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Actualités - Opinion

Les lecteurs ont voix au chapitre

Beyrouth, ville-poubelle L’été tire à sa fin. Les premières fraîcheurs automnales chargées d’effluves pestilentiels ont envahi la capitale, gagné les faubourgs, gravi les premiers contreforts de la montagne libanaise… C’est, nous dit-on, un (dé)chargement au port de Beyrouth de déjections animales qui en est la raison. Ah, les fumiers! Mais où sont donc les pouvoirs publics? Que font les (ir)responsables ? Certes, les relents nauséabonds de la gent bovine frappent tout le monde, mais il semble qu’ils n’incommodent nullement ceux qui ont l’habitude de ces exhalaisons fétides (je veux parler d’une catégorie de gens – certains responsables et autres dévoués serviteurs à la cause nationale – parfaitement acclimatés à la puanteur). Entre la pandémie de la grippe aviaire qui menace, le monticule d’immondices du port, les émanations des tanneries du fleuve, la bouse de vache et l’insoutenable mais persistante putréfaction du climat politique que connaît le Liban, l’air de ce pays devient tout simplement irrespirable. Gilbert MOUFAREGE Donner le temps au temps Le jeudi 13 octobre, j’ai lu dans l’un des journaux de langue arabe à gros tirage l’éditorial du rédacteur en chef dans lequel il faisait l’éloge, ou plutôt l’oraison funèbre, de feu le brigadier Ghazi Kanaan, le faisant passer tantôt pour un mystique incompris, tantôt pour un héros des temps modernes. N’était la sinistre réputation que le brigadier Kanaan s’est forgée au Liban, j’aurais cru qu’il s’agissait d’un maréchal prussien ou d’un chevalier sans peur et sans reproche, d’une sorte de Bayard ou de Lancelot. Pour moi, comme pour beaucoup de Libanais, le brigadier Kanaan incarnera toujours l’image de ce qu’il a été durant les vingt ans où il a officié au Liban : un tortionnaire aux mains tachées de sang, et sa mort ne pourra effacer de notre mémoire le souvenir des disparus libanais qui ont transité par les geôles de Anjar et les hurlements inhumains des personnes interrogées dans les caves du Beau Rivage. Sa mort ne pourra pas non plus nous faire oublier les salles de torture aux murs maculés de sang, les chaises en fer aux dossiers repliables, les pinces à arracher les ongles et tous ces instruments moyenâgeux que la barbarie et le sadisme, dans un besoin d’efficacité, ont remis à jour. Oublier pour l’instant est impossible et pardonner impensable, mais le temps est un merveilleux magicien. Laissons-lui le temps et ne brûlons pas les étapes, les vieilles blessures saignent encore. Eddy TOHMÉ Le souvenir de Camélia Harb Pour moi, les Français ont toujours représenté la générosité, le respect des enfants, des personnes du troisième âge et surtout le respect des morts. Mme Camélia Harb, professeur de nationalité française au Grand Lycée durant seize ans, qui avait créé, à la demande de la France, la section du baccalauréat économique et social, n’a pas eu droit à un simple faire-part. Nul n’a songé, en signe de respect, à décréter un jour de deuil en mémoire d’une personne qui a donné sa vie à cet établissement et qui a constamment assuré un taux de réussite de 100 pour cent au baccalauréat. Je suis fière et je remercie ses collègues et ses élèves, toutes promotions confondues, qui, eux, lui ont fait honneur. Joyce BAROUDI Parente d’une ancienne élève de Mme Harb Médecin vs député Un représentant du peuple (il s’agit d’une déclaration de M. Henri Hélou, député de Baabda, faite le 7 octobre - NDLR) m’a prouvé une fois de plus qu’il existe un fossé insondable séparant le député de ses électeurs. Que des élans subits de compassion viennent édulcorer de temps à autres des discours propagandistes à l’occasion d’une mini-crise sociale passe encore, mais de là à clouer au pilori toute la gent médicale à partir d’un épiphénomène pour en faire la règle générale dénote une méconnaissance totale du dossier. Il est vrai que quelques médecins pratiquent le commerce des médicaments, tout comme quelques autres se permettent des honoraires consultatifs de près de 100 dollars américains et il est tout à fait exact que quelques praticiens dépassent largement les 200 000 dollars annuels que vous considérez comme scandaleux. Mais, sauf erreur, la médecine est un métier libéral et, sauf sous la menace, le Libanais garde une palette de