La ficelle est grosse, tellement grosse qu’il n’est pas pensable que les Libanais puissent tomber dans le panneau. Les criminels de l’ombre, les assassins et leurs commanditaires, sont des primates. Ils en sont
encore à utiliser les méthodes éculées du début de la guerre libanaise, celles qui ont attisé les dissensions confessionnelles et mené au désastre.
À cette époque, en 1975, les Beyrouthins se
réveillaient tous les matins au bruit des explosions. Et dans les journaux, tous les jours, figurait la liste des commerces chrétiens dynamités dans le centre-ville. La Saïka d’obédience syrienne, la fameuse Saïka de
triste mémoire, « officiait » alors en toute impunité et
préparait (minait devrait-on dire) le terrain à
l’éclatement d’une guerre honnie, sans nom et sans loi. La présence palestinienne constituait, en ce
temps-là, le terreau fertile qui devait ouvrir la voie à tous les abus, toutes les exactions.
Tout cela, heureusement, appartient au passé, à
l’histoire, mais ce qui est sûr c’est que les malfrats, les criminels d’aujourd’hui, ceux qui agissent sous le
couvert de la nuit, appartiennent à la même école, ont peut-être les mêmes allégeances. Ils sèment leurs
engins de mort à intervalles réguliers (étrangement toutes les trois semaines) et sortent parfois de l’ombre pour distiller leur venin, empoisonner un climat déjà assez lourd.
Disons-le sans fioritures : Kaslik, Zalka, Jbeil, Jdeidé, Monnot et aujourd’hui Jeitaoui, c’est le cœur des
régions chrétiennes qui est systématiquement visé. La
signature est à portée confessionnelle et la récidive,
insistante comme un clou qu’on enfonce, a pour
objectif de provoquer une population dont les nerfs sont déjà à fleur de peau.
Troublante coïncidence : quelques heures avant
l’attentat d’Achrafieh, « les amis de Habib Chartouni et Nabil Alam », une association surgie de nulle part,
tenaient un meeting haineux pour applaudir, 23 ans plus tard, à l’assassinat de Béchir Gemayel, « un acte de justice héroïque », une incitation implicite à de
nouveaux meurtres. La Justice, elle, a fort
heureusement rapidement réagi, engageant des
poursuites contre les auteurs de cette provocation, comme elle était vite intervenue, quelques jours plus tôt, pour mettre le holà à une autre provocation, celle des « Gardiens du Cèdre ».
Les instances politiques chrétiennes ont unanimement dénoncé les dérives de ces derniers. Les instances
islamiques se doivent, elles aussi, de prendre position, de la manière la plus nette, la plus claire contre les groupuscules suspects appelant à la haine
confessionnelle. En ces temps troubles, c’est plus qu’un impératif, un devoir.
***
C’est une lapalissade, mais il est essentiel de
l’énoncer : toutes les tentatives de déstabilisation, tous les attentats, toutes les plongées dans les poubelles nauséabondes de l’histoire sont directement liés à la progression de l’enquête Mehlis.
Question subsidiaire : que recherchent ces cerveaux malades qui planifient le désordre, tentent d’instiller le doute dans la tête des gens ? Démontrer que rien n’a changé malgré le retrait militaire syrien et la
neutralisation des services sécuritaires jumelés ? Créer de nouveaux abcès pour propager l’insécurité, une course contre la montre avant la publication du
rapport Mehlis ? Arrêter le cours de l’histoire, retarder
l’épilogue salvateur qui sortira définitivement le Liban des affres du passé ?
Tout cela à la fois. Mais c’est peine perdue : 2005 n’est pas 1975. Les Libanais, toutes communautés
confondues, échaudés par leurs malheurs passés, un drame qu’ils n’ont pas fini d’exorciser, ne sont pas dupes. Au fil des ans, ils ont acquis un sens politique aigu qui les immunise contre tout dérapage. La
preuve ? Leur sang-froid depuis l’assassinat de Rafic Hariri et les attentats successifs qui ont dévasté
plusieurs quartiers des régions est.
Demain, les mêmes cerveaux malades qui ont commis leurs forfaits en région à majorité chrétienne
pourraient déverser leur haine en région à majorité musulmane. Mais là aussi rien n’y fera : l’esprit du 14 mars n’est pas l’apanage des seuls chrétiens, toutes les
communautés s’y retrouvent, y compris celle du 8 mars, désormais bien au fait des duplicités, des
mensonges qui ont émaillé les mois écoulés. Une
osmose incontournable, porteuse d’espoir pour
l’avenir.
Dans 35 jours tout au plus, le verdict Mehlis tombera, le couperet aussi. D’ici là, le Liban naviguera en zone de turbulences, des secousses sans grandes
conséquences parce que d’ores et déjà bien
« identifiées ».
À l’arrivée, une aube nouvelle se sera levée. Les
rapaces de nuit n’auront pas réussi à l’entacher.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La ficelle est grosse, tellement grosse qu’il n’est pas pensable que les Libanais puissent tomber dans le panneau. Les criminels de l’ombre, les assassins et leurs commanditaires, sont des primates. Ils en sont
encore à utiliser les méthodes éculées du début de la guerre libanaise, celles qui ont attisé les dissensions confessionnelles et mené au désastre.
À cette époque, en 1975, les Beyrouthins se
réveillaient tous les matins au bruit des explosions. Et dans les journaux, tous les jours, figurait la liste des commerces chrétiens dynamités dans le centre-ville. La Saïka d’obédience syrienne, la fameuse Saïka de
triste mémoire, « officiait » alors en toute impunité et
préparait (minait devrait-on dire) le terrain à
l’éclatement d’une guerre honnie, sans nom et sans loi. La présence palestinienne...