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Actualités - Opinion

LE POINT Dominos arabes

Six morts lors du processus électoral qui a pris fin hier en Égypte, c’est six de trop… Sachant surtout qu’il importait d’empêcher coûte que coûte les Frères musulmans d’atteindre la barre plus que symbolique des 20 pour cent et que le Parti national démocrate allait être largement dominant dans la nouvelle Assemblée, il est attristant de constater que ces victimes sont tombées pour rien. Comme s’il fallait impérativement, pour le peuple, payer un prix, toujours trop lourd, pour la démocratisation, comme si, en période de consultation populaire, un gouvernement devait se décharger de sa faillite, ou de ses manquements à ses promesses, en faisant donner sa police contre ceux qui cherchent à s’acquitter de leur devoir de citoyens. À cet égard, comment interpréter le « coup de gueule » de Washington ? Après deux phrases prononcées dans un style ampoulé et sur un ton presque impersonnel – donnant l’impression de sacrifier à un nécessaire mais combien fastidieux exercice –, le porte-parole adjoint du département d’État, Adam Erli, a asséné doctement à son auditoire de journalistes : « Clairement, ces actions (les « irrégularités », ainsi qu’écrivent pudiquement les correspondants de presse chargés de couvrir sur place les quatre semaines électorales) envoient un mauvais signal sur les engagements du Caire en matière de démocratie et de libertés. » Un peu court, le commentaire, non ? Encore faut-il constater que les États-Unis paraissent, dans l’immédiat, concernés surtout par le sort réservé au leader du parti al-Ghad, Ayman Nour, maintenu en détention provisoire sous l’accusation de falsification de documents officiels et qu’ils avaient présenté, de longs mois durant, comme le produit d’une « perestroïka » locale en marche. La semaine dernière, Sean McCormack avait su, lui, se montrer nettement plus conciliant que son subordonné en parlant d’« une étape importante sur la voie des réformes dans le pays ». Confrontés aux arguments imparables des balles de la police, des matraques et des grenades lacrymogènes, les « Ikhwane » ont magistralement manœuvré en présentant de nombreux candidats sous l’étiquette d’indépendants, réussissant ainsi à quintupler leurs effectifs par rapport aux élections précédentes – une performance inégalée depuis la création en 1928 du mouvement par le guide Hassan el-Banna. Certains observateurs prévoient, à l’issue de la troisième et dernière phase qui s’est tenue les 1er et 7 décembre, dates des deux ultimes tours, qu’ils parviendront encore à placer entre une quinzaine et une vingtaine des leurs. Quoi qu’il en soit, ils ont d’ores et déjà passé avec succès l’épreuve qu’a constituée ce premier duel avec le parti au pouvoir, lequel n’en sort pas particulièrement grandi. Le quotidien neutre al-Masri el-Yom paraissait l’autre jour avec, à propos de la répression policière, cette manchette barrant sa une : « Empêcher de voter est la solution », dans une allusion au slogan de campagne de la confrérie : « L’islam est la solution ». Quant au journal du Wafd, il titrait ironiquement : « Votez pour le PND… seulement. » C’est bien, semble-t-il, ce qui est arrivé. À vingt ou trente sièges près, mis à part ceux raflés par les Frères musulmans. Avec tout de même quelques centaines de blessés et des milliers d’arrestations. Que « l’islam continue de jouer un rôle-clé dans le pays », ainsi que l’écrit le Tehran Times, nul n’en doutait ; que ses chefs n’attendaient qu’une porte entrebâillée à la faveur de quelque pression internationale ou d’un simple excès de confiance de la part d’un pouvoir en place depuis vingt-huit ans, pour s’y engouffrer, on le pressentait. Mais cette déferlante intégriste, nul ne s’était aventuré à ce jour à en prédire l’importance, d’où les frayeurs qu’elle inspire et les dispositions prises pour en prévenir les débordements en d’autres points d’un Proche-Orient qui, bon gré mal gré, se trouve en pleine phase de mutation. C’est bien pourquoi ce qui était en jeu en cette phase qui vient de prendre fin, c’est bien moins les 127 sièges restants à pourvoir dans le Parlement égyptien et encore moins l’après-Moubarak que le devenir immédiat du monde arabe, pendant que les regards demeurent braqués sur la violence à Ramadi ou à Falloujah. Demain, les Irakiens iront aux urnes, bientôt suivis par les Palestiniens, puis, au printemps, par les Israéliens. Demain, le sort de la Syrie aura peut-être été scellé, en attendant que soit déterminé l’avenir de la Jordanie et le rôle que seraient appelés à jouer, chacun dans sa sphère d’influence, l’Iran et la Turquie. Tout cela représente nombre de points d’interrogation, de points de suspension auxquels on peut déjà imaginer de vagues réponses. Pas toutes rassurantes, il faut le craindre. Christian MERVILLE
Six morts lors du processus électoral qui a pris fin hier en Égypte, c’est six de trop… Sachant surtout qu’il importait d’empêcher coûte que coûte les Frères musulmans d’atteindre la barre plus que symbolique des 20 pour cent et que le Parti national démocrate allait être largement dominant dans la nouvelle Assemblée, il est attristant de constater que ces victimes sont tombées pour rien. Comme s’il fallait impérativement, pour le peuple, payer un prix, toujours trop lourd, pour la démocratisation, comme si, en période de consultation populaire, un gouvernement devait se décharger de sa faillite, ou de ses manquements à ses promesses, en faisant donner sa police contre ceux qui cherchent à s’acquitter de leur devoir de citoyens.
À cet égard, comment interpréter le « coup de gueule » de Washington ?...