Une partie des serres ultramodernes des anciens colons israéliens de Gaza, enjeu majeur des négociations lors de leur retrait, a été désossée par leurs propriétaires puis pillée par les Palestiniens. Ces serres, dotées de systèmes d’arrosage sophistiqués gérés par ordinateurs, avaient pourtant été rachetées aux colons, pour 14 millions de dollars, par une fondation américaine qui avait, selon le New York Times, mis à contribution une demi-douzaine de riches juifs new-yorkais. Cet accord original, négocié par James Wolfensohn, l’envoyé spécial du président Bush au Moyen-Orient, devait permettre de remettre les installations, qui rapportaient quelque 75 millions de dollars par an, en bon état à l’Autorité palestinienne. À titre personnel, M. Wolfensohn avait offert un demi-million de dollars.
Profitant du chaos qui régnait, par endroits, mercredi dans les ex-colonies, des ferrailleurs ont fait main basse sur des structures de métal, des pompes et jusqu’aux bâches plastiques. Selon les autorités palestiniennes, qui ont déployé mercredi des policiers et des civils pour tenter d’arrêter la destruction de ces équipements cruciaux pour l’avenir de Gaza, environ 800 des quelque 4 000 serres sont inutilisables. « Il faudra compter environ 10 000 dollars de réparation par serre, estime Oussama al-Faraa, maire de la ville palestinienne voisine de Khan Younès. Les réseaux électriques, d’arrosage, les ordinateurs ont été en partie emportés par les colons, le reste par les pilleurs », dit-il.
Une tournée dans le bloc des ex-colonies du Gush Katif, dans le sud de la bande de Gaza, permet de constater que si la plupart des structures métalliques sont en place, elles ne sont plus que des coquilles vides. Les relais électriques sont béants, vidés de leur contenu, sans qu’il soit possible de déterminer s’il a été emporté par les colons ou récupéré par des ferrailleurs. Le plus souvent, il ne reste plus un tuyau. Les bâches, déchirées ou arrachées, claquent au vent. Près de l’une d’entre elles, Hani, un paysan venu des environs de Gaza City, charge avec trois cousins des tuyaux d’arrosage et des bâches dans un pick-up. « Un char israélien a détruit notre ferme », plaide-t-il. « L’autorité palestinienne parle, mais ne fait rien. L’intifada nous a ruinés : avec ça, nous allons reconstruire », explique-t-il.
Face à l’entrée de Neve Dekalim, ex-capitale des colons de Gaza, Abdelaziz Ali Otman, 53 ans, et ses collègues prennent le thé. Employé par une compagnie dépendant de l’Autorité palestinienne, il a travaillé là pendant vingt ans, pour le compte d’un colon prospère. « C’est nous qui faisions tout, ici ! Alors on saura bien s’en occuper ! »
Selon lui, certains propriétaires ont arrêté d’irriguer deux mois avant le retrait, d’autres ont arrosé jusqu’au dernier jour. Il assure avoir été posté là, avec cinq collègues et sans armes, pour garder ces centaines d’hectares et dissuader les pillards. Une voiture civile arrive en trombe : « Les gars, les gars ! Venez vite, y’a des types qui découpent le grillage ! » Devant la plupart des serres, les forces palestiniennes sont désormais présentes. Cela n’empêche pas les ferrailleurs de continuer leur dépeçage. Mercredi, trois d’entre eux, occupés à découper des grillages, tournent à peine la tête quand une patrouille de police leur ordonne de vider les lieux. Un militaire sort de derrière un buisson, s’adresse aux policiers qui partent. Le soldat s’empare d’une pince et aide les pillards.
Michel MOUTOT (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une partie des serres ultramodernes des anciens colons israéliens de Gaza, enjeu majeur des négociations lors de leur retrait, a été désossée par leurs propriétaires puis pillée par les Palestiniens. Ces serres, dotées de systèmes d’arrosage sophistiqués gérés par ordinateurs, avaient pourtant été rachetées aux colons, pour 14 millions de dollars, par une fondation américaine qui avait, selon le New York Times, mis à contribution une demi-douzaine de riches juifs new-yorkais. Cet accord original, négocié par James Wolfensohn, l’envoyé spécial du président Bush au Moyen-Orient, devait permettre de remettre les installations, qui rapportaient quelque 75 millions de dollars par an, en bon état à l’Autorité palestinienne. À titre personnel, M. Wolfensohn avait offert un demi-million de dollars.
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