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Actualités - Opinion

Et maintenant, les mots

La colère, c’est bien connu, est mauvaise conseillère. Et même calamiteuse conseillère, en l’absence d’une stratégie rationnelle, intelligente, adaptée aux circonstances et visant à limiter les pertes. À sauver les meubles, même s’il faut se résigner à rendre le jardin à ses propriétaires. Nul, certes, ne s’attendait à voir la Syrie déclarer forfait et rétrocéder de gaieté de cœur son butin libanais. Mais quel aveuglement la pousse-t-il donc à s’enferrer dans la politique du pire, à cuire et recuire ses frustrations dans l’option de la terre brûlée ; et où est-il donc passé ce fameux pragmatisme, porté à son point de perfection par le président défunt Hafez el-Assad et qui, au prix de maints changements de cap, parfois acrobatiques, assurait la survie du régime baassiste de Damas ? Nos relations avec la Syrie, particulièrement tendues depuis quelques jours, c’est soudain le monde à l’envers. Le Liban a toutes les raisons du monde d’en vouloir à son puissant voisin qui l’a arraisonné, qui l’a mis en coupe réglée, qui lui a imposé sa loi, qui a divisé pour régner, allant jusqu’à interférer dans les plus bénignes de ses affaires. Longtemps humilié, le Liban a été de surcroît meurtri dans sa chair (et ce n’était guère la première fois !) lors du terrible attentat du 14 février : crime dont doivent rendre compte aujourd’hui des responsables sécuritaires libanais notoirement à la botte des Moukhabarate syriens. Et pourtant, le Liban officiel continue de se dire voué à des relations privilégiées avec la Syrie, même s’il attend de celle-ci qu’elle renonce une fois pour toutes à ces mêmes méthodes et pratiques qui ont fini de faire d’elle un pestiféré sur la scène mondiale. À peine investi et surmontant ses états d’âme, le Premier ministre libanais, qui fut le plus proche compagnon de Rafic Hariri, s’en est même allé le souligner sur place, à Damas. Car à ce stade, le Liban, comme sans doute la plupart des puissances, ne souhaite pas particulièrement un effondrement du régime syrien, ce qui pourrait laisser la place à l’anarchie ou, alors, au règne des intégristes. Davantage que les puissances en effet, notre pays est bien( ?) placé pour redouter de telles extrémités. Cela dit, comment est-il payé de retour ce Liban qui fait prévaloir la raison d’État, la raison tout court, sur tout le reste ? On a d’abord entrepris de l’étrangler économiquement en bouclant la frontière, des semaines durant, face au transit des marchandises vers l’hinterland arabe. Et c’est toujours à travers la frontière que l’on nous a expédié ensuite ces brûlots, ces véritables bombes à retardement que sont les renforts en hommes et en matériel destinés aux organisations palestiniennes radicales : tout cela venant naturellement s’ajouter aux bombes très réelles, encore que d’origine demeurant techniquement indéterminée, qui entretiennent dans le pays un climat d’insécurité permanente. Qu’elles soient officielles ou officieuses, mais quelle différence au fond, les attaques visant désormais Fouad Siniora marquent un tournant nouveau dans la crise libano-syrienne. En refusant par trois fois de répondre au téléphone à un chef de gouvernement libanais soutenu par le peuple et dûment désigné par le Parlement, Naji Otri croyait-il donc étoffer quelque peu la fonction passablement administrative qui est la sienne, du moment qu’elle est sous la coupe de l’armée et du parti ? Il n’a réussi qu’à faire un affront des plus gratuits aux Libanais, ceux-là mêmes qui à l’en croire sont si chers au cœur de Damas. De même, le zèle de commande du chef du gouvernement syrien l’aura porté à faire un compliment aussi énorme qu’involontaire à celui qu’il croyait épingler : on était à mille lieues de se douter en effet que le laborieux et persévérant Fouad Siniora avait le pouvoir d’influer, comme il est accusé de le faire, sur une commission Mehlis convaincue, quant à elle, de la totale innocence des services syriens, et qui s’apprête à présenter son rapport ! Il est des mauvaises habitudes qui ne se perdent tout simplement pas : à la veille de cette échéance cruciale, c’est à des bombardements aveugles, verbaux cette fois, que se livre Damas. Les ingérences syriennes ? Il n’y en a plus du tout, assurait hier même à Qatar un Nabih Berry outrancièrement fidèle à ses amitiés d’outre-frontières : un Berry censé tout de même représenter une Assemblée libanaise massivement rebelle à ces mêmes et incessantes ingérences. Il n’y a pas que les bombardements qui soient aveugles. Ou alors qui feignent une incroyable, une bien improbable cécité. Issa GORAIEB
La colère, c’est bien connu, est mauvaise conseillère. Et même calamiteuse conseillère, en l’absence d’une stratégie rationnelle, intelligente, adaptée aux circonstances et visant à limiter les pertes. À sauver les meubles, même s’il faut se résigner à rendre le jardin à ses propriétaires.
Nul, certes, ne s’attendait à voir la Syrie déclarer forfait et rétrocéder de gaieté de cœur son butin libanais. Mais quel aveuglement la pousse-t-il donc à s’enferrer dans la politique du pire, à cuire et recuire ses frustrations dans l’option de la terre brûlée ; et où est-il donc passé ce fameux pragmatisme, porté à son point de perfection par le président défunt Hafez el-Assad et qui, au prix de maints changements de cap, parfois acrobatiques, assurait la survie du régime baassiste de Damas ?
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