Depuis la période de la guerre, il n’y avait plus eu en ville une telle psychose chez les citoyens. Les scénarios les plus farfelus circulent de bouche à oreille, et les gens semblent dans l’attente d’une catrastrophe. Certains ne sortent presque plus de chez eux, d’autres se contentent de limiter leurs déplacements en arguant du fait que le pire est encore à venir. Mais de quoi ont peur les Libanais ? Et pourquoi sont-ils dans un tel état d’esprit ? Si la réponse à la première question est vague, les Libanais ne sachant pas exactement ce qu’ils craignent, la seconde est bien plus aisée. La cause de la peur et de la confusion qui étreignent les Libanais est sans doute à chercher dans le manque de clarté des positions de la classe politique en général. D’un côté, les politiciens et autres responsables multiplient les discours lénifiants, et de l’autre, ils annoncent des changements drastiques. Un moment, ils affirment vouloir des relations privilégiées avec la Syrie, relations qui ne seraient pas tributaires du contenu du rapport Mehlis, alors que les médias qu’ils contrôlent mènent campagne contre la Syrie ou certains des symboles de son régime. De même, ceux qui ont été les premiers au Liban à dénoncer le régime sécuritaire syro-libanais et ses symboles s’empressent de faire l’apologie du ministre syrien de l’Intérieur, responsable pendant vingt ans des services de renseignements syriens au Liban et principal artisan du système sécuritaire syro-libanais.
Officielllement, et dans les déclarations politiques, il n’existe aucun lien entre la 1559 et l’enquête du juge allemand Mehlis. Mais l’enchaînement des événements sème le doute dans l’esprit des Libanais.
De plus, de temps à autre, certaines figures politiques brandissent le 14 mars comme une nouvelle charte politique, alors que ces mêmes figures nouent des alliances électorales ou autres qui n’ont rien à voir avec celles du 14 mars. D’ailleurs, comment oublier que, aussi bien au sein de la nouvelle majorité que dans la nouvelle opposition, les élections législatives n’ont pas reproduit le schéma du 14 mars, de même que le gouvernement actuel n’est pas le fruit de cet événement que l’on se plaît à considérer comme fondateur du nouveau Liban.
En somme, la plupart des figures politiques disent une chose et son contraire, comme si parler aux médias est devenu synonyme d’exister. Un vrai casse-tête pour le malheureux citoyen submergé de déclarations et baignant dans les non-dits et les insinuations. Il est visiblement encore loin, le jour où, comme dans les grandes démocraties, chaque politicien rendra compte de ses propos. En attendant, il faudrait peut-être cesser d’écouter les uns et les autres qui semblent entretenir la confusion pour mieux voir venir la suite des événements.
Scarlett HADDAD
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