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Actualités - Opinion

Le confort des menottes

Les gnomes de l’ombre n’ont même plus peur du soleil, du plein jour. Qu’est-ce qu’ils veulent et où veulent-ils en arriver, au juste et au-delà de leur trop évident message, craché au visage des gens du 14 mars, de la nouvelle majorité, de Detlev Mehlis, du monde entier ? À (re)créer, ici, une jungle de ruines, pour essayer, là-bas, d’éviter ce qu’ils considèrent comme étant le pire ? À empêcher la résurrection de ce Liban et la renaissance de cet État de droit qui les cloueraient sur place ? À propager la terreur, inventer une nouvelle pandémie, ou, pire encore, blaser jusqu’à la moelle et résigner, assigner à l’apathie perpétuelle un peuple qui (leur) a prouvé sa somptueuse capacité d’agir ? À rallumer des feux (un peu) mal éteints, monter le chrétien contre le musulman, le sunnite contre le chiite, le maronite contre le maronite, le Libanais contre le Libanais ? À transformer chaque citoyen, chaque riverain de chaque quartier, en guérillero armé pour la bonne cause, jusqu’aux dents et chargé, nuit blanche après nuit blanche, de traquer le poseur de valise, le poseur de mort ? À tronçonner la langue de chaque journaliste qui vit son métier, qui cherche une vérité, qui la poursuit, haletant, épuisé, heureux de défendre ses convictions, de les communiquer, de contribuer, à sa manière, à cette mortelle mais indispensable (re)construction ? Peu importe ce qu’ils veulent. L’important, désormais, au-delà de la superbe réaction populaire d’hier place des Martyrs, c’est ce que cette nouvelle majorité, qui n’a pas encore compris qu’elle l’est – majoritaire –, ne fait pas. Même si en temps normaux cela aurait été de bonne guerre, la pire des mauvaises fois veut que l’on attaque aujourd’hui le gouvernement, donc la nouvelle majorité au pouvoir, sur son incapacité à prévenir, à guérir, à « arrêter les criminels ». Alors que ce qui est ultracondamnable, répréhensible même, c’est son impuissance totale à entamer l’opération de réformes sur le plan de la sécurité. Pourquoi ? Parce que l’appareil sécuritaire dans son ensemble, à une exception près, et encore… – les FSI –, est toujours privé soit de patron (la Sûreté générale, par exemple) soit de restructuration (les renseignements de l’armée, entre autres). Pourquoi ? Parce que la nouvelle majorité est dans l’incapacité de nommer, de restructurer, d’être enfin responsable, d’être donc soumise, en toute légitimité, aux critiques et aux sanctions. Pourquoi ? Parce que l’indécollable Émile Lahoud continue, sous des prétextes aussi fallacieux que grotesques, de bloquer ces nominations ; d’empêcher, comme depuis huit ans, le train de démarrer. Et parce que Fouad Siniora (et la majorité qu’il conduit) continue de se taire, d’attendre un signe du Ciel, de s’enfoncer dans le cocon visiblement très confortable de l’inaction. Ou alors, il ne veut pas faire son travail de Premier ministre adoubé par une très claire majorité parlementaire. Qu’il le dise, donc, clairement, à l’opinion publique : soit le chef de l’État refuse de signer le décret des nominations, soit le gouvernement préfère ne pas bouger un doigt avant le rapport – nouvelle Bible, nouveau Coran – du juge allemand. Sauf qu’à ce rythme, il ne restera ni grand-chose ni grand monde d’ici jusqu’au 21 octobre. L’heure n’est définitivement plus ni à la courtoisie ni aux atermoiements que semble adorer Fouad Siniora, malgré les somptueux (mais rarissimes et largement insuffisants) sursauts dont il a récemment gratifié, à leur grande surprise, les Libanais. Qu’il fasse enfin ce qu’il a à faire, ce pour quoi ces Libanais le paient ; qu’il se débarrasse de ces menottes et de ce bâillon, qu’il tape, au moins, au nom de cette immense et plurielle majorité née du 14 mars, sur une table. Celle du Conseil des ministres de préférence. C’est magnifique, c’est formidable, de s’efforcer de galvaniser les Libanais, de les faire renoncer au plus meurtrier des désenchantements ; merci, mais maintenant, ces mêmes Libanais attendent, de la part de Fouad Siniora, des actes. Encore une fois : des coups de poing. Le (fatigué) Hassan Sabeh a certes raison de s’emporter, de rappeler, pathétique, que ce n’est pas parce qu’il y a quatre généraux en prison que l’affaire est réglée. Surtout que ces nominations et autres restructurations ne sont certainement pas ce coup de baguette magique qui mettra un terme aux hécatombes. Sauf qu’elles restent l’essentiel premier maillon de la chaîne, avant d’appeler Washington et Paris à l’aide ; le meilleur moyen d’immuniser le Liban, à terme, contre ces gnomes de l’ombre, nombreux, tellement nombreux, et télécommandés de bien plus haut, de bien plus loin. Et que l’on arrête de se cacher derrière son petit doigt : les auteurs de cette insensée douzaine de crimes depuis le 1er octobre 2004 ne sont ni des Martiens, ni des Esquimaux, ni des Incas revenus pour une quelconque vengeance. Les gnomes de l’ombre, chassés par la porte, ont trouvé le moyen de revenir, toujours dans l’ombre naturellement, par la fenêtre. Très facile, surtout lorsque cette fenêtre est restée grande ouverte, et que, du plus haut sommet de l’État, on s’est employé à la garder béante. Marwan Hamadé, comme souvent, ne se trompe pas. Ziyad MAKHOUL PS : Pardon, May : pendant quelques secondes, longues, interminables, j’ai souhaité que tu n’y échappes pas. Que tu ne vives pas, les yeux au fond de tes bleus, pendant des mois, des années, des vies, le calvaire de ta mutilation. Inexcusable. Première femme martyre vivante, aucune blessure, aucune crevure ne pourra altérer la beauté de ton image (de dedans) et de son reflet (de dehors). Il y a six ans, bluffé déjà par ton cran, ton intelligence, ta détermination, ton intuition de vivre un jour, de toutes tes forces, un 14 mars 2005, je t’avais appelée, dans ces colonnes, l’ultraprofessionnelle Barbie. Tu en avais souri, des années plus tard, tu me l’as rappelé, toujours avec le sourire. Barbie ultraprofessionnelle, tu l’es et tu le resteras ; encore plus professionnelle, encore plus Barbie. Reviens vite continuer ta guerre contre les gnomes de l’ombre ; tu manques à la caméra.
Les gnomes de l’ombre n’ont même plus peur du soleil, du plein jour. Qu’est-ce qu’ils veulent et où veulent-ils en arriver, au juste et au-delà de leur trop évident message, craché au visage des gens du 14 mars, de la nouvelle majorité, de Detlev Mehlis, du monde entier ? À (re)créer, ici, une jungle de ruines, pour essayer, là-bas, d’éviter ce qu’ils considèrent comme étant le pire ? À empêcher la résurrection de ce Liban et la renaissance de cet État de droit qui les cloueraient sur place ? À propager la terreur, inventer une nouvelle pandémie, ou, pire encore, blaser jusqu’à la moelle et résigner, assigner à l’apathie perpétuelle un peuple qui (leur) a prouvé sa somptueuse capacité d’agir ? À rallumer des feux (un peu) mal éteints, monter le chrétien contre le musulman, le sunnite contre le...