choix qui lui permet à ce jour de préférer les petits prix. Comme chez les ingénieurs, les pharmaciens ou les plombiers, il se peut que des spécialistes se distinguent des autres et fassent des jaloux. Toutefois, ces derniers sont l’exception qui confirme la règle, celle du dénuement total des médecins au Liban pris entre l’enclume des assurances qui pratiquent le dumping des malades et l’enclume des tiers payants étatiques qui, appauvris par les politiques, rechignent à verser les honoraires, tant et si bien qu’au bout du compte, vous aurez vos petits prix de santé mais avec la médecine qui sied. Cet enthousiasme extrême et cette soudaine solidarité avec le petit peuple ployant sous les taxes me semblent de bon augure pour amorcer enfin un geste de bonne volonté en offrant les rémunérations exorbitantes des parlementaires aux caisses de l’État pour les réaligner avec ceux d’autres pays et en réglant les taxes dont s’acquittent tous mes compatriotes pour regonfler notre économie. Vous serez le plus noble exemple à suivre, et en premier par les médecins. Dr Joseph MANTOURA La prestation médiatique du député de Baabda est surprenante et regrettable. En effet, les honoraires perçus par les médecins libanais pour leurs consultations ne varient pas entre 50 et 100 dollars, mais plutôt de consultations gratuites (pour bon nombre d’entre elles) à une échelle allant de 10 à 100 dollars, la majorité se situant plutôt entre 33 et 40 dollars. Par ailleurs, les hôpitaux et les médecins du secteur privé admettent et assurent des soins hautement qualifiés, supérieurs à ceux de tous les pays avoisinants. Ils respectent, parfois de façon unilatérale, les accords conclus avec les organismes de recouvrement (ministère de la Santé, CNSS, sociétés d’assurances). Quel mal y a-t-il à être à la fois médecins et propriétaire d’hôpital ? Si l’initiative privée est étouffée, faudra-t-il alors compter sur l’initiative publique ? Par ailleurs, si certains médecins sont soupçonnés de pratiques douteuses, laissons faire le conseil disciplinaire de l’Ordre, à condition d’éviter toute ingérence politicienne dans les dossiers. Enfin, s’il existe des médecins dont les revenus dépassent les 200 000 dollars par an, leur nombre ne doit pas dépasser les doigts d’une main et ils devraient alors être taxés en conséquence. Dr Alexandre CHEAIB À May À la rose superbe, frappée de la plus cruelle et injuste épreuve : toute notre sympathie et tous nos souhaits de prompt rétablissement. En nous promettant de revoir ce cher visage rayonnant, annonçant sur ce ton unique et combien charmant qui est le sien : « Nharkoum saïd. » Chère et bien-aimée May, sache que nous t’adulons et que nous prions sans cesse le Rédempteur pour qu’Il t’assiste et te console dans ta souffrance ô combien imméritée. Maroun Youssef AYOUB Les leçons du passé Je suis avec stupéfaction les derniers développements du Liban. N’avons-nous rien compris ? Deux institutions uniquement doivent avoir le droit de s’armer dans un pays : l’armée, la police. Toutes les autres factions, qu’elles soient libanaises ou non, doivent être désarmées. Pour la cause palestinienne ou non, aucun trafic d’armes ne doit être toléré. Sinon à quoi bon toutes ces manifestations pour la liberté ? Nous sommes avant tout libanais. L’État doit à tout prix assurer la sécurité. Nous avons déjà eu une mauvaise expérience dans le passé avec l’armement. Et cela n’a abouti qu’à la destruction de ce qui était un beau pays, prospère. Je n’arrive pas à croire que notre frontière avec la Syrie est une éponge. Que nous soyons pour ou contre la cause palestinienne, nous devons avant tout, en tant que Libanais, protéger l’intégrité, la prospérité et l’avenir de notre pays avant de commencer à aider les autres. Nous avons souffert d’une guerre de plus de vingt ans ainsi que trente ans de soumission. Nous devons reprendre notre souffle, rebâtir, inculquer à nos jeunes la fibre patriotique. J’espère sincèrement que le souffle de liberté et de fierté d’être libanais ne s’estompera pas. Ceux qui font campagne au nom d’autres pays devraient s’installer dans leur pays d’allégeance et laisser les autres vivre, fiers d’être tout simplement libanais, en paix et harmonie. Marwan TAKCHI Priorité à l’entente nationale À quelques jours de la parution du rapport Mehlis concernant l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, il