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Actualités - Opinion

Glaive au clair

La voilà qui nous vient – ou qui nous revient – après une bien longue absence. Elle porte des sabots un peu gros, sans doute, pour sa première virée en Irak ; et elle nous fait bouillir d’anxiété et d’impatience au Liban. L’essentiel, cependant, c’est qu’elle a traversé les immenses déserts de la tyrannie et de l’arbitraire, qu’elle est là, qu’elle frappe à nos portes. Il était grand temps, Dame Justice, prenez donc vos aises s’il vous plaît. Malgré plus d’une grave lacune, l’ouverture, mercredi à Bagdad, du procès de Saddam Hussein aura sans doute des conséquences incalculables dans cette partie du monde. Or, l’extraordinaire symbolique du moment méritait bien quelques efforts de la part des dirigeants irakiens, comme de leurs sponsors. Pour commencer, en effet, c’est à l’ombre de l’occupation américaine que se déroule ce procès (nul, pourtant, ne se préoccupe de demander par quel prodige cet homme coupable de crimes contre l’humanité a pu bénéficier aussi longtemps de l’indulgence, de la compréhension et même du soutien des États-Unis). On relèvera encore l’incroyable embrouillamini juridique dans lequel se meut le Tribunal spécial irakien et qui le conduit à ignorer les droits les plus élémentaires de la défense : omission d’autant plus malheureuse qu’elle est gratuite, si accablants en effet sont les faits reprochés au régime abattu. Pas plus que la chaotique démocratie qui y a été instaurée, la justice d’Irak ne saurait, en somme, se poser en modèle. Mais pour regrettables qu’elles soient, ces failles n’altèrent en rien le puissant message ainsi lancé à l’ensemble de la région. Pour la toute première fois, un dirigeant arabe déchu échappe à une exécution sommaire ; à des décennies de détention infligée sans autre forme de procès, c’est bien le cas de le dire ; ou alors, pour les plus chanceux, à un exil généralement doré car ils ont abondamment puisé dans la caisse. Pour la première fois, un tel dirigeant comparaît devant des juges, même si l’hirsute Nabuchodonosor d’hier n’a rien perdu de sa superbe et qu’il défie insolemment ceux-ci. Pour la première fois surtout, plus d’un despote doit réexaminer de près, en ce moment, son assurance-impunité et se dire que tout, absolument tout, peut désormais arriver. Cela, le Libyen Kadhafi, bien que fantasque jusqu’à la caricature, aura été le premier à l’avoir compris. Et à l’avoir compris à temps. Que la justice se livre à ses premiers balbutiements en Irak au moment où l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri entre dans une phase cruciale n’est sans doute pas fortuit. Ici et là, c’est la même notion, longtemps foulée aux pieds, qui est réinstituée avec éclat par la communauté internationale : celle de la responsabilité politique – et éventuellement criminelle – des dirigeants indignes qui, tôt ou tard en effet, devraient avoir à rendre compte de leurs actions. C’est en cela même que le rapport du juge Mehlis, remis hier à Kofi Annan et rendu public tard dans la nuit, est capital non seulement pour les Libanais et les Syriens, mais également pour les centaines de millions de citoyens arabes. Car davantage que les mensongers appels à l’unité, que les dérives et délires des fanatiques, et que les ardeurs guerrières face à l’ennemi israélien, c’est la médiocrité – et trop souvent, hélas, l’ignominie – de leurs gouvernements que les Arabes ont réellement en partage. La justice pointe le bout du nez, le glaive des tyrans n’est plus seul dans la place. Issa GORAIEB
La voilà qui nous vient – ou qui nous revient – après une bien longue absence. Elle porte des sabots un peu gros, sans doute, pour sa première virée en Irak ; et elle nous fait bouillir d’anxiété et d’impatience au Liban. L’essentiel, cependant, c’est qu’elle a traversé les immenses déserts de la tyrannie et de l’arbitraire, qu’elle est là, qu’elle frappe à nos portes. Il était grand temps, Dame Justice, prenez donc vos aises s’il vous plaît.
Malgré plus d’une grave lacune, l’ouverture, mercredi à Bagdad, du procès de Saddam Hussein aura sans doute des conséquences incalculables dans cette partie du monde. Or, l’extraordinaire symbolique du moment méritait bien quelques efforts de la part des dirigeants irakiens, comme de leurs sponsors. Pour commencer, en effet, c’est à l’ombre de...