Mahmoud Abbas : « Le calme appelé à prévaloir dans les Territoires à compter d’aujourd’hui marquera le début d’une nouvelle ère. »
Ariel Sharon : « Pour la première fois depuis longtemps, il existe dans la région l’espoir d’un avenir meilleur pour nous et pour nos petits-enfants. »
Condoleezza Rice : «En ce moment, l’optimisme se justifie certainement (…). Je constate que ces deux leaders ont compris qu’il est temps d’aller de l’avant. »
C’était hier, en fait en février dernier. C’était il y a des siècles. Depuis, après maintes tribulations, le Proche-Orient a renoué avec ses vieux démons. Comme en ce jour de dimanche où des combattants appartenant aux Brigades des martyrs d’al-Aqsa, une organisation paramilitaire relevant du Fateh, ont abattu à l’arme automatique trois colons qui faisaient de l’autostop près du bloc des implantations de Goush Etzion, un des trois points de peuplement que l’État hébreu s’est engagé à ne jamais abandonner lors de pourparlers de paix à venir. Quelques instants plus tard, deux autres colons étaient blessés à Eli, toujours sur la rive occidentale du Jourdain où sont installés 245 000 kibboutznik. Cette fois, il n’en a pas résulté des ripostes massives – pas encore du moins – de l’artillerie et des hélicoptères israéliens, mais un gel de tous les contacts avec l’Autorité palestinienne, une série de restrictions imposées à la population cisjordanienne et des mesures renforcées de sécurité dans les lieux publics.
L’histoire de cette terre trop promise est celle, pour peu qu’il donne l’impression de se concrétiser, d’un mirage de la paix qui s’éloigne chaque fois qu’il est à portée de main. Il en fut ainsi lors de cette funeste visite d’un général nommé Sharon, escorté d’une cohorte de soldats, sur l’esplanade du Temple, le Haram el-Charif, et l’engagement solennel pris alors que ce lieu sacré pour les uns et les autres restera « éternellement israélien ». La suite, on la connaît : une intifada qui avait balayé les espoirs de paix – dès le départ bien maigres, il est vrai – et qui se double depuis quelque temps d’un sanglant règlement de comptes entre frères d’armes. Une organisation non gouvernementale vient d’en établir le sinistre bilan : au cours des neuf premiers mois de la présente année, les duels fratricides ont fait 219 victimes, contre 218 tombés sous les balles ennemies. Dès dimanche soir, l’un des chefs des Brigades, Zakaria Zoubeydi, avait fait savoir qu’il n’était pas question de respecter le cessez-le-feu censé être en vigueur tant que Tel-Aviv poursuivrait sa politique de liquidation des chefs militaires palestiniens. Voilà qui n’augure rien de bon alors que le gouvernement d’Ahmed Qoreï prépare déjà les élections législatives du 25 janvier.
En effet, comment organiser un scrutin général sans la participation de ces mouvements extrémistes dont Israël ne veut à aucun prix ? Et comment en désarmer les membres avant l’ouverture d’un dialogue véritablement constructif ? On revient ainsi à l’éternelle histoire de l’œuf et de la poule, sachant que la parcelle d’autorité dont jouit Abou Mazen est déjà fortement contestée par les siens et que c’est un homme sérieusement affaibli qui se présentera dans un peu plus de quarante-huit heures devant George W. Bush. Auparavant, il se sera entretenu avec Abdallah de Jordanie puis avec Hosni Moubarak, avant d’être reçu par Jacques Chirac et de s’envoler pour Madrid où il doit rencontrer José Luis Zapatero. Au total, quatre tours d’échauffement en prévision de l’épreuve finale de Washington, quand il se proposera de présenter à la Maison-Blanche une « shopping list » qu’il sait par avance impossible à satisfaire. Qu’on en juge plutôt : des pressions américaines pour obtenir la libération de centaines de détenus dans les geôles israéliennes, la restitution de nouveaux territoires arabes, enfin le gel des colonies de peuplement. Lors d’un précédent séjour, en mai, dans la capitale fédérale, le président de l’Autorité palestinienne avait voulu se rassurer sur les véritables intentions d’Israël après le retrait de Gaza. Ce qu’il avait entendu de la bouche de ses interlocuteurs avait calmé ses appréhensions et ramené un semblant d’ordre dans les rangs de ses troupes. Rien n’indique que jeudi, il en sera de même.
À la réunion prévue dimanche et qui devait être consacrée à l’examen de la question de la réouverture du terminal de Rafah (une mesure indispensable à la reprise économique dans la bande de Gaza), les négociateurs israéliens avaient choisi de se faire porter absents et de signifier à l’autre partie qu’il en sera ainsi tant que n’aura pas été entrepris le désarmement du Hamas et du Jihad islamique. Une entreprise qui ne sera possible qu’avec l’avènement d’un début de normalisation. Le blocage décidé en ce début de semaine relève d’un réflexe pavlovien, diagnostique l’ancien ministre Yossi Beilin. Les jusqu’auboutistes dans les deux camps peuvent se frotter les mains : mission accomplie.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mahmoud Abbas : « Le calme appelé à prévaloir dans les Territoires à compter d’aujourd’hui marquera le début d’une nouvelle ère. »
Ariel Sharon : « Pour la première fois depuis longtemps, il existe dans la région l’espoir d’un avenir meilleur pour nous et pour nos petits-enfants. »
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C’était hier, en fait en février dernier. C’était il y a des siècles. Depuis, après maintes tribulations, le Proche-Orient a renoué avec ses vieux démons. Comme en ce jour de dimanche où des combattants appartenant aux Brigades des martyrs d’al-Aqsa, une organisation paramilitaire relevant du Fateh, ont abattu à l’arme automatique trois colons qui...