– Aidez-moi à sauvegarder la paix et la stabilité au Liban, et vous les aurez sauvegardées dans le monde.
– Votre soutien constant est précieux pour le succès de l’expérience démocratique libanaise dans la région.
Le même jour et presque à la même heure à New York, mais devant des publics différents, ces deux appels étaient lancés au monde par Émile Lahoud et Fouad Siniora. La communauté internationale avait-elle quelque chance de se laisser convaincre que la paix et la stabilité tiennent effectivement au maintien, à Baabda, d’un président devenu celui de la solitude ; d’un dirigeant assiégé de l’intérieur et boudé de surcroît par nombre de nations étrangères, et non des moindres ? Il est clair en revanche que les puissances ne ménageront pas leur assistance à un Liban nouveau, animé par l’esprit du 14 mars : avant la fin de l’année, un Beyrouth I viendra prendre le relais de ces vastes élans de solidarité internationale – littéralement sabotés par les mesquines luttes d’influence interne – que furent Paris I et Paris II. Plus que jamais cependant, notre pays est tenu de s’aider lui-même au préalable, et cela en se dotant d’un plan de réformes susceptible de redonner confiance aux financiers. Bourses échaudées craignent en effet les volontés tiédasses…
Ainsi donc, le monde est résolument, à nouveau, aux côtés du Liban, comme l’illustre avec éclat la réunion du Core Group, lundi à New York. Mais il y a plus fort, plus exaltant encore : c’est l’État libanais lui-même qui renoue crânement avec un monde extérieur dont il s’était laissé couper. On sait par quelle orgie d’attentats des mains criminelles s’étaient acharnées, durant la guerre, à vider systématiquement notre capitale de toute représentation diplomatique. La guerre finie, les ambassades sont revenues, mais dans Beyrouth pacifiée, c’est le Liban, cette fois, qui faisait figure de grand absent. La diplomatie libanaise entrait alors dans une longue hibernation, n’assurant plus qu’une présence de pure forme dans les conférences arabes ou internationales. Du fait de la jalouse hégémonie syrienne – mais aussi du coupable effacement des gouvernements de l’après-Taëf –, tout, absolument tout devait passer par Damas. Le satellite libanais ne pouvait émettre d’autres bips à l’adresse de la planète que des hymnes à la gloire du tuteur, gardien de la paix civile, ou bien alors de frénétiques appels au secours au lendemain de chaque agression israélienne.
Oui, le Liban est en train de reprendre sa place dans le concert des nations, son rôle de pays symbole, de pays message traditionnellement ouvert – dans les deux sens – sur l’extérieur. De ce fait – c’est proprement mathématique –, la Syrie perd un très large pan de cette imposante stature de puissance régionale qu’elle se façonnait, patiemment mais implacablement, depuis le début des années 70 (signe des temps, le président Lahoud, dans son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, n’aura pas prononcé une seule fois le mot Syrie). Une Syrie forte, c’est un Liban fort et vice versa, clamait une fallacieuse propagande : c’était dévoyer ainsi le fameux principe des vases communicants, lequel ne vaut en effet que quand il y a communication, et non domination. Car c’est bien de l’arraisonnement du Liban que le régime baassiste entendait tirer considération, poids et volume.
Le tout n’allait évidemment pas sans violences. Et quelle que soit la vérité vraie dans l’affaire Hariri, voilà bien une violence qui, après tant d’autres, était une violence de trop : la goutte de sang – et ce n’est hélas que manière de parler – qui a fait déborder la sinistre coupe. La Syrie est chaque jour plus isolée ; essuyant coup de semonce sur coup de semonce, elle a dû se résoudre à (entr)ouvrir, hier même, à la commission Mehlis les obscurs placards de son appareil répressif. Pour échapper à l’asphyxie, celle qui fut la Prusse du Proche-Orient n’a plus d’autre recours que de s’amputer de ses excroissances malignes.
La Syrie finalement victime de ses ambitions libanaises, la boucle est bouclée ; par un juste retour des choses, c’est par là où on a péché que l’on est finalement châtié.
Issa GORAIEB
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– Votre soutien constant est précieux pour le succès de l’expérience démocratique libanaise dans la région.
Le même jour et presque à la même heure à New York, mais devant des publics différents, ces deux appels étaient lancés au monde par Émile Lahoud et Fouad Siniora. La communauté internationale avait-elle quelque chance de se laisser convaincre que la paix et la stabilité tiennent effectivement au maintien, à Baabda, d’un président devenu celui de la solitude ; d’un dirigeant assiégé de l’intérieur et boudé de surcroît par nombre de nations étrangères, et non des moindres ? Il est clair en revanche que les puissances ne ménageront pas leur assistance à un Liban nouveau, animé par...