«Sésame, ouvre-toi ! » Detlev Mehlis détient-il cette formule magique qui lui permettra d’entrer de plain-pied dans l’antre du diable ? De remonter les filières sécuritaro-mafieuses, de plonger dans les secrets de famille pour en extraire des aveux, des confessions ou tout simplement la vérité ?
Dès aujourd’hui Detlev Mehlis sera confronté à la dure réalité d’un régime policier barricadé derrière un réseau de services parallèles, soumis à une protection tellement rapprochée qu’il en est devenu l’otage au fil des années.
Beyrouth-Damas : 110 kilomètres. C’est la distance que devra parcourir ce lundi l’enquêteur de l’ONU pour ficeler son dossier, trouver la clé qui manque et qui déterminera les responsabilités, du commanditaire à l’exécutant en passant par le planificateur. Cent dix kilomètres et quarante jours supplémentaires, le temps que se donne Mehlis pour démêler l’écheveau syrien.
Maintenant que la mission d’enquête internationale entre dans le vif du sujet, il est impératif, pour la énième fois, de rappeler les faits et de remettre les pendules à l’heure.
Le jour de l’assassinat de Rafic Hariri, la veille, l’avant-veille, le lendemain, le surlendemain, les services de renseignements syriens étaient omniprésents au Liban. De Anjar au Beaurivage en passant par Dhour Choueir, ils tiraient les ficelles et les nombreux Libanais qui ont été leurs « hôtes » dans des geôles « quatre étoiles » peuvent témoigner de leur « bienveillante sollicitude ». La coordination avec les services libanais était totale et les réunions au sommet plus que régulières.
Deuxième point : les relations de Rafic Hariri avec la Syrie étaient au plus bas avant et après la prorogation du mandat d’Émile Lahoud. À ses proches, il aurait rapporté les détails de discussions tendues et orageuses avec Bachar el-Assad à Damas et Rustom Ghazalé à Anjar, discussions agrémentées de mises en garde directes ou implicites.
Voilà pour les faits alors que Mehlis entame sa mission à Damas, une mission tout à fait naturelle dans le sillage des conclusions auxquelles il est parvenu à Beyrouth. Tout cela évidemment sans nullement préjuger de la suite de l’enquête ni de ses résultats.
Mais quoi qu’en disent les responsables syriens, il est clair qu’ils ne voient pas d’un bon œil l’irruption dans leur chasse gardée de celui que leurs proches qualifient de « redresseur de torts professionnel en mal de succès ».
Jusqu’où ira Mehlis dans ses interrogatoires à Damas ? Se limitera-t-il aux officiers des services de renseignements qui ont « officié » au Liban ou poussera-t-il ses investigations jusqu’au cercle le plus rapproché de la famille régnante ? Aura-t-il les coudées franches pour le faire sans être accusé de prêter le flanc aux manipulations politiques ?
Quelles que soient les réponses à ces questions, il est évident que dans sa recherche de la vérité, c’est à Damas que Mehlis déterrera les derniers fragments du puzzle.
Le régime baassiste s’en inquiète à juste titre et voit déjà arriver les tempêtes automnales. Pour sauver sa tête, procédera-t-il au grand nettoyage promis depuis belle lurette ? Fera-t-il porter le chapeau aux seuls chefs des services sécuritaires ? En a-t-il seulement les moyens alors qu’il leur est redevable pour son maintien au pouvoir ?
Alors que le Liban se libère progressivement de ses vieux démons, la Syrie, elle, est, plus que jamais, livrée aux siens. Minée par une nomenklatura pourrie hostile à toute idée de réforme, menacée de sanctions internationales au Conseil de sécurité, étroitement surveillée par les forces américaines à sa frontière avec l’Irak, boudée par nombre de régimes arabes, la Syrie est véritablement à la croisée des chemins.
Soit elle procède à une chirurgie d’urgence, une automutilation qui arrêtera la gangrène, soit elle s’enfonce dans son autisme et se met au ban de la communauté internationale.
Quelle qu’en soit l’issue, la mission Mehlis aura déjà eu le mérite de confronter la Syrie à son heure de vérité.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Sésame, ouvre-toi ! » Detlev Mehlis détient-il cette formule magique qui lui permettra d’entrer de plain-pied dans l’antre du diable ? De remonter les filières sécuritaro-mafieuses, de plonger dans les secrets de famille pour en extraire des aveux, des confessions ou tout simplement la vérité ?
Dès aujourd’hui Detlev Mehlis sera confronté à la dure réalité d’un régime policier barricadé derrière un réseau de services parallèles, soumis à une protection tellement rapprochée qu’il en est devenu l’otage au fil des années.
Beyrouth-Damas : 110 kilomètres. C’est la distance que devra parcourir ce lundi l’enquêteur de l’ONU pour ficeler son dossier, trouver la clé qui manque et qui déterminera les responsabilités, du commanditaire à l’exécutant en passant par le planificateur. Cent dix...