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Actualités - Opinion

Vérité sans frontières

« Il n’y a d’universel que ce qui est suffisamment grossier pour l’être. » Paul Valéry, Mauvaises pensées et Autres Grossière, la résolution 1636 ne l’est assurément pas, qui, sans trop ostensiblement agiter le bâton, somme la Syrie de coopérer avec l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri. Au passif de la même Syrie qui traîne de longue date, derrière elle, une réputation régionale plutôt sulfureuse, cette résolution ne retient d’ailleurs que les seules ingérences et autres actions déstabilisatrices auxquelles elle se livre dans le périmètre exigu du Liban. Il reste que la 1636, on ne le soulignera jamais assez, est absolument, éminemment, magnifiquement universelle. C’est même le plus universel, le plus formellement planétaire de tous les documents onusiens qui ont jalonné le calvaire libanais des trois dernières décennies. Mieux encore, cette bien rare unanimité internationale qui s’est dégagée lundi au Conseil de sécurité n’aura pas été trop cher payée : biffée en dernière minute du projet occidental, la menace de sanctions éventuelles contre la Syrie, de mesures ultérieures est toujours là, en filigrane, du moment que ce texte se fonde sur le redoutable – et redouté – chapitre VII de la Charte des Nations unies. Cachée par les tentures du compromis, l’épée de Damoclès n’attend que la suite – une mauvaise suite – pour quitter son fourreau. Par principe et fidèles à une longue tradition, la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil et donc détentrices du droit de veto, s’opposent à toute sanction ou menace de sanction ; il en est de même pour l’Algérie, seul membre arabe en ce moment de l’organisme suprême de l’ONU. Voilà pourtant que ces trois pays, en dépit de toutes les réserves qu’ils peuvent avoir sur les conclusions, selon eux hâtives, du procureur Detlev Mehlis, se sont pleinement associés à l’avertissement lancé en direction de Damas. Sans même chercher à se rabattre sur la classique échappatoire de l’abstention, ils ont reconnu et cautionné, en somme, cette simple, cette éclatante réalité : la Syrie est absolument tenue de s’expliquer sur les tenants et aboutissants de l’attentat du 14 février ; elle a omis de le faire de manière sérieuse et crédible jusqu’à ce jour ; dès lors, elle doit se plier à toutes les exigences des enquêteurs, faute de quoi… Pour mesurer l’ampleur du séisme diplomatique de lundi, il n’est que de constater les commentaires contradictoires observés au sein du vieux couple syro-russe. Nous avons sauvé la Syrie, titraient à l’unisson hier les journaux moscovites ; et tout en incitant son client à une coopération responsable, le Kremlin se réjouissait d’avoir réussi à écarter, du texte voté, toutes les dispositions politiciennes étrangères à l’affaire Hariri. Peine perdue : davantage encore que l’iniquité de la résolution 1636, c’est bien cette unanimité réalisée autour de la seule et lancinante question de l’attentat du 14 février, et perçue comme un véritable lâchage, qui a atterré les autorités de Damas. Pour se dérober aux investigations comme il l’a fait jusqu’à ce jour, le pouvoir syrien ne peut plus tabler sur la complaisance et la permissivité des uns ou l’indifférence des autres. Il est des noirceurs, en effet, qu’est incapable de couvrir désormais la mince abaya des inconsistances arabes. Et la Syrie ne peut plus davantage espérer s’abriter derrière l’imposante masse de l’Ours de Sibérie car la quête de vérité est soudain devenue une obligation, eh oui… universelle. Purgera, purgera pas ? Comme au premier jour de l’officialisation, par le procureur Mehlis, de la piste syrienne, les options de Bachar el-Assad ne sont guère nombreuses, à supposer bien sûr qu’il va lui-même rester au-dessus de tout soupçon. Ce qui est nouveau en revanche, c’est bien l’évidente, la flagrante internationalisation de la question syrienne (et non plus de la seule libanaise) que signifie, en dernière analyse, la résolution 1636. Communauté de destin ? Ce n’est certes pas de la sorte qu’ils l’imaginaient, à Damas. Issa GORAIEB
« Il n’y a d’universel que ce qui est suffisamment
grossier pour l’être. »
Paul Valéry, Mauvaises pensées et Autres

Grossière, la résolution 1636 ne l’est assurément pas, qui, sans trop ostensiblement agiter le bâton, somme la Syrie de coopérer avec l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri. Au passif de la même Syrie qui traîne de longue date, derrière elle, une réputation régionale plutôt sulfureuse, cette résolution ne retient d’ailleurs que les seules ingérences et autres actions déstabilisatrices auxquelles elle se livre dans le périmètre exigu du Liban.
Il reste que la 1636, on ne le soulignera jamais assez, est absolument, éminemment, magnifiquement universelle. C’est même le plus universel, le plus formellement planétaire de tous les documents onusiens qui ont jalonné le calvaire...