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Actualités - Opinion

LE POINT Veillée de paix

Naïfs observateurs qui avaient cru, une fois achevé le retrait israélien de Gaza le 12 septembre, que la région allait baigner dans une mer de la tranquillité version proche-orientale, prélude à l’avènement imminent d’une paix depuis longtemps attendue. La volée de quelque quarante roquettes tirées en week-end sur le sud d’Israël s’est chargée de les détromper, suivie de la terrible riposte ordonnée par un Ariel Sharon acculé sur le plan interne à se battre le dos dans les cordes contre son ennemi intime, Benjamin Netanyahu, et jugeant qu’il lui faut recourir aux grands moyens s’il veut préserver son leadership au sein du Likoud. Le bilan des représailles aura été particulièrement lourd : l’un des chefs du Jihad islamique et son adjoint tués, quatre dépôts d’armes à Khan Younès et à Rafah détruits, arrestations en masse d’activistes palestiniens en Cisjordanie, reprise des liquidations ciblées, le tout assorti de menaces de recourir à « tous les moyens pour frapper les terroristes ». Un temps qui a paru une éternité, le monde s’est vu ramené à l’époque, pas si lointaine, des deux intifadas, quand, aux attentats-suicide, répondaient les raids meurtriers des F-16. Il convient de rendre grâce au mouvement de la résistance islamique Hamas pour avoir perçu, bien qu’un peu tardivement, les risques d’une reprise sur une large échelle des hostilités. Par la voix de l’un de ses dirigeants, Mahmoud Zahar, et passé les premiers moments de flottement, il a proclamé une trêve illimitée, « à la demande de Mahmoud Abbas », une décision toutefois qui n’engage que cette formation puisque le Jihad de Ramadan Challah et Mohammed el-Hindi s’est engagé, lui, à poursuivre la lutte. Sans doute que la menace des quatre Grands – relayée notamment par la diplomatie égyptienne – de lâcher la bride sur le cou de l’État hébreu est pour beaucoup dans la décision de cessez-le-feu prise par l’organisation jadis fondée par cheikh Ahmed Yassine. Sans doute aussi la proximité des législatives de janvier prochain avec, en filigrane, le risque de voir les électeurs se tourner plutôt vers les pacifistes du Fateh a-t-elle joué dans une large mesure en faveur de cette soudaine modération. Surtout que le carnage de vendredi dernier qui a littéralement mis le feu aux poudres n’avait pas, semble-t-il, été provoqué par une attaque israélienne, mais par l’explosion de munitions lors de la parade militaire organisée pour célébrer le retrait israélien de la bande de Gaza. En présentant hier ses lettres de créance à Moshé Katsav, chef de l’État hébreu, le nouvel ambassadeur américain Richard H. Jones (qui fut en poste à Beyrouth dans la période 1996-1998) a encouragé les deux parties « à saisir l’occasion d’avancer sur la voie d’une paix juste et durable, conformément à la “feuille de route”, ajoutant qu’il n’épargnerait aucun effort pour la réalisation de cet objectif. Voilà qui devrait conforter le Premier ministre dans sa position à la tête de son parti, à l’heure où, sous le prétexte d’un vote sur la date des prochaines primaires, se joue en réalité l’avenir d’un processus de paix qui a déjà subi un retard considérable. Le sort aussi d’une coalition mise sur pied en 1973 par ce même Sharon et qui, sur une période de plus d’un quart de siècle, aura tenu les rênes du pouvoir vingt années durant. De l’issue du bras de fer engagé entre deux clans – les « pro » et les « anti »-retrait de la bande de Gaza, intervenue tard dans la soirée d’hier, dépend d’ores et déjà la configuration du paysage politique dont on voit déjà se dessiner les grandes lignes à treize mois des élections législatives. « Arik », rappelle-t-on, a pris la tête de l’actuel cabinet il y a quatre ans et demi, un laps de temps relativement long dans un pays où la tradition veut que les trois p’tits tours impartis à un gouvernement soient de quelques mois à peine. Avenir de l’équipe au pouvoir à Tel-Aviv, bras de fer entre modérés de l’Autorité palestinienne et irréductibles de la lutte armée, relations futures entre les deux ennemis, contours de la carte du Proche-Orient, probablement aussi de la physionomie de la planète tout entière : dans la délicate partie engagée depuis quelque temps, et à plus d’un niveau, sur ces quelques arpents d’une terre trop de fois promise, énormes sont les enjeux et lourds de conséquences les résultats. Pour une fois, chacun en paraît conscient et, même s’il ne le proclame pas ouvertement, veut donner sa chance, quelque minime qu’elle puisse être, à ce mirage sans cesse fuyant qui a nom paix. Quitte à noyer ses concessions dans une rhétorique belliciste qui constitue à elle seule un danger supplémentaire. Mais du moment qu’il en est conscient… Christian MERVILLE
Naïfs observateurs qui avaient cru, une fois achevé le retrait israélien de Gaza le 12 septembre, que la région allait baigner dans une mer de la tranquillité version proche-orientale, prélude à l’avènement imminent d’une paix depuis longtemps attendue. La volée de quelque quarante roquettes tirées en week-end sur le sud d’Israël s’est chargée de les détromper, suivie de la terrible riposte ordonnée par un Ariel Sharon acculé sur le plan interne à se battre le dos dans les cordes contre son ennemi intime, Benjamin Netanyahu, et jugeant qu’il lui faut recourir aux grands moyens s’il veut préserver son leadership au sein du Likoud. Le bilan des représailles aura été particulièrement lourd : l’un des chefs du Jihad islamique et son adjoint tués, quatre dépôts d’armes à Khan Younès et à Rafah...