spectre du bazar, du deal comme on dit là-bas : chat échaudé craint en effet l’eau froide. Ce qui est d’une frappante nouveauté, en revanche, dans les propos de ce fonctionnaire US, tels que rapportés par la presse, c’est cet aveu tout simple, et cependant énorme : oui, l’Amérique a naguère livré le Liban à la Syrie ; oui, la faute était considérable, mais elle était le fait d’un peu tout le monde, Américains, Syriens, Israéliens, et avec eux la communauté internationale et surtout… l’élite politique libanaise. Et d’ajouter qu’à tous ceux-là, le peuple libanais est en droit de demander des comptes. C’est bien la toute première fois que l’on s’avise de nous décerner un tardif mais salutaire sorry. Mais qui, au sein de cette singulière et pléthorique élite libanaise, s’est-il jamais résolu à une autocritique que commandait pourtant la décence politique la plus élémentaire ? Étrange Liban en vérité, qui trouve moyen de traverser les changements les plus extraordinaires sans se renouveler dans le fond pour autant. On peut à la rigueur comprendre que tout au long de l’ère de la tutelle, le gros des forces politiques ait choisi de jouer le réalisme. Le problème, c’est que ce réalisme on l’a joué avec un entrain et un zèle excessifs : pour la plupart, ce qui importait par-dessus tout c’était de garder un pied dans la place, même s’il fallait pour cela courber l’échine. C’était, pour beaucoup, d’avoir aussi sa part du gâteau financier que se partageaient les mafias locales et étrangères. On a bêlé à l’envi l’hymne aux relations privilégiées, à l’unité de destin, aux intérêts stratégiques indissociables. On a acquiescé – muettement, dans le meilleur des cas – aux abus et aux injustices. On a fermé les yeux sur les agissements des services, on s’est même bouché les oreilles face aux cris de détresse des épouses, mères et enfants de tous ces disparus dont les restes émergent des fosses communes pour se rappeler au souvenir général. Si ces choses sont dites, ce n’est pas, bien sûr, pour regretter les spectaculaires bouleversements et renversements d’alliances engendrés par cette folie syrienne que fut la prorogation forcée du mandat Lahoud, puis par le déferlement de terreur qui a suivi. Ce que les citoyens sont en droit de déplorer en échange, c’est l’invariable hégémonie d’un personnel politique fermé au changement et qui, en faisant l’impasse sur les erreurs passées, hypothèque lourdement l’avenir. C’est la pérennité d’un système où les chefs de clan ne sont jamais tenus de s’expliquer (ou pour le moins d’expliquer) car ils sont précisément chefs de clan. D’un système bâti sur l’équilibre entre communautés, mais qui est devenu celui de la compétition entre ces communautés. D’un système qui a attendu la promesse d’une nouvelle indépendance pour s’abâtardir davantage encore. Et c’est bien là le plus navrant.

Ce n’est pas encore pour autant la ruée des touristes, mais non moins de trois visiteurs de marque américains ont brièvement séjourné cette semaine dans notre pays. Bel et bien fini, donc, le temps où les commis voyageurs de l’Oncle Sam, préférant s’adresser à Dieu plutôt qu’à ses saints, visitaient volontiers Damas sans jamais se donner la peine d’un détour par Beyrouth.
Venu s’enquérir des moyens de lutte contre la criminalité au Liban, le chef du FBI Robert Mueller s’est abstenu de toute déclaration, ce qui est tout à fait normal dans la spécialité qui est la sienne. Robert Malley, spécialiste réputé des affaires du Proche-Orient qui fut un proche collaborateur de Bill Clinton, a donné pour sa part une conférence sur les dilemmes qu’affronte l’Administration Bush dans cette partie du monde....