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Actualités - Opinion

LE POINT Madame la Chancelière

Piètre consolation pour Gerhard Schröder : après avoir bataillé ferme trois semaines durant pour revenir à la tête d’une grande coalition, il lui a fallu s’effacer, mais il entrera dans l’histoire par la petite porte comme l’homme qui s’est sacrifié pour permettre à l’Allemagne de se doter enfin d’un gouvernement, bénéficiant qui plus est d’une confortable assise, sans précédent, au Bundestag. Ainsi, grâce à un accord au finish conclu hier matin, l’impasse est évitée, mais le plus gros reste à faire, c’est-à-dire entre autres cette répartition des portefeuilles entre les nouveaux alliés, qui devrait prendre des jours, sinon des semaines de tractations ardues. L’espace d’un court instant, les deux camps avaient donné l’impression d’être tentés par une direction « à l’israélienne » prévoyant un pouvoir bicéphale, avec le risque de paralysie qu’une telle formule comporte tant paraissent différents les programmes de la CDU-CSU, d’une part, du SPD, d’autre part. Dès le soir des élections du 18 septembre, il était évident, aucune des deux grandes formations ne disposant de la majorité absolue, que les négociations s’imposaient et qu’il fallait faire vite si l’on voulait éviter de nouvelles secousses dont l’économie, en pleine période d’une difficile convalescence, se serait volontiers passée, alors que l’impatience était à son paroxysme et menaçait de faire place à un net sentiment de frustration. Le plus déçu reste encore le chancelier sortant, qui vient d’annoncer à ses collègues du parti son retrait de la course et de reconnaître, amer : « Ce n’est pas la fin de carrière que j’avais prévue… » Il faut remonter à 1966 pour trouver un précédent à l’alliance dont la naissance vient d’être annoncée. Le 1er décembre de cette année, le chrétien-démocrate Kurt-Georg Kiesinger, qui succède à Ludwig Erhard, inclut dans son équipe un ministre socialiste des Affaires étrangères et vice-chancelier du nom de Willy Brandt. Le choix s’avérera des plus heureux pour l’économie puisqu’il permettra la fin rapide de la récession qui touchait alors l’Allemagne. Des réformes sont initiées conjointement par le ministre des Finances Franz-Josef Strauss (chef de file de l’aile bavaroise de la droite, CSU) et par le ministre de l’Économie Karl Schiller (SPD), avec pour premier résultat un net recul du chômage et une amélioration de la conjoncture. Au plan politique toutefois, les résultats sont moins probants alors que l’opposition cède à la tentation de répondre aux appels des sirènes extrémistes, bouleversant du coup le paysage traditionnel. L’expérience prend fin en septembre 1969, après la victoire électorale du SPD de Brandt. Risque-t-on demain une réédition de ce désastre ? Non, à première vue, car les circonstances ont changé, les protagonistes aussi et chez les uns comme chez les autres, on est moins enclin à jouer avec le feu. En vertu de l’accord conclu en ce début de semaine, les conservateurs et les sociaux-démocrates seront représentés à parts égales au sein de l’équipe au pouvoir. D’où l’impossibilité pour chacun de mettre en minorité son partenaire. Aux premiers les portefeuilles suivants : Défense, Intérieur, Agriculture, Famille, Éducation et Économie (ce dernier maroquin revenant à Edmund Stoiber). Aux seconds iraient les Affaires étrangères, les Finances, le Travail, la Justice, la Santé, les Transports, l’Environnement et le Développement. Une telle répartition des charges officielles laisse penser que les tractations en vue des réformes seront laborieuses, ardues même. Mais, signe encourageant, un premier accord a déjà été conclu, portant sur une simplification du système fiscal et une réduction des avantages sociaux, deux petits pas préludant à des réformes en profondeur qui devraient calmer les inquiétudes d’un patronat rendu timoré par l’actuelle stagflation. Désormais, a jugé Dieter Althaus, leader de la puissante branche CDU du land de Thuringe, nous ne pouvons plus nous permettre d’aller à une allure d’escargot. Pour autant, point n’est question d’avancer au rythme de cette Chine de tous les miracles qui se paie le luxe de donner des leçons aux géants mondiaux américain, japonais ou… allemand. Le voyant du déficit public est au rouge, avec un chiffre de 3,7%, soit un taux nettement plus élevé que le plafond fixé par le Pacte de stabilité. Mais le négliger reviendrait également à ignorer la formidable capacité de rebond d’une industrie capable encore d’étonner le monde. Gerhard Schröder a peut-être raté sa sortie, malgré une incroyable remontée de dernière heure, le mois dernier. Angela Merkel, elle, a lamentablement manqué son couronnement après un fulgurant début d’ascension. C’est cela la glorieuse incertitude de la politique, commenteront certains. Et si c’était affaire de tempérament ? Christian MERVILLE
Piètre consolation pour Gerhard Schröder : après avoir bataillé ferme trois semaines durant pour revenir à la tête d’une grande coalition, il lui a fallu s’effacer, mais il entrera dans l’histoire par la petite porte comme l’homme qui s’est sacrifié pour permettre à l’Allemagne de se doter enfin d’un gouvernement, bénéficiant qui plus est d’une confortable assise, sans précédent, au Bundestag. Ainsi, grâce à un accord au finish conclu hier matin, l’impasse est évitée, mais le plus gros reste à faire, c’est-à-dire entre autres cette répartition des portefeuilles entre les nouveaux alliés, qui devrait prendre des jours, sinon des semaines de tractations ardues. L’espace d’un court instant, les deux camps avaient donné l’impression d’être tentés par une direction « à l’israélienne »...