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Actualités - Opinion

LE POINT L’épreuve du feu

Une révolte ? Une révolution ? Gardons-nous d’exagérer : la Bastille n’est pas tombée et le 15 juillet 1789, ce n’était pas hier. Tout de même, ce qui se passe depuis onze jours est d’une gravité telle qu’il y a tout lieu désormais de craindre de difficiles lendemains, en France bien entendu, mais aussi un peu partout en Europe. C’est que des foyers d’incendie naissent déjà à Berlin, Brême et dans cette quiète Bruxelles, capitale d’un continent qui brutalement récolte la tempête sans même avoir commis l’erreur de semer le vent. Seuls, à ce jour, les Allemands ont vu le danger, qui qualifiaient hier, un peu tardivement, d’« avertissement pour toutes les démocraties les images qui nous viennent de Paris ». À croire que nul n’avait vu le danger qui pourtant s’inscrivait dans la logique des faits, après l’attentat de Madrid, les explosions de Londres et avant cela le coup de tonnerre du 11 septembre new-yorkais puis les malencontreux propos tenus à Washington à la veille de l’expédition irakienne. En œuvrant à l’assimilation, préalable indispensable à l’intégration, les gouvernements de la Ve République qui se sont succédé ces trente dernières années auront raté et l’une et l’autre, alors que s’accélérait le mouvement d’immigration. Au point qu’aujourd’hui, le déclencheur de l’« europintifada », pour reprendre l’expression (trop facile pour être exacte) de la presse roumaine, paraît de moins en moins être la mort de deux adolescents électrocutés à Clichy-sous-Bois et de plus en plus la nécessité d’entreprendre d’indispensables rectifications de parcours – sociales autant qu’économiques et pédagogiques – dont nul n’avait voulu voir l’urgence. Et il est permis de douter de l’efficacité des « propositions concrètes » formulées hier après-midi par Dominique de Villepin. Trop timides, tardives, incomplètes, elles surviennent à un moment où, de part et d’autre, les esprits sont surchauffés et refusent ce qu’ils estiment constituer des demi-mesures. Il n’en reste pas moins que, lente à démarrer, la machine étatique s’est mise en branle ; il ne lui faudra pas longtemps pour atteindre sa vitesse de croisière. C’est alors qu’il sera possible de juger de l’efficacité des dispositions arrêtées, éventuellement de procéder aux indispensables corrections de tir. Entre-temps, il faudra bien que les organisateurs des journées d’enfer que vivent les Français parviennent à se faire obéir. Et pour cela, la « fatwa » édictée par l’Union des organisations islamiques était nécessaire, mais pas suffisante. Interdire « à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divine de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peut attenter à la vie d’autrui », voilà qui relevait d’une louable intention. Hélas, la guérilla urbaine a atteint une intensité telle que la riposte, il faut le craindre, nécessite, pour être pleinement efficace, une vigoureuse action sur le terrain et l’intervention de la justice. Contre le risque de chaos, l’UMP vient d’appeler à l’union sacrée ; les appels à des manifestations commencent à se multiplier et Philippe de Villiers a parlé de « la France profonde qui se barricade à partir de 6 heures du soir » pour réclamer un couvre-feu qui serait imposé aux jeunes, dans les villes de 30 000 habitants, une disposition qui a commencé d’être appliquée dès hier soir dans la mairie du Raincy. Des maires voudraient voir l’armée intervenir dans les quartiers touchés par la violence urbaine et demandent l’application de l’article 16 de la Constitution, une mesure d’exception à laquelle l’État avait eu recours lors du putsch des généraux puis, cinq semaines plus tard, le 6 octobre 1961. Fait rarissime dans les annales politiques du pays : de l’extrême gauche à l’ultradroite, tout le monde invite l’État à faire preuve de fermeté, le rétablissement de la sécurité représentant un préalable, « car le dernier mot doit revenir à la loi », a scandé Jacques Chirac. Tout le monde aussi soutient la mise en œuvre d’un train de mesures contre le chômage – un fléau qui touche le plus lourdement les banlieues – veut une meilleure cohésion et plaide pour une rénovation urbaine accélérée. On l’aura compris : plus que jamais, c’est le fameux modèle français qui est remis en cause, une fois de plus, non plus par des manifestations ou des débats, mais par le biais d’incendies et de cocktails Molotov. L’enjeu, c’est autant la fin du quinquennat Chirac que l’avenir d’un homme politique, de candidat à l’Élysée dans deux ans. Nicolas Sarkozy aura ainsi mené son combat en solitaire, contre tous et d’abord contre les siens. En définitive, il est le véritable marginalisé dans la délicate partie engagée sur fond de barricades. À lui donc les lauriers d’une éventuelle victoire. La défaite, elle, sera celle de tout le régime. Christian MERVILLE

Une révolte ? Une révolution ? Gardons-nous d’exagérer : la Bastille n’est pas tombée et le 15 juillet 1789, ce n’était pas hier. Tout de même, ce qui se passe depuis onze jours est d’une gravité telle qu’il y a tout lieu désormais de craindre de difficiles lendemains, en France bien entendu, mais aussi un peu partout en Europe. C’est que des foyers d’incendie naissent déjà à Berlin, Brême et dans cette quiète Bruxelles, capitale d’un continent qui brutalement récolte la tempête sans même avoir commis l’erreur de semer le vent. Seuls, à ce jour, les Allemands ont vu le danger, qui qualifiaient hier, un peu tardivement, d’« avertissement pour toutes les démocraties les images qui nous viennent de Paris ». À croire que nul n’avait vu le danger qui pourtant s’inscrivait dans la logique des...