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Actualités - Opinion

Le Point Typhon sur l’Archipel

8 août 2005 : vingt-deux sénateurs du Parti libéral démocrate entrent en dissidence et font avorter le projet de privatisation de la Poste proposé par le Premier ministre. Lequel décide aussitôt de riposter à cette humiliation – dur, dur de perdre la face en pays d’Asie – en prenant un pari audacieux, que certains se hâteront un peu trop vite de qualifier de suicide politique : il dissout l’Assemblée et en appelle au peuple. 11 septembre : Junichiro Koizumi reçoit de l’électorat un chèque en blanc, une victoire dont l’ampleur surprend jusqu’à ses proches conseillers. Sa formation détient désormais la majorité absolue, soit 296 des 480 sièges de la Chambre basse. Plus qu’un triomphe, c’est un plébiscite qui permettra au Premier ministre de contrôler les commissions parlementaires et éventuellement de court-circuiter tout vote contraire du Sénat. Dans la foulée, le gouvernement voit s’ouvrir devant lui la voie royale des réformes, celle bien sûr d’un archaïque mastodonte aux 355 000 milliards de yens générés par l’épargne et l’assurance-vie des Japonais, doté de 23 000 sections et d’une armada de 277 000 facteurs représentant un électorat pesant un million de voix ; celles aussi, structurelles, du système des retraites et de l’ensemble de la fiscalité, de la Constitution, sans parler d’autres thèmes, d’une brûlante actualité pour l’opinion publique, comme la présence d’un contingent de 500 hommes engagés en Irak pour des tâches il est vrai essentiellement médicales et de reconstruction, une démographie qui s’essouffle dangereusement, les discriminations… Balayé par le typhon qui vient de souffler sur le pays, Katsuya Okada, leader du Parti démocrate, principale formation de l’opposition, avouait hier, un rien dépité : « C’est frustrant de n’avoir jamais pu débattre au même niveau. » C’est que le Premier ministre n’a pas fait dans la dentelle. Avec pour modèle un shogun du XVIe siècle, Oda Nobunaga, qui raccourcissait au sabre ses ennemis, il a liquidé (politiquement s’entend) les grosses têtes du parti qui avaient osé s’opposer à lui et les a remplacées sur ses listes par des « tueuses à gages», des femmes au profil médiatique, dont une ancienne reine de beauté, une ex-vedette du petit écran et même une chef cuisinière. Face à des adversaires au discours d’une consternante fadeur, il a su tenir un langage résolument optimiste, tourné vers l’avenir et ponctué de petites phrases propres à sortir ses concitoyens de leur torpeur.. Le résultat, on a pu le constater au soir d’une journée qui a vu disparaître un mammouth politique vieux d’un demi-siècle et commencer d’émerger un nouveau PLD dont les contours demeurent flous pour l’heure. Déstructuration réussie donc, mais qu’en sera-t-il de la reconstruction ? Dans la presse de l’Archipel, des voix s’élèvent déjà pour mettre en garde contre une trop grande euphorie génératrice de dangereux excès de la part d’un homme souvent décrit comme un dictateur tenté de céder à l’attrait du culte de la personnalité. « La situation deviendrait problématique si l’on en venait à oublier de préserver une démocratie saine en écoutant l’opinion des minorités », écrit ainsi le journal Asahi Shimbun. L’intéressé a bien vite entrepris de donner des gages de sa bonne foi. Deux heures après l’annonce de son triomphe, il rappelait son intention de s’effacer devant un dauphin à la date initialement prévue, soit en septembre 2006. « J’espère, a-t-il dit, que le prochain président (du PLD) aura la volonté de faire avancer mes réformes. » On ne saurait être plus impérial au pays du Soleil Levant. Certes, la générosité n’est pas dépourvue de calculs et on voit mal le sémillant Koizumi consacrer son temps à regarder bourgeonner les chrysanthèmes. Par contre, le rôle de faiseur de régimes lui siérait fort bien maintenant qu’il a solidement ancré son mouvement à droite sur un échiquier forcément réduit, en attendant une récupération de l’électorat flottant et la redéfinition de l’ensemble du paysage. Dans l’immédiat, les conséquences du vote historique de dimanche ont de quoi en inquiéter plus d’un. Le leader qui se posait en unificateur de son parti en aura parachevé l’explosion, d’une manière irrémédiable peut-être. Plus inquiétant, le père des réformes à venir n’a, pour les réaliser, que des slogans mais pas de programme, tout au plus quelques vagues idées sur une série de braderies qui rappellent quelque peu le grand bazar jadis mis en œuvre dans la Russie post-gorbatchevienne par Boris Eltsine. Enfin, il y a le risque d’une dégradation des rapports, déjà très tendus, avec la Chine et la Corée du Sud – à propos des manuels d’histoire et les visites au sanctuaire shintoïste de Yasukuni, de l’énergie, des programmes nucléaires de Pyongyang -, cela à l’heure où Tokyo ambitionne d’obtenir un siège au Conseil de sécurité. Comment déjà dit-on Pyrrhus en japonais ?… Christian MERVILLE

8 août 2005 : vingt-deux sénateurs du Parti libéral démocrate entrent en dissidence et font avorter le projet de privatisation de la Poste proposé par le Premier ministre. Lequel décide aussitôt de riposter à cette humiliation – dur, dur de perdre la face en pays d’Asie – en prenant un pari audacieux, que certains se hâteront un peu trop vite de qualifier de suicide politique : il dissout l’Assemblée et en appelle au peuple.
11 septembre : Junichiro Koizumi reçoit de l’électorat un chèque en blanc, une victoire dont l’ampleur surprend jusqu’à ses proches conseillers. Sa formation détient désormais la majorité absolue, soit 296 des 480 sièges de la Chambre basse. Plus qu’un triomphe, c’est un plébiscite qui permettra au Premier ministre de contrôler les commissions parlementaires et...