serait nécessaire et impératif de donner un souffle neuf à l’entente nationale afin d’éviter tout litige éventuel au sein du gouvernement. Une fois l’union renforcée, nous serons capables de faire face, nous Libanais, à toute situation imprévisible. Notre avenir dépend, de surcroît, de la bonne foi de nos dirigeants et de leur sens patriotique. Nous avons retenu les leçons du passé et prouvons au monde que bien qu’étant un petit pays, nous sommes malgré tout grands et remarquables grâce à notre histoire, à notre peuple qui sait évoluer dans le temps tout en préservant son identité basée sur les valeurs réelles de la démocratie. Notre pays se trouve à une phase critique, celle de la reconstruction. La prise de conscience est nécessaire de la part de nos responsables, qui sont censés s’exprimer au nom de tout un peuple n’aspirant qu’à vivre dans la stabilité et la paix, comme il l’a prouvé le 14 mars dernier. Hilda DADOURIAN Conseil aux journalistes Chers journalistes, modérez encore un peu vos ardeurs pour ne pas être la cible (de qui, au fait ?). Vous savez bien que la vérité appartient toujours au plus fort, qui attend sans doute le prétexte pour frapper. Les Libanais ont toujours servi d’excellent prétexte, n’est-ce pas ? Le silence est parfois nécessaire, tactique même. Et puis, d’autres peuvent s’exprimer, n’est-ce pas les Libanais de l’extérieur ? Jacqueline PETMEZAKIS Message reçu 5 sur 5 Mardi 11 octobre, L’Orient-Le Jour publiait dans la page « Courrier des lecteurs » la lettre de M. Roberto Dana, établi à Rome, nous demandant de l’aider à entrer en contact avec les membres d’une famille libanaise qu’il avait perdus de vue depuis 35 ans. Message reçu le jour même, quand Mme Borgi lui a téléphoné à son adresse dans la capitale italienne. À son tour, il nous adressait un courriel dans lequel il nous faisait part de sa joie d’avoir enfin retrouvé ses amis. Êtes-vous dans le même cas ? Le journal publiera votre lettre dans le but de vous aider à vous mettre en contact avec la personne que vous cherchez à retrouver. L’ONU doit se libérer des États-Unis Les États-Unis sont pratiquement le seul pays au monde à dénigrer sans relâche l’Organisation des Nations unies et à lui mettre des bâtons dans les roues. Et la nomination de Bolton comme ambassadeur n’a fait que compliquer la situation. À ce jour pourtant, le siège principal de l’ONU se trouve toujours en territoire hostile. C’est un non-sens. L’ONU devrait tout mettre en œuvre pour s’installer hors des États-Unis. Ces derniers menaceraient, eux, de quitter l’organisation internationale ? La belle affaire ! Montréal, qui se trouve à quelque 600 kilomètres de New York, s’avérerait un bon choix pour accueillir l’illustre transfuge, plus nécessaire que jamais. En considérant aussi que le Canada a à cœur les principes onusiens. Sylvio Le BLANCl Montréal (Québec) NDLR Dans le nombreux courrier que nous recevons quotidiennement, certaines lettres comportent des passages qui seraient difficilement publiables. Pour cette raison, et aussi afin de faire paraître le plus grand nombre possible de lettres, le journal se réserve le droit de n’en reproduire que les parties les plus significatives et d’en rectifier certains termes désobligeants. En outre, chaque missive doit comporter la signature (nom et prénom) de son auteur. Les lecteurs, nous en sommes certains, le comprendront, ce dont nous les remercions par avance. Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (Rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Beyrouth, ville-poubelle

L’été tire à sa fin. Les premières fraîcheurs automnales chargées d’effluves pestilentiels ont envahi la capitale, gagné les faubourgs, gravi les premiers contreforts de la montagne libanaise…
C’est, nous dit-on, un (dé)chargement au port de Beyrouth de déjections animales qui en est la raison. Ah, les fumiers! Mais où sont donc les pouvoirs publics? Que font les (ir)responsables ?
Certes, les relents nauséabonds de la gent bovine frappent tout le monde, mais il semble qu’ils n’incommodent nullement ceux qui ont l’habitude de ces exhalaisons fétides (je veux parler d’une catégorie de gens – certains responsables et autres dévoués serviteurs à la cause nationale – parfaitement acclimatés à la puanteur).
Entre la pandémie de la grippe aviaire qui menace, le monticule...